Les banquiers d'affaires s'agitent autour de Lactalis et Danone
Conseil de Lactalis, Perella Weinberg Partners envisage des scénarios de rachat partiel ou total de Danone. L'opération serait complexe pour le groupe d'Emmanuel Besnier qui affiche un chiffre d'affaires inférieur à celui du géant de l'agro-alimentaire. Du côté de Danone, Olivier Pécoux, le DG de Rothschild à Paris, est à la manœuvre.
Les banquiers David Azéma (Perella Weinberg Partners) et Olivier Pécoux (Rothschild). © Vincent Isore/IP3/Linkedin/olivierpécoux
Comme il est très discret, on ne sait pas s'il y pense tous les matins en se rasant, mais Emmanuel Besnier, le président du directoire de Lactalis, rêve manifestement de s'attaquer au leader français de l'agroalimentaire. Selon nos informations, le géant mondial du lait, propriétaire du camembert Président, du lait Lactel ou encore de la mozzarella Galbani, étudie depuis plusieurs mois toutes les options possibles pour s'offrir tout ou partie de Danone.
Autour de ce patron silencieux, des banquiers et conseillers tout aussi discrets sont à la manœuvre. Le fidèle Thierry d'Argent, directeur de la partie banque d'investissement de la Société générale, qui gère les sous de l'entreprise familiale, a déjeuné avec lui la semaine dernière. Côté juridique, Jean-Marc Grosperrin était de tous les gros deals récents, comme l'acquisition en 2018 de la branche nutrition infantile d'Aspen Pharmacare, et continue actuellement de prodiguer ses conseils.
Mais, c'est surtout David Azéma, directeur de la branche française de la banque d'affaires américaine Perella Weinberg Partners depuis 2017, qui étudierait les montages possibles. Cet ancien commissaire à l'Agence des participations de l'Etat (APE), passé ensuite par la Bank of America, a notamment conseillé Veolia dans le rachat de Suez. A l'été dernier, il était déjà mandaté par Lactalis pour le rachat de la marque Leerdammer à son concurrent Bel.
Une cible trop grosse pour Lactalis ?
L'acquisition de tout ou partie de Danone serait bien entendu d'une tout autre dimension. L'entreprise vaut plus de 30 milliards d'euros en bourse. En y ajoutant environ 15 milliards de dette, le montant grimpe à plus de 50 milliards. Impossible donc pour le groupe mayennais, qui réalisait environ 21 milliards d'euros de chiffre d'affaires l'an dernier contre 24 milliards pour Danone, d'avaler un tel morceau sans recourir à des montages financiers compliqués. Le consortium est possible pour dépecer la bête à plusieurs. D'autres montages plus savants existent. Dans tous les cas, il faudrait se délester de pans entiers du propriétaire de Danette et Activia. Comme l'eau, qui pèse 18 % de l'activité, ou la nutrition médicale, dont la marge opérationnelle avoisine les 25 %. L'opération est donc loin d'aboutir.
Une chose est sûre, Danone a été fragilisé par son changement récent de direction après le limogeage de l'ancien PDG Emmanuel Faber, puis l'arrivée du nouveau président Gilles Schnepp et de son directeur général, Antoine de Saint-Affrique. La stratégie de retour à la croissance présentée le 8 mars aux investisseurs a redonné de l'espoir à certains analystes, quand d'autres reprochent l'absence de cap clair. Le conseil d'administration est en phase de renouvellement et le cours de bourse reste bas, autour de 50-52 €.
Pour Lactalis, les avantages d'un rapprochement seraient nombreux. Le géant du fromage et du lait est entré depuis longtemps dans la nutrition infantile. Au moment de racheter Numico en 2007, Danone avait déjà vendu une partie de ses actifs à Lactalis. En Chine, les positions de Danone sur ce secteur sont intéressantes. Le groupe est aussi bien installé en Amérique latine depuis l'acquisition de l'italien Parmalat en 2011. Mais Emmanuel Besnier rêve de conquérir plus avant le marché américain, où il a déjà racheté Stonyfield à Danone en 2017. Enfin, Lactalis veut se diversifier dans le végétal, à l'image de Bel et de Danone, qui n'a pas hésité à mettre 11 milliards d'euros sur la table en 2016 pour s'offrir les laits végétaux de WhiteWave Foods.
Les conseils de Danone sur le qui-vive
Du côté de Danone, le nouveau directeur général enchaîne, lui aussi, les déjeuners avec les banquiers. Selon nos informations, Matthieu Pigasse, le patron de la branche française de Centerview, est venu donner un coup de main à Antoine de Saint-Affrique pour l'élaboration de sa stratégie exposée le 8 mars dernier. Cet ancien de Lazare a donc contribué à définir le périmètre d'actifs concernés par les cessions annoncées à hauteur de 10 % du chiffre d'affaires. Le banquier Philippe Villin, qui a largement œuvré aux côtés de Gilles Schnepp pour renverser Emmanuel Faber, déjeunait avec Antoine de Saint-Affrique au Bristol le 14 avril.
Mais c'est principalement Olivier Pécoux, directeur général de Rothschild à Paris, qui est à la manœuvre. Lui et Antoine Saint-Affrique ont eu tout le temps d'approfondir leurs relations en siégeant ensemble pendant dix ans au conseil d'Essilor. Olivier Pécoux vient même de prendre l'un des trois fils de son ami en stage de six mois chez Rothschild, au sein du département analyse en fusion-acquisition. Depuis le changement de direction chez Danone mi-septembre, la banque est devenue la principale conseillère du groupe. Un de ses associés, François Wat, a, lui aussi, participé à l'élaboration du Capital Market Day du 8 mars. Les banquiers de Rothschild vont-ils prendre les devants pour proposer des actifs, voire des divisions entières à céder ? Ou se retrouveront-ils, comme Suez l'an dernier, à résister face aux assauts de Lactalis et de Perella Weinberg?
Bruno Le Maire ou son successeur à Bercy ne pourraient sans doute pas cette fois venir en aide à Danone si la transaction restait majoritairement française. D'autant que David Azéma est en lien direct avec Emmanuel Macron et son secrétaire général, Alexis Kohler, dont il est un proche. Reste à passer sereinement la présidentielle. Mais l'été pourrait être chaud.