LVMH: Le timing contrarié de la nomination d'Antoine Arnault au comex
L'annonce de l'entrée d'Antoine Arnault au comité exécutif de LVMH, initialement prévue pour début janvier, a été repoussée d'un mois. Cette décision s'inscrit dans une restructuration plus large de la gouvernance du groupe, permettant à Bernard Arnault de valider le rôle de modérateur de son fils aîné vis-à-vis de ses frères et sœurs, tout en évitant de créer de nouvelles tensions familiales.
Un contexte de transition soigneusement orchestré
La nomination d'Antoine Arnault au comité exécutif devait être officialisée début janvier, comme nous l'avions rapporté dans notre lettre Glitz du 9 décembre. Cependant, le communiqué de presse a été reporté à une date ultérieure, avec les résultats annuels publiés ce mardi 27 janvier. L'entrée dans la tour de contrôle opérationnelle du groupe de l'aîné des garçons Arnault, actuel directeur de l'image et de l'environnement de l'empire familial, se fera désormais de manière plus progressive.
Cette promotion sera diluée dans un remaniement organisationnel plus large incluant trois ou quatre autres mouvements internes au sein du groupe de luxe. Parmi ces nominations figurent celle de Véronique Courtois, actuelle directrice générale de Parfums Christian Dior, à la direction de la branche beauté, ainsi que le transfert de Stéphane Rinderknech, qui occupait ce poste depuis trois ans, vers d'autres fonctions.
Diplomatie familiale
Ces précautions reflètent le casse-tête diplomatique familial auquel Bernard Arnault est confronté depuis quatre ans, chaque fois qu'il envisage de promouvoir l'un de ses enfants. Même s'il est plus facile de justifier le placement de sa fille Delphine Arnault à la direction de Christian Dior Couture fin 2022, l'arrivée d'Antoine Arnault au comex ne réjouit pas les trois autres enfants de la pianiste Hélène Mercier, seconde épouse de Bernard Arnault.
Frédéric Arnault, directeur général de Loro Piana, et Alexandre Arnault, directeur général délégué de Moët Hennessy, questionnent indirectement leur père sur cette intronisation soudaine, alors que leurs propres attributions n'ont pas évolué. Le benjamin Jean Arnault, directeur général du pôle horloger de Louis Vuitton, a profité de sa position pour demander une place au conseil d'administration. Il est le seul des cinq enfants à ne pas y siéger, son père ayant invoqué son jeune âge (28 ans). Signe de l'ambiance interne, Antoine Arnault suspecte même ses frères d'être derrière les fuites divulguant sa future nomination afin de mieux la torpiller.
Pas de successeur désigné
À l'heure actuelle, aucun de ces héritiers ne peut se prévaloir d'un bilan probant. Âgée de 50 ans, Delphine Arnault est critiquée pour sa gestion et ses résultats chez Dior. Alexandre Arnault (33 ans) peine à relancer Moët Hennessy dans les pas de Jean-Jacques Guiony. Son cadet Frédéric Arnault (30 ans) cherche encore à défendre son maigre bilan chez Tag Heuer, au lieu de se concentrer sur les bonnes performances de Loro Piana avant son arrivée.
Antoine Arnault (48 ans) n'a pas non plus fait d'étincelles à la tête de Berluti pendant onze ans. Le groupe avait pourtant développé la marque de chaussures à coups de millions, en finançant l'extension de son parc de magasins. La mission du cadet depuis six ans, au service de l'image et de la RSE de LVMH, est appréciée par Bernard Arnault, notamment son rôle de fédérateur établi avant qu'il ne reçoive la Légion d'honneur en décembre, et illustré par l'acquisition du club de football Paris FC pour rapprocher les frères. Deux bonnes raisons, aux yeux du patriarche, pour l'associer de plus près à la stratégie opérationnelle du groupe dans les jours à venir.
Points clés:
- Le report stratégique évite les tensions familiales
- Quatre autres nominations internes accompagneront celle d'Antoine
- Aucun des cinq enfants ne se distingue par des résultats exceptionnels
- Bernard Arnault repousse à 85 ans la limite d'âge pour son poste de PDG
- La succession reste un sujet sensible au sein de la dynastie Arnault