Connaissez-vous l’origine du nom des notes de musique?
«Do ré mi...» Comment ces onomatopées sont-elles devenues des notes? Le Figaro revient sur la génèse de ces petits mots de la musique.
«Do ré mi fa sol la si do.» C’est encore plus frappant par écrit: ces drôles de petits mots ne semblent vouloir rien dire. Ces onomatopées, que l’on s’amuse à chantonner enfant, désignent les sept notes dont est composée la musique depuis le Moyen Age. Elles paraissent si naturelles aujourd’hui qu’on oublie par exemple que dans le monde anglo-saxon, les notes sont nommées avec les lettres de l’alphabet (la=A, si=B…). Mais d’où viennent les noms des notes de musique?
Jusqu’au début du XIe siècle, il n’existait pas de système de notation stable. Depuis l’Antiquité, on utilisait des signes ou des lettres, que l’on organisait arbitrairement à partir de la première note de la mélodie. C’est autour de l’an 1000 que paraît le Dialogus de musica, qui fixe un premier système de signes: sept lettres de l‘alphabet latin, de A à G, pour couvrir la gamme qui va de notre «la» à notre «sol». C’est de cette manière qu’on nomme les notes encore aujourd’hui, dans les pays anglophones et germanophones. Fa-Si-liter l’apprentissage
Mais comment en est-on arrivé à des syllabes sans lien apparent avec les lettres de l’alphabet? C’est le moine bénédictin italien Guido d’Arezzo, qui, au XIe siècle, en est à l’origine. En cherchant à faciliter l’apprentissage du chant pour les jeunes moines qu’il formait, il invente la «solmisation», ancêtre du solfège moderne. Pour fixer le nom des notes, il prend la première syllabe des 6 premiers vers de l’hymne à Saint-Jean-Baptiste:
«Ut queant laxis / Resonare fibris / Mira gestorum / Famuli tuorum / Solve polluti / Labii reatum / Sancte Johannes.»
Ce système permettait d’apprendre aisément les intervalles («distance» sonore entre deux notes) et notamment de situer dans une gamme la place du demi-ton. Il était ainsi possible de se repérer sur sa main gauche, en associant à chaque phalange une note d’une gamme. Avant lui, l’apprentissage passait surtout par la mémorisation des mélodies et prenait une dizaine d’années.
Le «si», septième note dela gamme, n’est pas introduite par d’Arezzo, car elle permettait de former un «triton», intervalle dont il se méfiait et qui fut surnommé «le diable dans la musique» pour sa grande dissonance. Son ajout, au XVIe siècle, est attribué à Anselme de Flandres, à partir du «s» et du «j», transformé en «i», du dernier vers de l’hymne à Saint-Jean-Baptiste. L’Ut est remplacé par le «do» que l’on connaît au XVIIIe siècle, car plus facile à chanter. Qu’en est-il ailleurs?
Ce système de notation est toutefois très européen. Si les pays anglophones et germanophones utilisent des lettres de l’alphabet latin, les autres langues ont leurs manières propres de désigner les notes de musique. Par exemple, au Japon, les sept notes sont associées aux sept premiers caractères de l’iroha, chant bouddhiste aussi utilisé comme méthode de classement et initiation à la calligraphie. Cela donne, phonétiquement: «i» (la), «ro» (si), «ha» (do), «ni» (ré), «ho» (mi), «he» (fa), «to» (sol). En chinois, depuis le début du XXe siècle, les notes sont associées à des numéros, le 1 étant notre «do».
Cette notation s’inspire du système de notation français Galin-Paris-Chevé, quasiment inconnu en France, qui visait à simplifier la lecture de la musique.