(FIG) Capgemini, 50 ans et de grandes ambitions

Rumeur de rachat de Publicis

Le parcours de Capgemini n'a pas toujours été un long fleuve tranquille. Le groupe traverse une phase très compliquée après le rachat, en 2000, de la division consulting de Ernst & Young. La greffe ne prend pas entre consultants américains et ingénieurs informatique européens. «Il y avait d'un côté les boyards et de l'autre les moujiks.» Ce souvenir est douloureux pour Paul Hermelin, qui doit, de 2002 à 2004, reprendre en main le groupe, simplifier les structures, tailler dans les effectifs et afficher de lourdes pertes financières. «Pendant cette crise, Serge Kampf m'a toujours soutenu», avance Paul Hermelin qui reconnaît tout de même que l'establishment français ne donnait pas cher de sa peau.
C'est cette expérience très compliquée qui explique aujourd'hui la prudence du PDG alors que les rumeurs de rachat de Publicis agitent le marché. «Avec le digital, il faut désormais vendre l'informatique aux directeurs marketing des grands groupes. Or nous ne les connaissons pas. Nous avons l'habitude de traiter avec les directeurs informatiques», reconnaît le PDG. L'américain Accenture s'est engouffré très tôt dans la brèche et il devient un concurrent très sérieux des grands groupes de communication WPP, Omnicom, Publicis, Dentsu et Havas. «Aujourd'hui, ce que l'on appelle la digitalisation de l'expérience client ne représente que 15 % de notre chiffre d'affaires, mais est en forte croissance. Pour compléter notre offre sur ce segment de marché, plutôt que de faire des acquisitions dans la publicité, je préfère passer des alliances ; par exemple, avec Publicis nous avons remporté ensemble le budget McDonald's et nous travaillons sur d'autres compétitions», avance-t-il.
«Nous avons beaucoup de fronts à couvrir, comme la cybersécurité, le big data, le cloud ou l'intelligence artificielle, qui sont notre cœur de métier. Mais si Accenture rachetait un grand groupe mondial de publicité, la pression du marché et des actionnaires deviendrait forte. Il faudrait alors réfléchir à la manière d'aller dans le secteur de la publicité.»
Un futur chantier en perspective. À 65 ans, Paul Hermelin est candidat à un dernier mandat de PDG en mai 2018. Mais il pense déjà à faire émerger un successeur. «Au sein de Capgemini, nous avons un vivier de managers très talentueux qui gèrent déjà des pays avec une grande autonomie. À nous de les faire monter pour leur donner une vision de l'ensemble du groupe», conclut-il.