Face au mur de leur dette, les propriétaires des Galeries Lafayette cherchent une issue
Confrontés à près de deux milliards d'euros de dette, les Moulin-Houzé ont dû brader le BHV pour guère plus de 400 millions d'euros. La cession de la participation de la famille dans Carrefour à Auchan réglerait le problème rapidement. A moins que Philippe Houzé ne trouve une méthode plus douce.
La promesse de vente du BHV annoncée le 16 février parle d'elle-même. Nicolas Houzé, aidé de son père Philippe Houzé, petit-fils et gendre de Ginette Moulin, 96 ans, héritière des Galeries Lafayette, ont bradé ce bijou de famille. Selon les informations de La Lettre A, ils l'ont négocié non pas 500 millions d'euros, comme annoncé, mais un peu plus de 400 millions d'euros seulement. Ramené aux 80 000 mètres carrés du grand magasin et de ses nombreuses dépendances dans le quartier, l'actif revient à environ 5 300 euros du mètre ! Une très belle affaire pour le jeune acquéreur Frédéric Merlin via sa Société des Grands Magasins (SGM).
Cette cession offre surtout la preuve que la famille Moulin-Houzé a besoin d'argent frais. Le rachat des 49 % restants du capital de La Redoute vient de leur coûter 650 millions d'euros. Les Galeries Lafayette des Champs-Elysées continuent de perdre de l'argent : environ 60 millions d'euros par an depuis l'ouverture. Philippe Houzé a même demandé il y a deux ans l'aide de Nicolas Sarkozy pour intercéder auprès des qataris de la Qatar Investment Authority (QIA), propriétaires de l'immeuble de l'ex-Virgin Mégastore, pour faire baisser son loyer de plus de 12 millions d'euros annuel... En vain.
Tentative d'approche d'Auchan
Au total, la dette, tenue secrète, de la holding familiale frôle, selon nos sources, les deux milliards d'euros. Les conseillers financiers ont donc été priés de trouver de l'argent frais. Il n'en fallait pas plus pour réactiver la créativité des banquiers d'affaires. Deux milliards d'euros, c'est à peu de chose près ce que la famille Moulin-Houzé, via sa holding Galfa, détient dans Carrefour avec près de 13 % du capital et 18 % des droits de vote. Une place de premier actionnaire qui intéresse toujours Auchan.
Barthélémy Guislain, le président du conseil de gérance de l'Association familiale Mulliez (AFM) aurait d'ailleurs tenté depuis janvier de reprendre contact avec Carrefour. Mais plus discrètement cette fois. En ne s'adressant qu'à son premier actionnaire, la famille Moulin, via Philippe Houzé, vice-président du groupe dirigé par Alexandre Bompard. Difficile à ce stade d'en savoir plus sur les éventuelles rencontres, la tenue de discussions ou même l'intervention ou non des banques comme Lazard, qui avait conseillé la direction d'Auchan pour le deal avorté de 2021.
Une chose est sûre, l'option consistant à ne racheter qu'une partie des titres avait déjà été envisagée par la gérance de l'AFM l'an dernier. Pour rappel, les discussions entre Pinot, le nom de code donné par Lazard à Carrefour, et Sauvignon pour Auchan, s'étaient brutalement arrêtées en octobre 2021, juste après avoir fuité dans la presse. Vexé d'avoir été mis à l'écart des échanges, Philippe Houzé avait notamment refusé le prix de 21,50 euros et un paiement qui ne soit pas 100 % en cash.
La gérance d'Auchan avait ensuite cherché des fonds partenaires pour satisfaire cette exigence de l'actionnaire numéro un, en plus d'une remontée du prix à 23 euros. Enfin, et cela se sait moins, elle avait aussi envisagé de ne racheter qu'une partie des titres Carrefour pour mettre un pied dans la porte. Las, ces deux dernières options avaient été abandonnées. Ce n'était pas le moment dans un contexte de guerre entre la Russie et l'Ukraine, où Auchan a fait le choix de rester.
Vendre d'autres actifs immobiliers
Le timing est-il meilleur aujourd'hui ? En appliquant une prime de 30 % au cours actuel, qui flirte avec les 18 euros depuis l'annonce des résultats du 14 février, on se rapproche des 23 euros l'action voulue par Philippe Houzé. Interrogée par La Lettre A, la famille Moulin-Houzé se refuse à tout commentaire.
Il est vrai qu'elle détient encore d'autres actifs de valeur. En plus des enseignes comme Mauboussin, Louis Pion ou Royal Quartz, Ginette Moulin avait tenu à conserver une vingtaine des plus beaux magasins Galeries Lafayette de province. Ceux qui n'ont pas été vendus à Michel Ohayon - cet homme d'affaires bordelais vient de placer les 22 qu'il détient en procédure de sauvegarde - ou à la société de Frédéric Merlin, celle-la même qui vient de rafler le BHV. La famille possède d'autres beaux actifs immobiliers. Elle envisagerait ainsi de mettre en vente l'immeuble abritant les Galeries Lafayette Le Gourmet, ou son voisin du 41 boulevard Haussmann, actuellement occupé au rez-de-chaussée par une boutique Adidas.