Capgemini dévoile une nouvelle organisation pour intégrer Altran
La constitution d'un leader mondial des services digitaux et de la technologie n'est pas une sinécure pour Capgemini. Ce dernier a choisi de procéder par étapes pour intégrer le groupe Altran, remodelant d'abord son organisation commerciale avant de s'attaquer au délicat chantier social.
C'est au compte-gouttes que le groupe dirigé par Aiman Ezzat livre les contours de la future organisation du leader européen des services informatiques Capgemini, acquéreur du géant de l'ingénierie Altran en 2019. Après l'ère Paul Hermelin, ancien patron de "Cap", le groupe essaie encore de cultiver une fibre "paternaliste", qui était sa marque de fabrique pendant plusieurs décennies. Cela devient très compliqué alors que le géant du conseil regroupe 270 000 salariés dans le monde, dont 25 000 en France. Une certitude, l'intégration du leader de l'ingénierie Altran se déploiera sur toute l'année 2021, avec un calendrier retardé par rapport aux annonces.
Une force commerciale unique dans l'ingénierie
Première étape, fusionner l'essentiel des activités d'Altran du groupe de Dominique Cerutti dans la Global Business Line (GBL) Digital Engineering & Manufacturing Services France (Capgemini DEMS, ex-Sogeti High Tech) de Capgemini, où quelques complémentarités devraient fonctionner à plein. DEMS est en effet présent dans l'automobile, à l'inverse d'Altran. Issue du grand remodelage opéré en 2018, cette GBL (8 000 salariés) avait, en toute logique, vocation à se marier avec Altran. Rebaptisée ER&D, elle permettra d'entériner, dès le 1er janvier, une force commerciale unique dans l'ingénierie et de mettre fin à un fonctionnement qui a vu les deux groupes - encore en 2020 - entrer parfois en concurrence sur les mêmes appels d'offres.
Dans les finances, l'arbitrage risque d'être plus compliqué. Altran s'est implanté sur ce segment dans de nombreux pays, mais c'est également le terrain de chasse de la Strategic Business Unit (SBU) des services financiers de Capgemini. Les effectifs seront groupés début 2021 dans une nouvelle Market Unit.
Côté Capgemini, les deux autres grosses entités opérationnelles, Infra (5 000 salariés) et Appli (15 000 salariés), deux GBL issues d'une partition en 2018, seront également reliftées. Trois business Unit sectorielles vont être créées en France. MALS rassemblera les contrats noués dans l'aéronautique, la défense et l'automobile ; TMT prendra en charge l'énergie et les utilities tandis qu'une troisième BU embrassera un portefeuille assez large, allant des services publics - titulaire des contrats décrochés avec les ministères - aux transports, en passant par les services. Ces trois BU sectorielles, qui auront chacune leur "big boss", seront également accompagnées d'une BU spécialisée sur les activités cyber et le cloud.
Pas le même niveau de transparence
Force est de constater que le niveau d'informations n'est pas le même dans les deux groupes. Si les élus du personnel d'Altran ont eu droit à une présentation relativement précise de la future intégration, leurs homologues de Capgemini ont eu très peu d'éléments. Résultat : les interrogations diverses y vont bon train. Quid notamment du destin d'Altran Digital, division dans l'escarcelle de Pascal Brier, DGA en charge de l'innovation ? Dédiée à la gestion de projets informatiques (IA, internet des objets, etc.), cette dernière n'a a priori pas vocation à intégrer la GBL ER&D (ex-DEMS) de Capgemini. Rien n'a encore filtré sur son sort.
La différence d'ADN entre les deux sociétés n'a pas facilité la tâche de l'état-major de Capgemini, qui avait comme figure avancée Hubert Giraud, nommé en juillet vice-président exécutif et seul homme à appartenir aux "Comex" des deux entreprises (LLA du 15/04/20).
D'un côté, Altran dispose d'un fonctionnement dans l'Hexagone assis sur un découpage régional. Ses sept agences, indépendantes opérationnellement, disposent toutes de leurs fonctions support propres (paie, RH...). De l'autre, Capgemini a fait sa grande mue en 2018, sur la base d'un schéma d'organisation appelant à une restructuration par métiers, avec une diminution du nombre de sociétés dans chaque pays (LLA du 03/05/18).
Des doublons en perspective
A l'arrivée, beaucoup d'incertitudes demeurent sur la possibilité d'intégration des salariés des fonctions support d'Altran dans les différentes sociétés du groupe d'Aiman Ezzat. La peur du doublon est déjà palpable alors que le volet social du rapprochement entre les deux groupes ne sera bouclé, au mieux, qu'à la rentrée 2021.
Enfin, à Paris ainsi qu'en province, la taille des directions locales respectives dictera la rationalisation des coûts immobiliers. A Grenoble, Capgemini dispose par exemple de grands locaux et devrait rapatrier en son sein les collaborateurs d'Altran, dont l'établissement est beaucoup plus petit. Dans la ville voisine de Chambéry, le rapport de taille est inverse.