Glitz Paris : Le family office des Bulgari éclaboussé par une guerre entre héritières
Le très violent conflit qui oppose, aux États-Unis, Veronica et Ilaria Bulgari, deux sœurs de la quatrième génération de la famille du fondateur du joaillier, a des effets de bord sur la discrète firme suisse qui gère la fortune du clan.
Arrière-petites-filles de Sotirios Bulgari, fondateur du bijoutier éponyme aujourd'hui filiale de LVMH, Veronica Bulgari et Ilaria Bulgari tentent depuis le début du mois, par avocats interposés, de négocier une issue au très vif différend qui les oppose depuis bientôt trois ans. La médiation, entamée cette semaine, est prévue pour durer jusqu'au 22 septembre. Le conflit a suscité deux dépôts de plainte, l'une devant le tribunal successoral de New York (Surrogate's Court) et l'autre devant la cour du Southern District de la ville. Il porte sur la gestion de deux trusts mis en place en 2005 par Nicola Bulgari, le père de Veronica et Ilaria, pour le compte de sa femme Anna Panzironi Bulgari dans le cadre de la formalisation de leur divorce.
À la mort de sa mère, en 2019, Veronica, l'aînée, est devenue administratrice des deux trusts. Or Ilaria, la cadette, n'a appris l'existence de ces structures financières qu'en 2020. Depuis cette date, elle conteste vigoureusement la gestion de sa sœur et, depuis juin 2022, sollicite devant la justice de nombreuses informations sur les investissements réalisés par celle-ci. À eux deux, ces trusts recèlent près de 130 millions de dollars.
Effet domino
Extrêmement acrimonieuse, la guerre entre les deux sœurs éclabousse, par degrés successifs, un cercle familial de plus en plus large. Elle implique même Elystone Capital, le très discret cabinet suisse qui gère la fortune de la dynastie. À l'origine, Ilaria Bulgari réglait les honoraires des avocats qu'elle emploie contre sa sœur par le biais d'Elystone. Mais Nicola Bulgari a demandé au gestionnaire familial de cesser de financer ce procès. Cette intervention a suscité deux plaintes d'Ilaria contre Elystone.
De son côté, Veronica a, elle aussi, impliqué le family office du clan dans son conflit avec sa sœur. Elle a offert à Ilaria de placer dans une nouvelle structure la part des deux trusts qui lui revient, à condition que la gestion de ce nouveau véhicule soit assurée par Elystone. Une offre qui a suscité la fureur de sa cadette.
Une position inconfortable
La guerre des deux sœurs Bulgari est particulièrement gênante pour le gestionnaire de fortune suisse, car le destin de la société est irrémédiablement lié à la famille Bulgari. Depuis 2008, Elystone compte parmi ses actionnaires Francesco Trapani, cousin de Veronica et d'Ilaria. Fils de Lia Bulgari, Trapani est l'architecte du succès de Bulgari et de la vente, en 2011, du joaillier à LVMH. Il a également présidé le conseil d'administration d'Elystone.
Le lien organique du gestionnaire genevois avec les Bulgari a permis à Elystone de jouer un rôle central dans l'administration des 1,9 milliard d'euros en actions LVMH obtenus par la famille en échange de l'entreprise familiale. Mais elle l'expose désormais à une publicité intempestive. Dans l'une des nombreuses motions to dismiss déposées par ses avocats devant la cour du Southern District de New York, Veronica Bulgari suggère de faire témoigner à la barre "des représentants d'Elystone"…