Voici la vraie liste des 22 licornes françaises en ce début 2022
Payfit, Qonto, Exotec... En quatre mois, pas moins de 8 start-up ont rejoint le club sélect des licornes françaises. Voici la vraie liste des start-up françaises valant au moins un milliard d'euros. En première place? Back Market.
Quelques incertitudes sur la stratégie de Netflix auront suffi à mettre le feu au Nasdaq: depuis le début de l’année, la plateforme de streaming vidéo a perdu plus du tiers de sa valeur, entraînant à sa suite tout le marché des actions technologiques, qui s’est affaissé de 13%. Krach boursier ou simple réajustement des valorisations astronomiques atteintes par les fleurons de la high-tech américaine au cours des deux dernières années? Quelle que soit la raison de ce mouvement de panique, l’effondrement du Nasdaq interroge aussi sur la solidité du modèle de financement des start-up, qui a battu tous les records l’an dernier: avec plus de 500 milliards de dollars, les financements en capital-risque ont été multipliés par deux dans le monde.
En Europe, ils ont été multipliés par 2,5, à plus de 100 milliards. Et la France, troisième pays européen derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne, n’échappe pas à la règle: doublement des fonds levés, à 11,1 milliards, mais aussi des exits – les opérations de sortie d’actionnaires du capital –, à 10,2 milliards. Résultat, fin janvier, l’Hexagone comptait 26 licornes, ces start-up valorisées plus d’un milliard de dollars. Firmin Zocchetto, co-fondateur de l'une des toutes dernières à avoir rejoint ce cercle privé, Payfit, raconte: “Nous nous étions mis en recherche de fonds, mais nous ne pensions pas que cela irait aussi vite. Nous avons des sollicitations d’investisseurs tous les jours, car il y a plus d’investisseurs que de très belles entreprises qui grandissent très vite de manière saine.” Et selon les spécialistes d’Avolta Partners, la hausse des taux et les risques de retournement économique ne freineront pas le mouvement des méga-levées. Arthur Porré, associé à la banque d’affaires, prévoit même une levée supérieure à un milliard d’euros pour la première fois, cette année, en France: "Le private equity et la Bourse sont en partie décorrélés car leurs cycles sont différents, estime-t-il. La Bourse réagit à court terme, le private equity obéit à des cycles longs, de cinq, sept ans."
Premier objectif: encaisser du cash
Les investisseurs tiennent néanmoins compte de l’état du marché pour réaliser leur sortie. Certaines pépites comme ContentSquare ou Mirakl, qui envisageaient une cotation à court terme devront, selon Arthur Porré, peut-être attendre quelques mois. L’industrie française du capital-risque semble alignée sur le même constat: il faut savoir raison garder. Car les sommes injectées par le capital-risque dans l’Hexagone ont été levées par une nouvelle génération d’entrepreneurs mieux formés, plus matures, plus responsables. Et pour savoir si cette manne ne servira pas à alimenter des caprices de nouveaux riches, il suffit de suivre l’argent…
Bien sûr, une bonne partie des capitaux levés part en cash out, explique Benoist Grossmann, président de France Digitale, c’est-à-dire qu’il ne sera pas réinvesti dans l’entreprise mais permettra aux fondateurs et aux premiers actionnaires de vendre tout ou partie de leur participation. Ce montant peut atteindre 40% des capitaux. Par exemple, les quatre fondateurs de Jellysmack ont reçu chacun 100 millions de dollars lors d’un tour de table de 500 millions mené par SoftBank. Mais l’argent levé sert également à constituer des réserves de liquidités. "Les start-up conservent au moins 20%, en cas de retournement de marché", décrypte un investisseur. "Il faut prévoir au moins deux ans de pertes pour ne pas se retrouver dans la situation très mauvaise de lever des fonds en étant acculé."
Deuxième but: l'international
Deuxième poste clé de ces levées de fonds: la croissance externe. Lors de son introduction en Bourse l’an dernier, Believe a annoncé qu’il dépenserait environ 100 millions d’euros par an dans les acquisitions. Au second semestre 2021, il a pris des participations dans les labels Play Two et Jo & Co en France, dans le label leader philippin Viva Music & Artists Group et a racheté Think Music en Inde. De son côté, la fusée Doctolib vient d’acquérir la start-up française Tanker, une brique cyber pour sécuriser ses données. Longtemps ignorée, la croissance rapide à l’international est à présent dans toutes les têtes. Back Market, le champion du reconditionnement de produit électronique est déjà présent dans seize pays. "A chaque fois, il faut faire connaître le service, faire grandir la base de clients et de professionnels qui proposent des produits sur notre plateforme", commente Thibaud Hug de Larauze, le cofondateur. "Dans les places de marché, le vainqueur emporte tout, il faut créer au plus vite des barrières à l’entrée."
Même logique d’accélération pour la place de marché ManoMano, qui mise sur l'Europe "La France est rentable, nous avons un leadership sur ce pays-là: à présent, l’objectif est d'être un leader européen", explique Christian Raisson, son co-fondateur. Le spécialiste de la robotique Exotec, lui, veut étendre son emprise hors du Vieux Continent. "Dans les trois ans à venir, nous voulons nous développer en Asie, notamment du Sud-Est, dans toute l’Europe, et au nord de l’Amérique", annonce son cofondateur Renaud Heitz. La levée de fonds sera utile à deux titres: "Elle nous donne accès à de l’argent mais surtout à des partenaires. Goldman Sachs est une marque de référence, qui va nous permettre d’entrer chez certaines entreprises."
Troisième pilier: le recrutement de talents
International, R&D, amélioration et diversification des produits… A la source de ces carburants qui alimentent la croissance de l’entreprise, il y a les talents. Payfit prévoit 400 recrutements en un an, pour arriver à un total de 1.150, quand Exotec veut embaucher 500 ingénieurs d'ici trois ans. "C’est le “jus de cerveau” de nos collaborateurs qui fait la force des produits que nous concevons", assure Philippe Corrot, cofondateur de Mirakl. "Les levées de fonds nous donnent de la lumière. Cela nous permet de recruter des collaborateurs qui viennent de McKinsey, Amazon ou Alibaba." Loïc Soubeyrand, le fondateur de Swile, résume la répartition idéale: "Sur les 175 millions d’euros levés en octobre, un tiers est consacré à l’internationalisation, notamment en Amérique du Sud, où nous recrutons 200 à 300 personnes. Un deuxième tiers est destiné à la diversification et à l’élargissement de l’équipe business développement. Le dernier tiers va aux fusions-acquisitions à venir. En vingt-quatre mois, l’équipe va passer de 400 à 1200 personnes." L’hypercroissance est un sport de haut niveau. L’approximation ne pardonne pas.