Atos dans la tourmente boursière avant son plan stratégique
DÉCRYPTAGE - Le groupe pourrait loger ses activités historiques en perte de vitesse au sein d’une entité juridique à part.
Si l’objectif du nouveau plan stratégique que la direction d’Atos présente ce mardi est de retrouver la confiance des investisseurs, cela semble mal parti. L’action du groupe technologique français a chuté de plus de 10 % à la Bourse de Paris sur la seule séance de lundi, ce qui porte à 28 % la baisse de sa valeur sur les cinq derniers jours.
Dans un contexte de marché globalement tendu pour les valeurs technologiques, Atos a subi le contrecoup d’une information de BFM sur la stratégie qu’il détaillera aujourd’hui. Après d’âpres discussions entre le directeur général, Rodolphe Belmer et Bertrand Meunier, le président du conseil d’administration, notoirement en conflit, le groupe serait parvenu à un compromis: loger les activités historiques d’infrastructures et d’infogérance informatiques au sein d’une entité juridique distincte et autonome, Tech Foundation, tout en restant intégrée au sein d’Atos.
Risque d’affaiblissement
À l’ère de la migration des entreprises vers les clouds publics, ces activités sont en déclin et dégagent peu de marges. Or, elles représentent encore près de la moitié du chiffre d’affaires du groupe français, grevant ses performances globales. Séparer d’un point de vue juridique et bilanciel ces activités permettrait de mieux valoriser les performances des deux autres pôles - en croissance - du groupe: la transformation digitale (35 % du chiffre d’affaires) et surtout la division Big Data & Security (BDS), qui regroupe le calcul de haute performance et la cybersécurité. Véritables joyaux du groupe, ces deux dernières nécessitent d’importants moyens pour grandir, tant en recherche et développement, en marketing qu’en acquisitions.
Atos: tensions au sommet sur l’avenir stratégique de la pépite technologique : https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/tensions-au-sommet-sur-l-avenir-strategique-d-atos-20220610
Or, selon certaines sources proches du dossier, et c’est ce qui sème le trouble chez des analystes financiers, Tech Foundation accueillerait aussi «certains éléments» des deux autres activités, pour lui donner une certaine attractivité. Car Atos, qui n’a jusqu’ici pas réussi à trouver des repreneurs intéressés, n’aurait pas abandonné l’idée de céder cette partie qui le handicape quand il le pourra. Pour la rendre encore plus attrayante, certaines charges pourraient être allégées par le jeu d’une nouvelle répartition entre les trois pôles actuels.
Rodolphe Belmer va devoir convaincre les investisseurs des avantages à court et moyen terme de ces choix stratégiques, qui permettent de conserver «l’intégrité et l’indépendance» d’Atos, selon les souhaits du conseil d’administration, mais au prix d’un affaiblissement des pôles Digital et BDS. Atos s’est refusé lundi à tout commentaire. Cette incertitude, entretenue par de multiples spéculations ces dernières semaines autour l’avenir du groupe, déplaît fortement aux investisseurs.
Bertrand Meunier: «Atos va accélérer sa mutation numérique» : https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/bertrand-meunier-atos-va-accelerer-sa-mutation-numerique-20211020
«Une fois que vous dites que “je veux vendre, c’est non stratégique”, il faut que cela se concrétise rapidement, sinon vous finissez par penser qu’il n’y a pas d’acheteur», soulignait lundi un analyste financier. De son côté, la Société générale s’interrogeait dans une note aux clients sur les divergences de vues au sommet. «Cela pourrait réduire la crédibilité du DG et remettre en cause son autorité en interne, le forçant à faire des choses auxquelles il ne croit pas, ce qui n’est jamais une bonne chose, à notre avis.»