Morgan Stanley suit de très près le dossier Casino pour son client Carrefour
Pour le moment témoin du dépeçage en cours de Casino, le PDG de Carrefour Alexandre Bompard n'entend pas rester inactif. Sa garde rapprochée enchaîne les réunions d'observation avec Yves Ayache, banquier phare de Morgan Stanley.
Les réunions s'enchaînent depuis quelques semaines - la dernière a eu lieu vendredi - entre la principale banque conseil de Carrefour, Morgan Stanley, et la garde rapprochée du PDG Alexandre Bompard, dont son directeur financier, Matthieu Malige, et son directeur chargé des fusions acquisitions, Benoit Camps. Parmi les sujets chauds du moment, outre la clôture des gros dossiers, comme la finalisation de la vente de la filiale de Carrefour à Taïwan, figure, en bonne place, celui d'une participation au dépeçage du concurrent Casino.
Comme le révélait récemment La Lettre A (LLA du 05/06/23), Alexandre Bompard a déjà pris langue personnellement avec Daniel Kretinski, qui se propose de racheter Casino en participant à une augmentation de capital de plus d'un milliard d'euros. Mais derrière ce cordial appel du pied, des scénarios de rachat de magasins Casino, voire de montée au capital du distributeur stéphanois, s'élaborent en grand secret avec le cador de Morgan Stanley, Yves Ayache, vice-président de la banque d'affaires pour l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient.
La discrétion est essentielle. Car, contrairement au cas du groupe Auchan qui vient, dans un élan quasi désespéré, de proposer une fusion avec Casino, les relations très fraîches entre Alexandre Bompard et le PDG de Casino Jean-Charles Naouri depuis leur rapprochement avorté de 2018, nécessitent de manœuvrer avec finesse.
Le travail des valorisations commence
En attendant, les enseignes et magasins du groupe Casino, soit plus de 6 % de part de marché, sont suspendus à une éventuelle vente à la découpe. Un concurrent très sérieux, Intermarché, vient de prendre une part active au festin en s'offrant à bas prix 200 magasins. Et les acteurs de Teract, aiguillés par Moez-Alexandre Zouari, affichent leurs ambitions de créer un nouveau Grand Frais avec des centaines de magasins à travers la France. Impossible pour Carrefour de se contenter de compter les points.
Pour le moment, Yves Ayache limite son action à une observation active de la partie de Risk commencée sans son client. Comme tous les acteurs du dossier, il attend avec impatience la revue indépendante des actifs du groupe Casino demandée au cabinet d'audit PwC par ses grandes banques créancières, dont BNP Paribas, Natixis et Crédit agricole Corporate & Investment Bank (Cacib). Ses plus de 200 pages de conclusions devraient circuler dès ce lundi 12 juin dans les milieux bancaires. Elles permettront enfin d'effectuer le minutieux travail de valorisation exacte des actifs du groupe endetté à hauteur de plus de 6 milliards d'euros.
Deux banquiers valent mieux qu'un
Yves Ayache et Alexandre Bompard travaillent en toute confiance depuis plus de cinq ans. Ils ont appris à se connaître début 2016 lorsqu'Yves Ayache accompagnait Darty face à l'assaut de la FNAC, alors dirigée par Alexandre Bompard. En cas d'offensive, la position de la firme américaine pourrait être affectée par l'agenda de son banquier. Car l'associé gérant de Morgan Stanley depuis 2005, en désaccord avec le patron du bureau parisien de la banque, Emmanuel Goldstein, est sur le point de faire ses cartons. La date de son départ, après finalisation des dossiers en cours, serait prévue selon nos sources pour février 2024.
Signe qu'Alexandre Bompard est particulièrement à l'affût sur Casino, un autre banquier, Benoit d'Angelin, fondateur depuis 2016 de la banque D'Angelin & Co, le conseille également sur ce dossier. Cet ancien de BNP Paribas et de Lehman Brothers, âgé de 61 ans, était un grand donateur de la campagne d'Emmanuel Macron en 2017 et lui a servi de relais pour lever des fonds auprès des Français de la City (LLA du 29/11/18).