La Lettre : Orange s'attire l'ire des armées avec son projet de cession de Globe

Orange s'attire l'ire des armées avec son projet de cession de Globecast
La perspective de la reprise éventuelle du spécialiste de la diffusion audiovisuelle Globecast par un fonds d'investissement inquiète la Marine nationale. Celle-ci dispose d'un centre sensible de transmissions par satellite installé depuis des années sur le même site que la filiale d'Orange.
La mise en vente par Orange de sa filiale Globecast met la défense française sur le qui-vive. D'après nos informations, la Marine nationale s'inquiète de la perspective de voir ce spécialiste de la transmission de flux vidéo passer sous le contrôle d'un fonds d'investissement privé. Cette filiale, dirigée par Philippe Bernard, a la particularité de posséder une station terrestre de télécommunications par satellite – appelée "téléport" – installée dans le domaine de Sainte-Assise (Seine-et-Marne). Cette station est située à proximité de terrains classés confidentiel-défense où la Marine nationale utilise des antennes de haute intensité similaires à celles de Globecast, mais à des fins militaires. Le "téléport" militaire de Saint-Assise, appelé "CTM" (centre de transmission de la Marine), sert ainsi à établir des communications – non confidentielles – avec les sous-marins lanceurs d'engins (SNLE).
Bien que les équipements satellitaires de l'armée ne soient pas opérés par Globecast, les risques d'interception d'informations à caractère militaire sont pris très au sérieux, si l'entreprise doit basculer dans les mains d'acteurs privés. Comme l'a révélé L'Informé dans un article du 2 février, la filiale d'Orange suscite l'intérêt de deux fonds d'investissement, le français Verdoso et le fonds allemand Dubag Group. La société de télécommunications (220 salariés en France) réalise un chiffre d'affaires consolidé de 216 millions d'euros. Le creusement de son déficit, en raison d'une baisse de ses business historiques, comme la diffusion par satellite, a poussé la directrice générale de l'opérateur télécoms, Christel Heydemann, à se séparer de Globecast.
Doctrine de Bercy sur les téléports
La présence d'un acteur étranger dans les discussions préalables à la cession alimente les craintes, en particulier si Globecast revient in fine à l'industriel suisse Eurovision Services, lui-même propriété de l'allemand Dubag.
En outre, la doctrine du ministère de la défense en matière de "téléport" est assez stricte : cet équipement est suffisamment sensible pour ne pas être mis à portée de mains étrangères. Bercy vient d'ailleurs de l'appliquer dans le dossier Eutelsat. L'État français est monté au créneau pour empêcher l'opérateur français de satellites de vendre des infrastructures au fonds suédois EQT Infrastructure. L'unique concurrent européen de Starlink dispose de six téléports en propre, un seul étant installé en France, près de Rambouillet.