La Lettre A : LVMH poursuit sa razzia méthodique des talents de L'Oréal

LVMH poursuit sa razzia méthodique des talents de L'Oréal

En annonçant, cette semaine, l'arrivée de l'ancien président de Biotherm (L'Oréal) Giulio Bergamaschi à la direction d'une de ses maisons de parfum, Acqua di Parma, le groupe de Bernard Arnault étend un peu plus son tableau de chasse. Malgré un procès contestant le débauchage de Stéphane Rinderknech, LVMH continue de puiser allègrement dans le vivier de cadres du géant des cosmétiques.

Dans une note interne de nomination envoyée mardi 21 mars, LVMH a réussi l'exploit d'annoncer l'arrivée de Giulio Bergamaschi à la tête d'une de ses petites marques de parfums, Acqua di Parma, sans jamais mentionner dans sa biographie le nom de L'Oréal. Le nouvel arrivant y a pourtant réalisé l'intégralité de sa carrière, soit dix-huit ans, de 2004 à 2022 ! L'Oréal serait-il devenu un mot tabou chez LVMH ? Ou le géant du luxe finit-il par rougir à force de piller les cadres du leader mondial des cosmétiques ?

Le cas Rinderknech
Au moins, cette fois, le groupe de Bernard Arnault avait fait respecter la clause de non-concurrence de sa nouvelle recrue. Ce qui n'a pas été le cas pour le plus capé Stéphane Rinderknech. Comme révélé par La Lettre A en mai (LLA du 20/05/22), ce poids lourd de L'Oréal, passé par la direction de la Chine et des Etats-Unis, avait été placé début juin à la tête de la branche hôtelière, avec une place au comex de LVMH. Le groupe espérait ainsi le former discrètement avant de l'orienter vers la division beauté. Raté pour la discrétion.

L'Oréal avait rapidement intenté un double procès à LVMH ainsi qu'à son ancien cadre dirigeant, faisant notamment remarquer que les spas des hôtels relevaient d'une activité liée aux cosmétiques (LLA du 19/07/22). Les juges avaient ensuite donné raison en appel à LVMH avant un pourvoi en cassation de L'Oréal, qui reste à venir (LLA du 16/01/23). Ce qui n'a pas empêché les équipes ressources humaines de LVMH de s'empresser de communiquer le 6 mars dernier sur la nomination de Stéphane Rinderknech comme PDG de la division beauté, à peine son année de clause écoulée fin février.

Les "ex" sont partout
Le cas Rinderknech a fait du bruit. Mais ce n'est qu'un des arbres qui cache la forêt, tant les équipes de la DRH de LVMH, Chantal Gaemperle, pêchent sans modération dans le vivier L'Oréal. Cette semaine par exemple, Bernard Arnault fait la tournée de ses maisons en Asie, accompagné de sa fille Delphine Arnault, nouvelle PDG de Christian Dior, et rejoint par son fils Alexandre Arnault, chargé du marketing de Tiffany & Co. En Corée du Sud, ce lundi 20 mars, le big boss a notamment été accueilli par le patron des Parfums Christian Dior Corée, Nicolas Bernard-Bouissières, formé pendant quatorze ans chez L'Oréal - même si son profil sur LinkedIn ne mentionne étrangement que huit ans - avant de rejoindre la branche parfums de LVMH.

En relisant attentivement le communiqué annonçant les nouvelles prérogatives de Stéphane Rinderknech, on constate d'ailleurs qu'il chapeaute l'intégralité des marques de beauté, sauf Louis Vuitton. Normal, c'est un autre ex-l'Oréalien, Yann Musquin, officiellement patron des parfums Dior, qui selon les informations de La Lettre A travaille discrètement sur le déploiement de la marque phare du groupe dans les cosmétiques. Tandis que Pierre-Emmanuel Angeloglou, une ancienne grosse pointure de L'Oréal (vingt-trois ans de maison), lui aussi poursuivi aux prud'hommes par son ancien employeur, doit lui prêter main-forte du haut de son obscur poste de "vice-président exécutif des missions stratégiques."

Avant d'arriver aujourd'hui chez Acqua di Parma, Giulio Bergamaschi, a, lui aussi, été placé en attente chez Loro Piana comme "directeur des missions stratégiques" de ce spécialiste du cachemire haut de gamme, après son départ de la présidence de Biotherm. Et ce pendant un an, soit le temps d'une clause de non-concurrence. Il n'a pas dû être trop déboussolé car Loro Piana est dirigé par Damien Bertrand, qui a effectué neuf ans chez L'Oréal selon les indications fournies sur LinkedIn... mais dix-huit ans en réalité.

Même hors de la branche beauté
LVMH ne se contente pas en effet de placer les anciens de la grande tribu dirigée par Jean-Paul Agon et Nicolas Hieronimus à la tête de ses différentes marques de cosmétiques. Le 16 janvier par exemple, le groupe a nommé en toute discrétion Andrea Cabrera à la direction de la communication de Moët Hennessy.

Mais il s'agissait là moins de cacher ses vingt-six ans de maison chez l'Oréal que de taire le renvoi discret de son prédécesseur Jean-Martial Ribes (LLA du 26/10/22). L'ex-directeur de la communication du club de football Paris Saint-Germain (PSG), accusé par Mediapart de manipulation d'information via la création de faux comptes sur Twitter, a été écarté après sa seconde période d'essai.