Le Figaro : Airbus revient en force dans le dossier Atos

Airbus revient en force dans le dossier Atos

L’avionneur européen s’intéresse de près au rachat de BDS, qui regroupe les activités cybersécurité, big data et supercalculateurs.

La gigantesque partie d’échecs qui se joue autour de l’avenir du groupe Atos se poursuit, et la liste des joueurs tournant autour du plateau évolue aussi rapidement que le placement des pièces. Depuis l’arrivée de Jean-Pierre Mustier à la présidence du conseil d’administration d’Atos mi-octobre, après le retrait de l’historique Bertrand Meunier, certains acteurs font leur retour dans les discussions.

C’est d’abord le cas de David Layani, le PDG du cabinet de conseil et services en technologies français Onepoint, devenu depuis le 1er novembre le nouvel actionnaire de référence d’Atos. Le dirigeant continue d’avancer ses pions, en annonçant mercredi soir être monté à 11,4 % du capital et des droits de vote de la société. Il demande désormais trois sièges au conseil d’administration afin de pouvoir peser sur toutes les tractations en cours.

De multiples oppositions
À commencer par les « négociations exclusives avancées » que poursuivent activement Atos avec Epei, le holding de l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky pour la vente des activités historiques d’infogérance d’Atos, regroupées dans une entité baptisée Tech Foundations. Les termes de l’accord initial tels que négociés par Bertrand Meunier et présentés le 1er août, ont changé : la vente de Tech Foundations à Epei n’est plus liée à une prise de participation de 7,5 % au capital d’Eviden, l’autre société issue de la scission prévue d’Atos. Pressé par l’ancien président du conseil d’administration d’Atos, Daniel Kretinsky avait accepté de participer, à hauteur de 200 millions d’euros, à l’augmentation de capital de 900 millions d’euros dont Eviden a besoin pour assurer son développement et faire face à des échéances de dettes en 2025. Cette perspective avait soulevé de multiples oppositions dans la classe politique française.

L’arrivée d’Onepoint au capital d’Atos, s’affirmant prêt à assumer un rôle d’investisseur leader dans la future augmentation de capital, a permis de débloquer la situation. Les négociations se poursuivent désormais sur le niveau de prix et les conditions financières auxquels Atos pourrait céder Tech Foundations, et sur les contours du découpage des activités entre Tech Foundations et Eviden. Répétant s’inscrire dans une démarche de long terme, David Layani souhaite une revalorisation plus importante de Tech Foundations, pour en trouver « le bon prix ». Du côté des équipes de Daniel Kretinsky, on se contente d’indiquer que les négociations avancent. « Je veux veiller à ce qu’aucun actif ne soit bradé » ajoute David Layani, qui se définit dans un état d’esprit d’ouverture, notamment sur certaines cessions d’actifs, évoquées comme « des initiatives complémentaires en vue d’un plan d’augmentation de capital » en novembre par Atos.

Ce nouveau changement de donne a provoqué le retour en force d’Airbus dans le dossier. Selon deux sources interrogées par Le Figaro, l’avionneur européen est en discussions « avancées » avec l’état-major d’Atos pour acheter les activités big data et cybersécurité (BDS), aujourd’hui logées dans l’entité Eviden. « Airbus et le conseil d’administration sont passés en discussion bilatérale, indique l’une des deux sources. Il n’y a aucun autre acteur en discussions. » Interrogé, Atos indique ne pas vouloir faire de commentaires et un porte-parole d’Airbus rappelle que le groupe « ne commente pas les rumeurs de marché ».

En février, le groupe aéronautique avait officiellement manifesté son intérêt pour prendre 29,9 % d’Eviden. Les deux groupes avaient alors entamé des discussions mais Airbus avait dû faire face à une levée de boucliers. D’un côté, certaines voix politiques sur la place parisienne jugeaient que la nationalité franco-allemande de l’avionneur soulevait un enjeu de souveraineté au regard du caractère stratégique de certaines activités de BDS, notamment le calcul haute performance à visée militaire. Par ailleurs, l’un des actionnaires d’Airbus, le fonds britannique TCI, avait fait pression sur Airbus pour renoncer à une opération qu’il estimait plus politique que stratégique. Mais l’intérêt d’Airbus pour les activités de cybersécurité, de cloud sécurisé et de supercalculateurs n’a, en fait, pas changé depuis tous ces mois. En dépit de l’abandon des négociations sur les 29,9 % d’Eviden, les deux groupes avaient d’ailleurs maintenu un partenariat pour travailler ensemble sur des offres de solutions digitales souveraines. « Maintenant qu’ils sont revenus sur le dossier, ils ne vont plus lâcher le morceau », assure un très bon connaisseur de l’avionneur.

Pour mener à bien sa feuille de route, le président du conseil d’administration d’Atos, Jean-Pierre Mustier, ne s’imposerait pas de date limite, selon une source proche du dossier, alors que l’espoir d’arriver à un accord définitif fin décembre avait été un temps évoqué. Si les négociations arrivent à leur terme, elles devront encore passer le feu d’une assemblée générale extraordinaire, promise aux actionnaires pour valider la cession de Tech Foundations. Certains d’entre eux, à l’instar de la société Alix AM (1 % du capital d’Atos) contrôlée par l’homme d’affaires Hervé Vinciguerra, ne désarment pas et restent très vivement opposés à cette vente, qualifiée de destructrice de valeur.