Le Figaro : Coup de massue dans l’hôtellerie française : trois grands hôtels de

Coup de massue dans l’hôtellerie française : trois grands hôtels de luxe perdent leur statut de palace

Pour la première fois depuis 2010, la commission chargée d’attribuer la prestigieuse distinction l’a retirée à trois hôtels. Serge Papin, ministre chargé du tourisme, révélera la nouvelle «Collection Palace 2026» le 2 juin.

Un coup de massue dans le monde feutré des palaces. La commission Palace, chargée d’attribuer la plus haute distinction de l’hôtellerie en France, l’a pour la première fois retiré à plusieurs établissements. Trois au total, selon nos informations : tous ont été rétrogradés au rang d’hôtels cinq étoiles, les membres de la commission jugeant qu’ils ne répondaient plus aux critères d’excellence qu’impose la sélection.

À Paris, il s’agit du Park Hyatt Paris-Vendôme, situé rue de la Paix, ainsi que du Mandarin Oriental, rue Saint-Honoré. À Biarritz, l’Hôtel du Palais, exploité par l’américain Hyatt, a lui aussi perdu son titre. Ils ne feront pas partie de « Collection Palace 2026», que Serge Papin, ministre du tourisme, dévoilera le 2 juin, dans les prestigieux salons de l’hôtel Salomon de Rothschild à Paris. Contacté par le Figaro, le ministère n’a pas répondu, pas plus que le groupe Hyatt.

Thierry Max parti des cuisines du Mandarin Oriental
«Pour le Mandarin Oriental, qui va fermer plus d’un an à cause de travaux d’envergure, ce n’est pas vraiment une perte de distinction, pondère un proche du dossier. Il n’y avait pas de sens à la maintenir. L’Hôtel du Palais souffrait notamment d’avoir une partie des chambres non rénovées. Quant au Park Hyatt Paris-Vendôme, il ne s’est pas assez renouvelé». Pour les propriétaires de ces établissements, classés palaces depuis des années, c’est l’électrochoc. La clientèle, très exigeante, pourrait être tentée d’aller voir ailleurs. En interne, une partie des équipes pourrait décider de partir.

Basé à Hong Kong, le groupe Mandarin Oriental s’était installé rue Saint-Honoré, en 2010. L’adresse était distinguée palace depuis 2011, mais elle avait vieilli. Trop pour prétendre faire partie des plus beaux hôtels de France. Fin 2023, le chef Thierry Marx avait mis fin à sa collaboration avec l’hôtel, après 14 ans à la direction des cuisines.

Grâce au Lutetia, qu’il exploite depuis début 2025, Mandarin Oriental reste à la tête d’un palace parisien. Mais il va s’employer à rapidement retrouver son étoile perdue rive droite. « Nos équipes continuent d’accueillir nos hôtes avec le même dévouement et la même attention qui caractérise le groupe, à travers le monde », a réagi ce week-end au Figaro un porte-parole du Mandarin Oriental Paris. Nous avons ainsi récemment annoncé un ambitieux programme de transformation pour l’hôtel, qui concernera l’ensemble des chambres et suites, des salles de bains, des espaces communs, du spa ainsi que de toute l’offre de restauration ».

«C’est une sanction difficile à vivre, mais c’est rattrapable»
«Pour ces trois hôtels et leurs équipes, c’est une sanction difficile à vivre, mais c’est rattrapable», tempère un proche du dossier. Ils pourront en effet à nouveau être candidats à la distinction, et pourquoi pas la récupérer.

Créée par le gouvernement en 2010, cette reconnaissance officielle exige de remplir tous les critères d’un cinq-étoiles, et plus encore: avoir un spa, un service de voiturier, un minimum de suites, et ce je-ne-sais-quoi d’exceptionnel, un critère très subjectif (patrimoine, atmosphère, design, niveau de service...). Fin 2024, il y avait 31 palaces en France (Plaza Athénée, George V, Cheval Blanc Courchevel, Hôtel du Cap-Eden-Roc, Les Airelles Gordes…). La liste n’intègre toutefois pas le Ritz à Paris, l’hôtel de légende n’étant plus candidat à la distinction depuis qu’il ne l’a pas obtenue en 2011.

La sélection 2026 marque un tournant. La commission Palace ne s’était pas réunie depuis la fin du Covid, le temps que les hôtels se remettent en route. Constituée de personnalités indépendantes, Atout France assure son secrétariat général, et le ministère du tourisme attribue officiellement les distinctions. Présidée par Pierre Ferchaud (ancien directeur général de l’Hôtel de Paris Saint-Tropez et du Bristol à Paris), elle a été entièrement renouvelée à l’occasion d’une réforme de la distinction fin 2024. Une réforme synonyme de durcissement: la durée d’attribution est passée de 5 à 3 ans, afin de «renforcer le caractère exceptionnel des établissements détenteurs», selon Atout France et contribuer à faire monter en gamme les plus beaux hôtels du pays.

«Se différencier dans un marché extrêmement concurrentiel»
Malgré trois candidats malheureux, six autres ont été renouvelés: Les prés d’Eugénie dans les Landes, Cheval Blanc Saint-Barth et Les Airelles Courchevel, Les Sources de Caudalie, Mandarin Oriental Lutetia Paris et Shangri-La Paris. «La distinction Palace reste donc un marqueur important, affirme Nicolas De Gols, directeur général du Shangri-La. Elle renforce le positionnement international d’un établissement et lui permet de se différencier dans un marché extrêmement concurrentiel. Elle a un impact direct sur l’attractivité commerciale, les partenariats avec de grandes maisons de luxe et la capacité à attirer une clientèle ultra haut de gamme».

De nouveaux venus les rejoindront le 2 juin. «Une poignée, à Paris et en province», selon plusieurs proches du dossier. À Paris, Cheval Blanc, Fouquet’s et Bulgari sont régulièrement cités; à Champillon dans la Marne, l’Hôtel Royal Champagne. «Le groupe Barrière a massivement investi pour sublimer l’Hôtel Fouquet’s avec une rénovation totale du lobby et du spa, ainsi que pour former nos équipes au plus haut niveau» , reconnaît Julien Gardin, directeur général de l’hôtel Fouquet’s Paris. La distinction se doit de se renouveler, pour rester attractive. Mais elle doit aussi veiller à préserver la rareté de sa sélection, si elle veut rester une référence au niveau mondial.