La biotech française Abivax attise les convoitises. D'après les informations de La Lettre, le groupe pharmaceutique britannique AstraZeneca s'intéresse à la start-up spécialisée dans le traitement des maladies inflammatoires, déjà ciblée par la big pharma américaine Eli Lilly (LL du 12/01/26). Le laboratoire, basé à Cambridge et dirigé par le Français Pascal Soriot, a proposé de payer environ 176 € par action Abivax à la fin de l'année 2025, ce qui valoriserait la biotech française, cotée sur Euronext Paris et le Nasdaq américain, à quelque 13,75 milliards d'euros. Ce montant est toutefois inférieur aux 15 milliards d'euros qu'Eli Lilly envisage de débourser pour mettre la main sur Abivax, soit le double de sa capitalisation boursière actuelle (7,89 milliards d'euros). Mais AstraZeneca se tient prêt à s'aligner sur ce que propose son concurrent.
La bataille promet d'être intense pour le rachat d'Abivax, jeune pousse créée en 2013 par Philippe Pouletty, cofondateur du fonds d'investissement Truffle Capital. Bien qu'Eli Lilly se montre le plus agressif des deux candidats à la reprise en matière de prix, le profil d'AstraZeneca a de quoi séduire, dans un contexte de guerre commerciale avec Washington. Son PDG, Pascal Soriot, a l'avantage d'avoir la double nationalité française et australienne. Cet ancien vétérinaire, passé par Sanofi et Roche, a transformé le laboratoire dont il a pris les rênes en 2012, alors qu'il était en perte de vitesse, en un géant mondial de l'innovation.
Dans les colonnes du quotidien Le Monde le 17 décembre 2025, il s'était inquiété d'une accélération du déclin de l'Europe dans la fabrication de médicaments innovants en raison de la politique menée par Donald Trump. Pascal Soriot avait d'ailleurs alerté sur les conséquences des investissements massifs des grands groupes pharmaceutiques aux États-Unis pour éviter les droits de douane de l'administration américaine, ce qui obligera les pays de l'UE à s'approvisionner en médicaments auprès de leur partenaire américain.
Large potentiel de vente aux États-Unis
Alors qu'Emmanuel Macron va demander à Bruxelles d'activer le mécanisme européen anti-coercition face aux surtaxes douanières que Washington menace d'appliquer à ceux qui s'opposent à ses vues sur le Groenland, la nationalité britannique d'AstraZeneca peut être un atout de taille. Adopté en octobre 2023, cet instrument anti-coercition donne à l'exécutif européen la possibilité de restreindre l'accès au marché unique à certaines entreprises étrangères, en l'occurrence américaines, de limiter ou de geler des investissements étrangers, voire d'exclure des sociétés des marchés publics.
Avant ce regain de tensions commerciales entre les États-Unis et les pays de l'Union européenne, le ministère de l'économie avait déjà indiqué suivre une possible vente d'Abivax de très près. Bercy a prévenu que tout projet de rachat d'un groupe stratégique dans le domaine de la santé déclencherait une procédure de contrôle des investissements étrangers en France par la Direction générale du Trésor de Bertrand Dumont.
Dirigée depuis avril 2023 par Marc de Garidel, la start-up Abivax est une cible sérieuse d'acquisitions pour les groupes de la "big pharma", depuis qu'elle a fait état en juillet de résultats très prometteurs pour son principal candidat-médicament, l'obefazimod. Ce dernier fait actuellement l'objet d'essais cliniques finaux, dits de phase III, pour le traitement des maladies inflammatoires de l'intestin. Ces perspectives encourageantes, avec un début de commercialisation en 2027, ont propulsé l'action Abivax à des sommets en Bourse, avec un gain de 1 600 % sur la seule année 2025. Le marché de la rectocolite hémorragique a un potentiel de ventes mondiales estimé à 21,2 milliards de dollars en 2032 contre 9,2 milliards en 2025. Les États-Unis représentent à eux seuls près de 70 % des débouchés commerciaux.
Contactés par La Lettre, ni AstraZeneca ni Abivax n'ont souhaité commenter ces informations.