(Echo.be) Bpost / PostNL: une annonce attendue ce lundi

Bpost / PostNL: une annonce attendue ce lundi

Les Postes belge et néerlandaise annonceraient leur fusion lundi. Un communiqué est attendu. Probablement avant l'ouverture des marchés.
Deux jours après le mariage officiel entre le géant du transport de colis FedEx et TNT Express, les marchés belge et néerlandais ont appris la fusion probable de leurs opérateurs postaux historiques, bpost et PostNL. Même si officiellement on évoque une fusion entre égaux, concrètement c’est bpost qui lancerait une offre sur son concurrent néerlandais.
On attend un communiqué pour ce lundi, probablement avant l'ouverture des marchés.
En Bourse, avec une valorisation de 4,8 milliards d’euros, bpost pèse près de trois fois plus lourd que PostNL
(1,7 milliard). La situation sur le plan des ventes est fort différente, puisque PostNL a terminé l’exercice 2015 avec un chiffre d’affaires de 3,5 milliards d’euros, contre 2,4 milliards à bpost. On sait aussi que bpost dispose d’un confortable matelas de cash, que le rachat en cours de Lagardère Retail Travel Belgium devrait à peine entamer.
Qui dit masse de cash, dit offensive. Depuis le mois de mars, l’opérateur belge aurait déjà fait offre à deux reprises sur son voisin du nord, rencontrant chaque fois l’opposition de sa cible. Revue à la hausse, sa troisième tentative aurait donc eu plus de succès.
Offre en cash ou aussi en titres?
S’agira-t-il d’une offre en cash ou combinant un mélange de cash et d’actions? Si bpost paye en partie en titres, cela pourrait expliquer les déclarations faites vendredi matin à la RTBF par Jean-Pascal Labille, l’ancien ministre (PS) des Entreprises publiques. Celui-ci avait affirmé que l’Etat s’apprêtait à céder une dizaine de pour-cent du capital de bpost à un opérateur postal européen. Le ministre de tutelle actuel, Alexander De Croo, avait aussitôt réagi en démentant que l’Etat, actionnaire majoritaire de bpost avec 51%, ait l’intention de vendre ses parts. Si l’offre de bpost sur PostNL intègre un paiement en actions équivalant à une dizaine de pour-cent de son capital, aucun des deux hommes ne se serait dédit.
La nouvelle loi autorisant la privatisation de bpost ou Proximus permet désormais un tel paiement en actions. Même si par un tel biais l’Etat belge perdait sa majorité en bpost, il n’en demeurerait pas moins le premier actionnaire de l’ensemble formé avec PostNL. Car même s’il conservait ses propres parts, le premier actionnaire du Néerlandais, le fonds d’investissement américain FMR LLC, n’en détient qu’une dizaine de pour-cent.
Au final, on pourrait donc assister à l’émergence d’un nouvel acteur postal transnational pesant 5,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires et valorisé à plus de 6,5 milliards… qui aurait l’Etat belge pour premier actionnaire – voire pour actionnaire majoritaire si le paiement se fait entièrement en cash!
Ce serait assez cocasse, quand on se souviendra qu’il y a une douzaine d’années, c’était la Poste néerlandaise qui avait envisagé de racheter son homologue belge, alors détenue à 100% par l’Etat. Cocasse aussi, alors qu’on vient de voter la loi de privatisation, car où est le privé?
Syndicats sur le qui-vive
La direction de bpost et les représentants du personnel ont une réunion à leur agenda pour ce lundi. Vendredi, les rumeurs et spéculations nées suite aux déclarations de Jean-Pascal Labille ont suscité une certaine agitation parmi les syndicats de bpost. Pour Mark De Mulder, du syndicat libéral, il est "logique" que des opérateurs postaux souhaitent collaborer, "certainement lorsque l’on sait qu’il existe sur le marché des mastodontes comme TNT/FedEx. Il serait fou de ne pas trouver de partenaire". Il a d’ailleurs rappelé que bpost avait failli racheter la Poste roumaine voici quelques mois, avant de renoncer pour cause de risque "européen" (la crainte que la Commission européenne ne mette Posta Romana à l’amende pour aide d’Etat). Le responsable syndical s’est néanmoins dit préoccupé par les conséquences d’une telle collaboration pour le personnel de bpost. "Les travailleurs garderont-ils leur statut actuel?" s’est-il demandé.
Son confrère du syndicat socialiste a réagi avec surprise aux informations et regretté que les syndicats n’aient pas été informés ces derniers mois.
À propos de la réunion paritaire de lundi, Mark De Mulder a déclaré: "Nous déciderons en front commun comment réagir". Des actions ne sont pas exclues, a-t-il ajouté. De quoi donner du grain à moudre aux observateurs qui estiment qu’en faisant sa sortie sur les ondes de la RTBF, Jean-Pascal Labille a cherché à provoquer un surcroît d’agitation sociale. De son côté, l’ancien ministre affirme qu’il s’inquiète de la disparition du statut public de l’entreprise. Mais cela, c’est déjà inscrit dans la loi de privatisation…