Veolia-Suez: les actionnaires individuels taclent Bruno Le Maire
Par Pierre-Henri de Menthon le 11.02.2021 à 07h30
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INTERVIEW - Forte de ses 120.000 adhérents, la Fédération des investisseurs individuels et des Clubs d'investissement fait son apparition dans la guerre entre Veolia et Suez. Pour critiquer les prises de positions du ministre Bruno Le Maire. Son président, Charles-Henri d'Auvigny, s'explique.
Charles-Henri d'Auvigny préside la principale organisation d'actionnaires en France avec 120.000 membres (sur 3,5 millions d'actionnaires). Créée en 1969, la Fédération des investisseurs individuels et des Clubs d'investissement fait notamment partie de la Commission épargne de l'Autorité des marchés financiers.
Challenges - Bruno Le Maire a dénoncé le caractère hostile de l’OPA de Veolia sur Suez. Comment réagissez-vous?
Charles-Henri d'Auvigny - Sur ce dossier Suez, comme pour Carrefour, nous posons la question de principe de savoir qui est propriétaire de ces entreprises: l’Etat ou les actionnaires? Pourquoi interdire a priori quelque chose, alors que les actionnaires ne sont pas encore prononcés. Qui dit que les actionnaires de Suez ont envie de vendre leurs titres à Veolia? Pourquoi l’Etat déciderait de l’affectation des actions que possèdent les investisseurs. On peut le comprendre sur des enjeux stratégiques définis à l’avance, comme la défense, l’agroalimentaire, la santé…
Quelle est la position de votre fédération sur le dossier Veolia-Suez?
La fédération n’a pas à prendre position. C’est aux actionnaires de décider en connaissant l’ensemble des propositions. Chaque partie a l’occasion de proposer ses solutions pour le développement de leur projet. L’ensemble des parties prenantes: collaborateurs, clients, fournisseurs, actionnaires peuvent s’exprimer et au final c’est aux actionnaires de trancher. Ce sont eux qui ont investi dans les entreprises. Ils ont le droit d’assurer leur investissement.
Allez-vous donner une consigne de vote lors de la prochaine assemblée générale de Suez?
Je le répète, entre Veolia et Suez, la fédération n’a pas à donner de conseils. Nous ne l’avons jamais fait et nous ne le ferons pas. En revanche nous pouvons permettre aux deux acteurs de s’exprimer auprès de nos 120.000 membres dont certains sont sans doute actionnaires de ces entreprises.
La position de l’Etat vous étonne?
Oui, car à un moment où l’Etat souhaite que les Français participent au développement des entreprises en apportant des fonds propres dont elles ont besoin pour sortir de la crise, ces déclarations sur Carrefour et Suez ne sont pas un bon signal puisque l’Etat pourra décider a posteriori à qui il faut vendre et quand. Il est important pour les Français qui vont mettre une partie de leur épargne dans les entreprises, de savoir s’ils seront libres de leurs investissements. Il faut le savoir à l’avance.
Vous êtes hostile au concept d'entreprise stratégique?
Lorsqu’Arnaud Montebourg avait évoqué les entreprises stratégiques, les critères étaient simples et compréhensibles: la France était-elle dépendante d’un seul fournisseur? La défense était-elle concernée? La France avait une avance technologique… Il faut des règles simples et qui ne changent pas au gré des événements et des considérations politiques.
Le gouvernement actuel est-il hostile aux actionnaires individuels?
L’Etat avait stabilisé la fiscalité et cela a permis l’arrivée de nouveaux investisseurs notamment en bourse. Pourquoi créer des incertitudes, alors que les actionnaires ont besoin de règles du jeu précises et pérennes?