Casino/Kretinsky : les avocats des deux parties travaillent ensemble chez White & Case
La proximité entre Yann Utzschneider côté Casino et Saam Golshani côté Kretinsky, tous deux associés du cabinet d'avocats White & Case, en dit long sur l'aspect amical de la montée au capital proposée par le milliardaire tchèque. Ce dernier se comporte en conquérant vis-à-vis du clan de Moez-Alexandre Zouari, qui tend la main depuis dimanche.
C'est autour d'une jolie cour pavée, à deux enjambées de l'hôtel Ritz Paris, au 19, place Vendôme, que se joue actuellement une grande partie des discussions pour le rapprochement entre le groupe Casino et le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Cette prestigieuse adresse abrite les bureaux du cabinet d'avocats américain White & Case. Et deux de ses éminents associés ne s'embarrassent pas de la "muraille de Chine" habituellement invoquée par les cabinets anglo-saxons pour prévenir tout risque de fuite d'informations ou de conflit d'intérêts.
Saam Golshani a été recruté par Daniel Kretinsky pour l'aider dans sa conquête de Casino il y a environ deux mois. L'avocat est entré chez White & Case en 2018 en tant que spécialiste des restructurations d'entreprise. Il s'assoit chaque jour, lorsqu'il n'est pas à Londres, dans un bureau pas très éloigné de celui de Yann Utzschneider, entré deux ans plus tôt dans le même cabinet en provenance de Gide Loyrette Nouel. Son collègue et partner est l'avocat conseil en droit de la concurrence de Casino. Il travaille en étroite collaboration avec le PDG, Jean-Charles Naouri, et son directeur juridique, Jean-Yves Haagen, depuis de nombreuses années.
Petit deal entre amis
Difficile de croire, dans ces conditions, que l'assaut du chevalier blanc Daniel Kretinsky sur le groupe se soit fait par surprise, comme semblaient l'indiquer les communiqués et les responsables presse du distributeur le 24 avril. D'autant plus que, depuis quatre ans, Saam Golshani ne cesse de travailler en étroite proximité avec Casino. En 2019, c'est lui qui avait négocié les conditions du plan de sauvegarde de la holding de tête, Rallye, pour les banques créancières sécurisées comme BNP Paribas, Crédit agricole Corporate & Investment Bank (CACIB), Natixis, HSBC ou encore CIC. L'an dernier, c'est encore lui qui a œuvré aux côtés du fonds alternatif américain Farallon Capital pour venir à deux reprises en aide à un Jean-Charles Naouri étranglé par ses dettes (LLA du 22/09/22).
Alors, certes, pour les réflexions autour du rapprochement avec Teract depuis l'été dernier, c'est l'avocat Igor Simic, associé chez Bredin Prat, qui bûche sur les questions relatives au droit de la concurrence. Cet ancien du cabinet Darrois Villey Maillot Brochier accompagne en cela la principale banque conseil de Casino, Rothschild & Co, la kyrielle d'autres banques associées au deal étant là seulement pour recevoir dans une poche ce qu'elles s'apprêtent à perdre en tant que créancières de Casino et/ou de Rallye dans l'autre (LLA du 23/02/23).
Teract obligé de suivre
Mais le rapprochement avec Teract, comme l'a annoncé en creux la sortie de communication de Moez-Alexandre Zouari ce week-end, semble de plus en plus compromis. Ce qui laisse du champ à Saam Golshani et Yann Utzschneider pour donner toute la mesure de leur étroite collaboration sur le prochain accord. Moez-Alexandre Zouari vient en effet de tendre la main à Daniel Kretinsky. Et ce, en contradiction avec le discours va-t-en-guerre de son associé dans Teract, Thierry Blandinières chez InVivo. Le directeur général de la première coopérative de France affirmait le 25 avril sur BFM TV qu'il avait la main du fait des discussions exclusives engagées avec Casino et qu'il entendait bien prendre le contrôle du groupe à terme.
Moez-Alexandre Zouari, de son côté, apparaît comme beaucoup plus pragmatique et ouvert aux échanges. Le redresseur de Picard, détenteur de près de 200 Franprix et Monoprix, entend rester un recours pour la direction de l'entreprise Casino France, sans sembler se soucier plus que cela du nom de son futur premier actionnaire. L'ambition du milliardaire tchèque d'écraser rapidement une partie de la dette détenue par les créanciers non sécurisés (LLA du 09/05/23) a dû finir de le convaincre.
Selon nos informations, la présence de Moez-Alexandre Zouari est perçue par le clan d'en face comme un "actif", car il est un des seuls CEO à pouvoir orchestrer le plan de relance industrielle de l'entreprise. Daniel Kretinsky, en revanche, semble avoir plus de doute quant à l'utilité de créer un lien trop étroit d'approvisionnement avec InVivo, une association qui pourrait mettre Casino France en porte-à-faux vis-à-vis d'autres fournisseurs issus du monde coopératif.