Olivier Faible, l'édito de Raphaël Enthoven
par Raphaël Enthoven
Dès qu’il faut aller à la soupe, c’est lui qu’on envoie. Car aucune couleuvre ne résiste au gosier sublime d’Olivier Faure. On peut s’essuyer les chaussures sur lui, le traiter de tous les noms, faire la guerre à son parti, dessiner des croix gammées sur sa tête de liste, couvrir d’insultes sa colistière parce qu’elle est juive et déclarer publiquement, comme Mélenchon, qu’on « ne l’aime pas »… Rien n’y fait. Si Olivier Faure a besoin de vous pour conserver son strapontin (et son groupe parlementaire), il oubliera tout, il passera l’éponge, il vous dira son fait avant de mendier votre soutien, il montrera l’échine et s’inclinera sans condition devant chacune de vos exigences, laissant le spectateur perplexe face au constat que, décidément, il n’existe pas de tyran sans esclaves.
De Jean-Luc Mélenchon, au gré de la situation, Faure a dit du mal avant de dire du bien pour en dire du mal de nouveau avant de considérer, désormais, que les gens qui l’attaquent « préfèrent Hitler au Front populaire ». L’antisémitisme « résiduel » ? Poutine ? Le Hamas ? Faure « s’indigne », mais refuse de « laisser penser que ça devrait justifier sa disqualification ». Qu’on se le dise : rien ne résiste à l’homme qui se couche. On n’arrête pas un contorsionniste avec des principes.
En 2022, le PS faisait le treizième du score des Insoumis à la présidentielle. Il était normal, dans ces conditions, que la répartition des circonscriptions se fît nettement à l’avantage des mélenchoniens. Mais, en 2024, la liste conduite par Raphaël Glucksmann a sèchement battu la liste de Manon Aubry. Qu’importe ! Les Insoumis auront de nouveau (quoique dans de moindres proportions) plus de candidats que leurs partenaires. Tel est Olivier Faure, capable de se coucher devant plus faible que lui. Faure est à lui tout seul une disposition du caractère. L’ambition par l’abaissement. La conquête par la concession. Olivier Faure, c’est la position démissionnaire.
Mais, en cela, Faure est vraiment à sa place au Parti socialiste, dans ce groupuscule de veules prompts à se vendre et à se rendre. La reddition de leur tête de liste, Raphaël Glucksmann, à qui son intransigeance (de façade) a valu quantité de malédictions insoumises pendant la campagne, renseigne sur la raison d’être de ce parti absurde : fournir à l’électorat des candidats mous et pondérés, qui captent les voix de la bourgeoisie pour les offrir ensuite en dessert à l’ogre insoumis. J’en veux pour preuve la différence de traitement entre Olivier Faure et Éric Ciotti.
Parce qu’il avait besoin de ses voix dans sa circonscription niçoise, Éric Ciotti a tenté d’entraîner Les Républicains dans l’alliance avec le RN. Mal lui en a pris, et le forcené a été démis de ses fonctions. Les Républicains ont le sens de l’honneur.
Parce qu’il n’avait aucune chance d’être élu en Seine-et-Marne avec un Insoumis face à lui, Olivier Faure a entraîné son parti dans une nouvelle alliance avec le premier parti antisémite de France. Mais au lieu d’être viré manu militari par un bureau politique indigné, Faure a été suivi comme un seul homme par tous les salariés de sa PME. Ainsi sont les socialistes. Des moutons vénaux guidés par un grandgousier dont, historiquement, le seul mérite est d’avoir réinventé l’opportunisme : non plus retourner sa veste, mais se retourner (et baisser son froc) pour ne pas prendre une veste.