Suez cherche à reprendre sa pépite IWS à Veolia
Après avoir mis la main sur la filiale IWS lors de son OPA sur Suez, Veolia doit remettre en vente cette activité de traitement des déchets dangereux sous la pression de Bruxelles. Le "nouveau Suez" cherche aujourd'hui à récupérer cet actif lucratif, mais va devoir batailler contre quatre autres candidats.
Trois mois après la finalisation de l'OPA de Veolia sur Suez, la situation peut paraître surréaliste. Le nouveau Suez cherche à récupérer un morceau d'une de ses propres filiales, IWS (Industrial Waste Specialties), auprès du groupe dirigé par Antoine Frérot. Cette entité spécialisée dans le traitement de déchets dangereux est pourtant devenue propriété de Veolia depuis janvier. Le groupe tenait justement à absorber et conserver entièrement cette filiale en raison de sa rentabilité intrinsèque élevée.
Bruxelles impose la cession d'IWS France
Mais la Commission européenne a mis un grain de sable dans les plans du géant français de la gestion de l'eau et des déchets. En échange du feu vert accordé mi-décembre à l'OPA sur Suez, Bruxelles a exigé que Veolia se sépare de la partie française d'IWS. Objectif : éviter que le groupe, qui détient déjà cinq des treize sites français dédiés à ces déchets dangereux, n'occupe une position hégémonique. En conservant IWS, Veolia aurait possédé douze des treize sites de traitement dédiés à ce type de déchets en France.
Conséquence de ce stop bruxellois, IWS France se retrouve aujourd'hui dans une sorte de no man's land. La filiale est gérée par un management autonome, distinct de ceux de Veolia et de Suez, et placée sous le contrôle d'un "monitoring trustee", un mandataire désigné par la Commission européenne. Cette situation provisoire ne s'achèvera qu'une fois la vente finalisée.
Responsable de l'opération, Veolia a lancé récemment le processus en confiant un mandat à la banque d'affaires Morgan Stanley. Le nouveau Suez dirigé par Sabrina Soussan n'est donc pas certain de pouvoir remettre la main sur cet ancien actif, que son prédécesseur Bertrand Camus avait laissé partir sans réagir. Car il ne s'agit pas d'un processus de gré à gré, mais bien d'une mise en concurrence, l'intérêt pour Veolia étant de faire monter les enchères. Cette partie d'IWS mise en vente serait valorisée autour de 600 millions d'euros.
Quatre autres candidats sur les rangs
Or cette filiale aiguise les appétits. En plus de l'ancienne maison mère, quatre autres candidats seraient sur les rangs. Dans le camp industriel français, on trouve deux autres groupes à l'affût, Paprec et Séché environnement. Chez les Européens, l'espagnol Urbaser environnement et l'allemand Remondis regardent aussi le dossier.
Si tous paraissent à égalité sur la ligne de départ, l'état des forces varie d'un candidat à l'autre. Coté en Bourse, le groupe Séché, qui dispose déjà d'un site dédié aux déchets dangereux, serait peut-être contraint d'abandonner certaines niches dans le traitement des déchets. L'ambitieux Paprec pourrait quant à lui être handicapé par son endettement actuel. De son côté, Urbaser environnement, absorbé en 2021 par le fonds d'investissement américain Platinum Equity, se présente nanti de confortables liquidités à investir. Son nouvel actionnaire veut faire de la France - où il réalise 250 millions d'euros de chiffre d'affaires - une de ses cibles stratégiques pour accroître ses affaires.
Quant à Remondis, l'opportunité IWS permettrait à son actionnaire, le groupe Rethmann, de prendre une petite revanche dans le dossier Suez. Egalement solide financièrement, l'industriel allemand avait fait officiellement acte de candidature pour prendre au moins 20 % du capital du nouveau Suez. Mais les acteurs industriels et politiques du dossier lui ont préféré le fonds d'investissement américain Global Infrastructures Partners (GIP), qui détient 40 % de l'opérateur.
Enfin, Suez garde toutes ses chances, à condition de pouvoir encore accroître son endettement. Sur le plan opérationnel, le possible retour de son ex-filiale sous son pavillon offrirait une continuité industrielle et managériale.