Comment un golden boy français a volé 60 millions et coulé la plus vieille banque suisse
Français au charme méridional, Fabien Gaglio était vu comme un génie de la finance. Il avait développé une relation fusionnelle avec ses clients. Il a été démasqué par hasard, presque sur un coup de chance.
Français au charme méridional, Fabien Gaglio était vu comme un génie de la finance. Il avait développé une relation fusionnelle avec ses clients. Il a été démasqué par hasard, presque sur un coup de chance. naka - stock.adobe.com
VU D'AILLEURS - L'ex-banquier Fabien Gaglio va être jugé à Genève pour avoir pillé les comptes de ses clients. Il leur offrait aussi des vacances de rêve, avec yachts et jets privés. Révélations sur une affaire hors normes.
Après huit ans d'enquête, l'heure du jugement a sonné. En mars prochain, l'un des escrocs les plus fins à avoir sévi dans les banques privées suisses comparaîtra devant le Tribunal correctionnel de Genève. Fabien Gaglio risque jusqu'à 10 ans de prison pour avoir détourné plus de 60 millions de francs au préjudice de clients canadiens, italiens ou américains. Il est présumé innocent jusqu'au procès, mais a déjà admis l'essentiel des faits.
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Âgé de 48 ans, l'unique accusé coche toutes les cases de ce genre d'affaires. Français au charme méridional, Fabien Gaglio était vu comme un génie de la finance. Il avait développé une relation fusionnelle avec ses clients. Il a été démasqué par hasard, presque sur un coup de chance.
S'y ajoute une particularité qui fait le sel de ce dossier. Selon l'acte d'accusation que nous nous sommes procuré, l'ex-gestionnaire de fortune aurait détourné quelque 9 millions pour lui-même et sa famille. Mais il a surtout utilisé l'argent de ses clients pour leur offrir des prestations d'un luxe insensé que ni lui, ni peut-être eux-mêmes ne pouvaient se permettre.
Nous avons eu accès à des centaines de pages de documents judiciaires, qui retracent l'ascension et la chute de Fabien Gaglio. Ils mettent aussi à nu des faiblesses structurelles de la gestion de fortune: clients naïfs, banquiers inattentifs, contrôles qui ne fonctionnent pas. Ou du moins, qui n'ont pas fonctionné dans ce cas.
Chapitre I: naissance d'un fraudeur
Le matin du 23 janvier 2013, Fabien Gaglio se rend à la police française au palais de la Conciergerie, à Paris. Il raconte son parcours et confesse sa fraude. Un enquêteur le décrira plus tard comme «un type charismatique, qui a du bagout, qui n'a pas fait de vraies études, qui a mis un pied dans la banque et qui ensuite s'est inventé une vie».
Issu de la région niçoise, Fabien Gaglio n'a pas terminé son droit et a bricolé un faux diplôme pour postuler à la banque Merrill Lynch. Il est démasqué en France, mais trouve un job dans la finance à Londres, d'abord chez Union Investment Management (UIM), puis à la Banque Rothschild. Il y développe le gros train de vie de l'expatrié français qui a réussi. Son mariage lui a coûté 100.000 euros. Il vit dans un bel appartement du quartier de Sloane Square et ses enfants vont à l'école privée.
Pour moi, l'origine de cette affaire, ce sont des pertes qu'on n'ose pas avouer. C'est la même chose dans tous ces dossiers: au lieu d'avouer, on bidouille
Guerric Canonica, avocat de Fabien Gaglio
Mais ces apparences brillantes sont trompeuses. Dès 1998, le jeune homme a commencé à maquiller les comptes de ses clients, pour camoufler des pertes qu'il n'ose pas avouer. Il détourne aussi de l'argent pour lui-même: 2 millions de dollars, selon ses estimations, chez UIM puis Rothschild.
En 2003-2004, il se retrouve au chômage, mais continue de produire des faux pour faire croire à ses clients qu'il travaille. «C'est devenu pour moi une facilité, et je pensais avoir un jour la possibilité de gagner suffisamment d'argent pour rembourser», dira-t-il aux policiers.
«Fabien Gaglio n'est pas né malhonnête, estime aujourd'hui son avocat genevois, Guerric Canonica. Pour moi, l'origine de cette affaire, ce sont des pertes qu'on n'ose pas avouer. C'est la même chose dans tous ces dossiers: au lieu d'avouer, on bidouille. À un moment, il aurait dû reconnaître les pertes et ne l'a pas fait.»
Charme frenchy
Mais à l'époque, qui peut se douter de la supercherie? Le jeune homme présente bien, il a l'air «smart», avec une facilité de contact qui lui permet de se lier avec n'importe qui. «Il parlait très bien anglais, les gens succombaient à son charme frenchy, raconte une ex-collègue. Il était brun, mince, avec un regard sombre, intense. Il fumait beaucoup, mais tout était dans ce regard.»
Un autre collègue se souvient d'un personnage «très chic, avec beaucoup de goût, fin, intelligent, structuré. C'était vraiment l'image du succès, avec en plus une grande empathie et une intelligence émotionnelle. Il décèle très bien ce qui fait tilter les autres.»
En 2005, c'est recommandé par un chasseur de têtes que Fabien Gaglio débarque à Genève. Il est embauché chez Hottinger & Partners, jeune société de gestion de fortune adossée à la banque privée Hottinger & Cie. Fabien Gaglio y devient ce qu'on appelle un développeur, ou «chasseur». Il doit chercher des clients, faire grossir le business de Hottinger & Partners et de sa banque mère.
Clients impeccables
À l'époque, il a déjà un «book» de quelque 100 millions, qu'il peut amener tout de suite. Ses clients sont impeccables: l'Italien Giorgio Moroder, compositeur mythique de musiques de films; Danny Rowe, as de la vente directe et pilote de dragsters aux États-Unis; ou encore, dès 2006, le couple Benedek, des Canadiens que l'invention d'un système de filtration d'eau a rendu multimillionnaires.
Tous ont été rassurés par l'image de sérieux que projette Hottinger & Cie, «banquiers depuis 1786». Ce qui, de 2012 à 2015, en fait techniquement la plus vieille banque de Suisse.
Lorsqu'il reçoit ses clients dans les locaux de Hottinger, place des Bergues à Genève, Fabien Gaglio leur dit qu'il est associé de la banque. Une façade mensongère; Fabien Gaglio est seulement partenaire de Hottinger & Partners, qui appartient au même groupe, mais est techniquement indépendante.
Son salaire de base, 250.000 francs par an, ne suffit pas à financer la vie à laquelle il aspire. À tous, il affirme être millionnaire, grâce aux revenus accumulés chez Rothschild. Il porte de belles montres, sa femme de beaux bijoux. «Personne ne doute des revenus que vous annoncez, dès lors qu'ils sont crédibles lorsque vous avez ce genre de position», expliquera Fabien Gaglio au cours de l'enquête.
Chapitre II: comment tromper le système
Chez Hottinger, le nouveau gestionnaire suit la voie tracée à Londres: il siphonne les comptes de ses clients. Dans son essence, la fraude est simple. Fabien Gaglio donne à ses clients des relevés truqués, qui montrent des performances excellentes. Puis il crée de faux ordres de virements ou de faux e-mails pour ponctionner leurs fonds, apparemment selon leurs instructions.
Fin 2012, les meilleurs clients de Fabien Gaglio, Andrew et Diana Benedek, croient ainsi avoir 30 millions de dollars en gestion. Il ne leur reste en réalité que 12 millions, sur les 26 amenés au départ. Autre victime, le pilote de dragsters Danny Rowe croit avoir 19 millions, alors qu'il lui reste à peine 300.000 dollars. Un dermatologue californien et sa femme pensent avoir 15 millions, ils n'en ont plus que 3. Miriam Mazou, l'avocate du couple, affirme que ses clients «ont été particulièrement meurtris, car c'était une trahison de la part de quelqu'un qui se disait être leur ami».
Qui fabrique les faux sur lesquels repose la fraude? Selon l'acte d'accusation, Fabien Gaglio les fait lui-même. Ou il demande à certains employés de Hottinger & Partners de modifier des documents sous des prétextes fumeux, mais qui sonnent juste. Par exemple, corriger un montant vers le haut, pour refléter un changement dans la valeur d'un fonds. Ou ajouter une ligne dans un tableau Excel pour tenir compte de fonds déposés ailleurs.
Personne ne discute ses ordres. «On me disait de faire et je faisais», a résumé un employé lors de son interrogatoire. «Notre libre arbitre était mort», a assuré une autre, face à la «surcharge de travail» et à la «cadence effrénée» imposée par Fabien Gaglio.
Il existait pourtant des contrôles au sein de la banque Hottinger. En 2012, Fabien Gaglio ponctionne 422.000 euros sur les comptes du dermatologue californien et de sa femme. Il veut acheter une vigne en compagnie d'un ami, le cuisinier étoilé Yannick Alléno. Mais ce transfert déclenche une alerte interne. Fabien Gaglio s'en sort avec un mensonge: «Prêt fait par le client, nous allons recevoir un contrat prochainement», écrit l'une de ses collaboratrices à l'intention de la banque.
Scénario identique en juin 2011. Fabien Gaglio retire 100.000 euros en liquide sur les comptes des mêmes clients californiens. Son explication: ils ont besoin d'argent pour leurs vacances et pour payer des «travaux au noir» dans une maison du sud de la France. Lorsque l'alerte interne se déclenche, une employée répond que l'argent a été demandé «oralement» par Fabien Gaglio, qui «connaît très bien les clients».
En somme, quand la banque pose une question, c'est Fabien Gaglio qui y répond. C'est aussi lui qui transmet aux clients les informations sur leurs comptes. «Je n'ai jamais été véritablement interpellé par qui que ce soit», expliquera-t-il plus tard aux enquêteurs.
Il faudra attendre janvier 2013 pour que la supercherie tombe. Alors qu'il est absent, la directrice administrative de Hottinger & Partners compare le relevé original d'une banque luxembourgeoise avec celui que le gestionnaire a envoyé aux clients. La différence est de plusieurs millions, au détriment des clients.
Joint par ses collègues, Fabien Gaglio promet de tout arranger, mais sa voix est méconnaissable. Il disparaît deux semaines avant de se rendre à la police française. Associé chez Hottinger & Partners, Jean-François de Clermont-Tonnerre dépose une plainte contre lui peu après sa disparition.
Chapitre III: le cas Moroder
Dès les débuts de sa fraude, Fabien Gaglio s'est retrouvé coincé par son système de «cavalerie». Quand un client réclame de l'argent, il doit le lui donner, sans quoi il serait démasqué. Mais si le compte du client en question est vide, il faut piocher chez un autre client, pour combler le trou.
Le musicien Giorgio Moroder a été l'un des bénéficiaires involontaires de ce mécanisme. Il a recontré Fabien Gaglio en 2001, à Los Angeles. «J'ai eu un bon feeling», explique l'Italien en 2016 devant les enquêteurs genevois. Un ami lui présente Fabien Gaglio comme «l'un des meilleurs gérants du monde», capable d'obtenir des rendements de l'ordre de 15 à 20%.
C'est énorme, mais Moroder croit au «génie» de Fabien Gaglio. En 2012, il pense avoir près de 17 millions de dollars chez Hottinger. En réalité, son compte n'existe plus. Mais le musicien continue de recevoir de gros montants – jusqu'à 300'000 francs suisses – que Fabien Gaglio puise chez d'autres clients.
En dix ans, Giorgio Moroder retire ainsi 5 millions de dollars, soit presque le montant de sa fortune de départ. Lorsque la fraude est découverte, lui qui se croyait riche se retrouve avec une belle maison en Italie, mais aussi des dettes et peu d'argent liquide. «Aujourd'hui j'exerce, pour survivre, une activité de DJ, laquelle est de moins en moins rémunératrice», explique le compositeur en 2016.
Chapitre IV: le service VIP
Fin 2012, Fabien Gaglio vit toujours sur un grand pied. Il prête plus de 300.000 euros à sa femme, verse 100.000 euros pour l'école de ses enfants à Barcelone, où il vit la plupart du temps. L'année précédente, le banquier a invité une centaine d'amis en Nouvelle-Zélande, pour assister à la Coupe du monde de rugby. L'expédition a été financée par ses clients, à leur insu.
Pourtant, sur les quelque 60 millions détournés, Fabien Gaglio n'en aurait dépensé que 9 environ pour lui-même ou sa famille, selon l'acte d'accusation. Son avocat, Guerric Canonica, conteste ce chiffre. Mais la question demeure: où est passé le reste?
Selon le cabinet d'audit Deloitte, les clients de Fabien Gaglio ont payé 669.000 dollars de locations immobilières, des achats de vins rares pour 58.000 dollars, des voyages pour 1,7 million et des œuvres d'art pour 2,48 millions. Mais tout n'a pas été volé par Fabien Gaglio. Au contraire, une bonne partie de l'argent a été dépensée pour les clients, dans des prestations somptueuses que tous croyaient offertes par la banque Hottinger.
Ainsi, Giorgio Moroder s'est vu offrir des mois de séjour gratuit dans un appartement parisien. Danny Rowe a été invité à passer des vacances dans le sud de la France, avec Fabien Gaglio et sa famille. «Toutes les activités supplémentaires telles que la location d'un yacht devaient être payées par la banque. Je comprends aujourd'hui que c'est probablement moi qui ai payé, sans le savoir, ces activités», a déclaré Rowe durant l'enquête.
C'est un nuage de fumée dorée que Gaglio a déployé, pour montrer à ses clients à quel point ils avaient bien choisi leur gestionnaire
Miriam Mazou, avocate d'un couple de clients californiens
D'autres clients bénéficient de villas de rêve sur la Côte d'Azur, de voitures avec chauffeur pour circuler à Genève, de voyages en jets privés. À chaque fois, Fabien Gaglio donne la même explication: il n'y a rien à débourser, c'est la banque qui offre.
Le gestionnaire sait aussi créer des moments de convivialité qui charment les clients. Pour cela, il fait appel à ses amis parisiens, comme le chef multi-étoilé Yannick Alléno. Ce dernier serait venu spécialement à Genève, avec camion et commis de cuisine, pour préparer un dîner sur mesure à des clients de Fabien Gaglio. «C'est un nuage de fumée dorée que Gaglio a déployé, pour montrer à ses clients à quel point ils avaient bien choisi leur gestionnaire», estime Miriam Mazou.
Dans le cas de Danny Rowe, cette volonté de faire plaisir a atteint des proportions grotesques. Ce millionnaire canadien installé aux États-Unis possédait une écurie de dragsters, voitures aux moteurs gonflés qui se mesurent en duel, accélérant jusqu'à 400 km/h sur quelques centaines de mètres. Après son arrivée chez Hottinger, Fabien Gaglio propose de sponsoriser l'écurie de Danny Rowe. Au total, celle-ci reçoit quelque 600.000 dollars. Danny Rowe croit que l'argent vient de la banque suisse. En réalité, il sort de ses propres comptes.
Comment les clients ont-ils pu être si naïfs? Tout millionnaires qu'ils fussent, la plupart d'entre eux ne connaissaient rien à la finance. Et ils n'avaient ni le temps, ni l'envie de s'intéresser à la gestion de leur patrimoine.
Chapitre V: la drague des avocats
C'est en novembre 2012, sur les bords du lac de Côme, que la réputation de Fabien Gaglio atteint son zénith. Dans le cadre luxueux de l'hôtel Villa d'Este, à Cernobbio, le banquier intervient lors du «Private Clients Forum», une conférence exclusive destinée aux avocats qui s'occupent de fortunes privées.
Il était beau et semblait ambitieux. Personne ne mettait en cause sa réputation, parce qu'il venait d'une banque suisse
Karen Jones, rédactrice en chef du magazine « CityWealth »
La société de Fabien Gaglio, Hottinger & Partners, sponsorise l'événement. Mais son apparition à la Villa d'Este montre surtout qu'il est crédible dans les milieux financiers les plus élitistes. «Il était charismatique et il dépensait beaucoup, plus que d'autres organisations», se souvient Karen Jones, du magazine londonien «CityWealth». «Il sponsorisait beaucoup d'événements et invitait les professionnels à dîner dans de grands restaurants. Il était beau et semblait ambitieux, désireux de gagner des prix. Il est devenu très connu rapidement. Personne ne mettait en cause sa réputation, parce qu'il venait d'une banque suisse.»
À cette époque, Fabien Gaglio sponsorise conférence sur conférence et courtise avec succès le milieu des avocats. Chaque année, il invite 20, 30 ou 40 professionnels à Paris, Londres ou Rome pour parler de droit fiscal. «Pour développer sa clientèle, Gaglio était un génie», s'exclame un ancien collègue. Il avait compris que les clients se fient aux recommandations de leurs avocats. Et que les avocats eux-mêmes suivent les recommandations d'autres avocats. Ce réseau lui a permis de recruter ses principaux clients.
Chapitre VI: la chute de la maison Hottinger
L'autre atout de Fabien Gaglio pour séduire le gratin de la gestion de fortune, c'est la marque Hottinger. Difficile, à l'époque, d'imaginer plus respectable que cette boutique aristocratique, l'une des 14 en Suisse à pouvoir revendiquer le titre de «banque privée».
On prononce son nom «Hottingre», car la famille fondatrice, d'origine zurichoise, est installée depuis plus de deux siècles à Paris, où elle a gagné le titre de baron sous Napoléon. À l'interne, l'ambiance est feutrée, paternaliste et ultraconservatrice. Les femmes de la famille sont absentes des postes dirigeants.
Mais dans les années 2000, le vénérable établissement est à la peine. Selon une ancienne employée, il règne une certaine «nonchalance» à l'interne. Les frères Rodolphe et Frédéric Hottinger se disputent la direction. Leurs querelles irritent le gendarme des banques suisses, la FINMA, qui impose une restructuration en 2009.
Sociétés satellites
Pour sortir du marasme, les Hottinger ont une idée qui, dans un premier temps, semble payante. Pour attirer de l'argent frais, ils créent des sociétés satellites, où des gestionnaires de fortune indépendants travailleront sous le label Hottinger. Ce modèle conduit à la création en 2004 de Hottinger & Partners SA. Jean-François de Clermont-Tonnerre et plus tard Fabien Gaglio en deviennent actionnaires minoritaires, mais la plus grosse part est détenue par la famille Hottinger.
Ces sociétés satellites vont pourtant causer la perte de la banque. En 2013, le trou creusé par Gaglio est découvert. En 2014, une seconde fraude émerge chez Hottinger & associés Lugano SA, plus tard rebaptisée RZ associés SA. Ses dirigeants sont accusés d'avoir détourné 1,7 million de francs et bourré les portefeuilles de leurs clients de produits financiers agressifs, en échange de rétrocessions. L'affaire est actuellement jugée par le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone.
La banque suisse Hottinger mise en faillite, une procédure rarissime pour une banque privée suisse. Selon la FINMA, elle n'avait plus assez d'argent pour respecter ses obligations en matière de fonds propres, «en raison de pertes répétées et de contentieux non résolus».
Un connaisseur du dossier précise que ni l'affaire Fabien Gaglio, ni celle de Lugano n'ont directement provoqué la faillite. «Le cas à Genève a infligé des dommages, mais il n'était pas loin d'être réglé avec les clients, ajoute cet initié sous couvert de l'anonymat. Financièrement, on était proche d'une solution. Mais il y a eu une nouvelle dispute entre membres de la famille, qui n'ont pas pu se mettre d'accord sur l'argent à injecter dans la banque. Ce qui s'est passé est très triste.»
Chapitre VII: la lenteur de la justice
Si la place financière suisse ne ressort pas grandie de l'affaire, celle-ci est aussi cruelle pour la justice genevoise. Fabien Gaglio a largement admis les faits et n'a jamais recouru contre les décisions du Parquet. Alors, pourquoi a-t-il fallu neuf ans pour aboutir au procès, et non quatre ou cinq comme on serait en droit de l'attendre pour une enquête de ce type?
Au Luxembourg, où se trouvaient certains comptes de clients, Fabien Gaglio a été jugé en trois ans, et a passé un an en prison. À Genève en revanche, «l'instruction a été coupée par des années d'inaction du Ministère public, regrette Alexander Troller, l'avocat du pilote Danny Rowe. Le Ministère public a été inefficace car trop irrégulier, alors que ce n'est pas un cas si compliqué.»
Quatre procureurs se sont succédé sur l'affaire. Selon plusieurs initiés, l'enquête a ratissé trop large au début, accumulant quelque 150 classeurs d'une documentation pas toujours pertinente. Il a fallu l'arrivée de la dernière procureure, Juliette Harari, pour boucler le dossier en 2021. «C'est très lent, trop lent, estime l'avocat de Fabien Gaglio, Guerric Canonica. Le Ministère public a de la peine à sortir ces affaires dans des délais raisonnables.»
Contacté, le Ministère public genevois explique la longueur de la procédure par «le nombre d'actes d'instruction, la longue période sur laquelle le prévenu est suspecté d'avoir commis des infractions, le nombre de parties impliquées et de demandes d'entraide internationale adressées à des autorités étrangères, ainsi que par l'inévitable ralentissement (…) dû à la pandémie».
Conclusion: un goût amer
De guerre lasse, certains clients lésés ont fini par se retirer de la procédure. D'autres gardent de l'affaire un goût amer. En raison de la lenteur de la justice, mais aussi parce que Fabien Gaglio, selon eux, s'en est trop bien tiré. L'homme vit actuellement libre, dans le sud de la France, où il a rebondi dans l'événementiel. Selon son avocat, il n'a pas les moyens de rembourser le trou creusé chez Hottinger.
Le seul bien tangible bloqué par la justice genevoise est la maison des parents de Fabien Gaglio, près de Nice, qui vaudrait près de 680'000 euros. Des œuvres d'art achetées par l'ex-banquier ont disparu lors d'un cambriolage à son domicile du sud de la France, le 31 décembre 2013.
Au procès, qui se tiendra du 21 au 25 mars, Fabien Gaglio peut compter sur l'ancienneté des faits pour lui valoir une certaine clémence. Il jouera aussi la carte de la contrition. «J'aimerais encore dire que je regrette profondément le choc et les souffrances que je fais subir aux personnes lésées, déclarait-il lors d'un interrogatoire en 2014. Je suis sincèrement et profondément désolé.»