Bernard Arnault rachète l'hôtel de l'oligarque russe Nikolay Sarkisov à Courchevel
LVMH continue ses emplettes dans la station des milliardaires. Le groupe de luxe s'est discrètement emparé avant l'été d'un hôtel détenu par l'oligarque russo-arménien Nikolay Sarkisov à Courchevel 1850. L'établissement était voisin d'un vaste palace déjà possédé par l'empire de Bernard Arnault dans la station huppée.
Edition du 31/08/2022 Lecture 3 minutes
Bernard Arnault a mis la main sur l'hôtel Les Anémones détenu par le milliardaire russo-arménien Nikolaï Sarkisov. © Benoît Tessier/Reuters / Maxime Jegat/MaxPPP
Lorsque LVMH a appris que la mairie de Courchevel (Savoie) allait déclasser en août dernier le bâtiment abritant l'office du tourisme pour le louer à des commerces, le groupe de Bernard Arnault n'a pas tergiversé avant de présenter sa candidature. L'occasion était rêvée pour installer une nouvelle boutique dans le très convoité quartier de la Croisette, juste en face de l'hôtel de luxe White 1921 déjà détenu par LVMH. Raté : le bail commercial a été confié le 16 août à un bijoutier, revendeur exclusif de Rolex.
L'épisode le prouve à nouveau : Bernard Arnault ne loupe pas une opportunité d'étendre son royaume dans la prestigieuse station savoyarde. Dernière emplette en date, l'homme d'affaires, qui possède le célèbre palace Cheval blanc à Courchevel 1850, a, selon nos informations, mis la main début mai sur l'hôtel Les Anémones détenu par le milliardaire russo-arménien Nikolay Sarkisov. Son emplacement est stratégique pour LVMH. Il jouxte en effet le White 1921 et les magasins des maisons du groupe qui l'entourent dont Dior, Louis Vuitton, Fendi, ou encore Bulgari. L'établissement un peu vieillot avait été racheté fin 2019 par l'oligarque pour 9,25 millions d'euros via deux sociétés offshore immatriculées au Luxembourg, Aixette SA et Monhill SARL. Il avait alors été fermé et n'a apparemment jamais rouvert ses portes.
Niel, Arnault et Courbit en concurrence
LVMH va-t-il exploiter cette surface de 1 262 m² pour agrandir le White 1921 en ouvrant de nouvelles chambres ou préférera-t-il construire de nouvelles boutiques ? Contacté, le groupe n'a pas souhaité confirmer ni commenter cette acquisition.
Malgré cette vente, Nikolay Sarkisov conserve pour sa part un beau patrimoine à Courchevel. Avec son frère Sergey Sarkisov, l'homme d'affaires a fait fortune dans l'assurance grâce à leur compagnie Reso Garantia. Dans la station, il participe depuis plusieurs années au Monopoly alpin aux côtés de Bernard Arnault, du fondateur de Free, Xavier Niel, du producteur Stéphane Courbit ou encore du créateur de l'enseigne Grand Frais, Denis Dumont, dernier joueur à avoir rejoint la partie (LLA du 21/01/22). Nikolay Sarkisov compte plusieurs chalets à son actif, tels que Croix du Sud (2 029 m²) ou Apopka. Il avait racheté ce dernier palace de 2 753 m² racheté aux enchères pour 24 millions d'euros l'an dernier après plusieurs années de bataille judiciaire contre son ex-associé, le promoteur corse François-Xavier Susini.
Une vingtaine de sociétés immobilières
Nikolay Sarkisov possède par ailleurs plusieurs biens immobiliers de grand luxe en France : un duplex avenue Foch à Paris, le château Malet à Cap-d'Ail en périphérie de Monaco, le domaine viticole de Pascati à Ramatuelle (Var), des villas à Saint-Tropez ou encore la résidence Carlton Riviera à Cannes (Alpes-Maritimes), d'après la vingtaine de sociétés immobilières déclarées au registre du commerce. Celles-ci sont contrôlées par des sociétés écrans domiciliées au Luxembourg, aux îles Vierges britanniques ou à Chypre, et leur gestion est presque toujours confiée aux Russes Svetlana Bugaeva et Tatiana Kiryanova, résidant respectivement en Italie et à Chypre.
Si de nombreux Russes ont quitté "Kourchevelovo" - le petit nom donné par les Russes à Courchevel - au déclenchement de la guerre en Ukraine en février dernier, le porte-parole de Nikolay Sarkisov fait savoir que la vente de l'hôtel Les Anémones n'a aucun lien avec le contexte géopolitique. L'oligarque ne figure pas à ce jour dans la liste des personnalités russes sanctionnées par l'Union européenne pour leur proximité avec le régime.
Le magnat de l'assurance connaît toutefois d'autres démêlés avec la justice française. A la suite de révélations de Mediapart, le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire pour "trafic d'influence" à propos d'un contrat de conseil signé entre l'ancien président Nicolas Sarkozy et le groupe Reso Garantia, contrôlé par les frères Sarkisov aux côtés d'Axa. Actionnaire à hauteur de 36,7 %, le groupe du CAC 40 a décidé dès mars de retirer ses administrateurs du board de l'assureur russe dans le contexte de guerre en Ukraine.