L'offre secrète d'Orange à Bouygues
Il y a un mois, l’opérateur, avec SFR et Free, a rouvert les négociations avec Bouygues pour aboutir à un accord. Sans succès.
Chacun fait des efforts
"C'étaient des points de détail à l'échelle de l'opération, note un des participants aux pourparlers. Mais cela avait contribué à la faire échouer quelques jours plus tôt." Rapidement, chacun fait un effort pour parvenir à un accord. Orange accepte de prendre à sa charge une plus grosse part de la pénalité prévue en cas de rupture de l'opération. De son côté, SFR assume davantage les garanties de passif. Quant à Free, dont les exigences avaient irrité Martin Bouygues, il lève les conditions suspensives autour des transferts des antennes-relais. En face, l'État, actionnaire d'Orange à 23%, envoie lui aussi des messages d'ouverture et accepte d'assouplir ses demandes à l'égard de Bouygues. Notamment la clause lui interdisant d'augmenter sa participation chez Orange et de profiter de droits de vote double. "L'État était prêt à ramener le gel de la participation de Bouygues à deux ans et demi", explique une source. "Nous étions aussi disposés à limiter les droits de vote uniquement pour les grandes décisions stratégiques, comme nous l'avons fait chez Renault", ajoute un proche de Bercy.
"A genoux devant Bouygues"
En deux jours, la voie semble dégagée. Les avancées sont présentées au groupe Bouygues sans, toutefois, que l'offre soit formalisée. Martin Bouygues ne leur en a pas laissé le temps. En milieu de semaine, le propriétaire de Bouygues Telecom éconduit de nouveau ses rivaux sans qu'ils se l'expliquent. "Il n'y avait plus d'obstacles, assure un des négociateurs. J'ai vraiment cru que l'opération aboutirait." "Free s'arc-boutait sur la prolongation de la location du réseau d'Orange", oppose un proche de Bouygues. "Faux, répond un négociateur, Free avait levé tous les obstacles." "La confiance a été rompue avec Xavier Niel", conclut un lieutenant de Martin Bouygues pour justifier l'irrationalité de la décision. "Martin Bouygues aurait pu nous demander n'importe quoi, s'agace un cadre d'un des opérateurs. On était à genoux devant lui."
Cette énième tentative a, en tout cas, permis de voir que tous les acteurs poussaient dans le même sens. "On a fait le maximum, tranche un proche d'Orange. On se demande si Bouygues ne nous a pas baladés depuis le début." S'est-il braqué ou bien avait-il un agenda caché? Certains se demandent s'il ne cherche pas, au fond, à forcer le gouvernement qui sortira des urnes à lui vendre la part de l'État dans Orange.