Challenges : Suez-Veolia: Antoine Frérot redonne la priorité aux actionnaires

Suez-Veolia: Antoine Frérot redonne la priorité aux actionnaires
Par Vincent Beaufils le 09.02.2021 à 14h00ABONNÉS
EDITO - En lançant son OPA sur Suez, le PDG de Veolia fait le choix de la démocratie actionnariale. Contre la position de Bruno Le Maire, mais aussi en contradiction avec ses choix profonds.

Qui va décider ? Les hostilités ayant repris le 8 février dans le combat que se livrent Veolia et Suez, les géants mondiaux de l’environnement, à qui doit revenir le dernier mot : aux actionnaires de Suez, convoité par Veolia, qui seront convoqués en assemblée générale d’ici fin juin ; à la justice, qui doit statuer le 18 février sur l’OPA hostile, bloquée en référé ; aux autorités de marché, qui ont un mois pour se prononcer ; ou au ministre de l’Economie et des Finances, qui s’est jeté en travers d’une opération inamicale ?

Antoine Frérot, le pourtant placide PDG de Veolia, a brûlé ses vaisseaux en déposant son projet d’offre sur les 70,1 % de Suez dont il ne dispose pas, rompant ainsi son "engagement inconditionnel à ne pas déposer d’offre hostile", pris il y a quatre mois. Il faut dire que Suez a bien profité de la période pour tout faire et tenter de se soustraire à l’emprise de son concurrent en poussant les feux d’une contre-OPA. Comme si dans un couple essayant de se rabibocher, un des conjoints continuait allégrement à vivre ses aventures ailleurs. Frérot a certes en apparence la lenteur et la robustesse d’un diesel, mais il a la sagesse et la sagacité d’un amoureux des Arts premiers. Sa seule échéance, il la connaît : l’assemblée de Suez, d’ici la fin du premier semestre. Là, les actionnaires se compteront ; là, ils décideront éventuellement de renverser le conseil s’ils jugent que les administrateurs ont joué contre leurs intérêts. Ne sont-ils pas, après tout, les propriétaires ?

Démocratie actionnariale
Ce choix de la démocratie actionnariale va pourtant à l’encontre de toutes les thèses développées depuis plusieurs années par le PDG, par ailleurs président de l’Institut de l’entreprise. Dans cette enceinte et ailleurs, un Antoine Frérot assez visionnaire fait souvent l’apologie d’une entreprise "qui est d’intérêt général, et ne sert pas seulement les intérêts des patrons et des actionnaires", faute de quoi le capitalisme court à sa perte. Au premier rang des "parties prenantes qui doivent trouver leur compte", évidemment les salariés, et ceux de Suez rament à fond contre l’OPA de Veolia, plaçant son PDG dans une contradiction que tous les placards publicitaires vantant les mérites de l’opération ne parviendront pas à effacer.

Mais la priorité redonnée aux actionnaires permet au moins de s’affranchir de la tutelle encombrante du ministre. On ne voit en effet pas de quel droit Bruno Le Maire s’invite dans ce débat. Suez et Veolia sont deux entreprises privées. Les autorités de la concurrence de Bruxelles sont saisies, et c’est pour cela que les actifs français de Suez sont déjà promis à un fonds d’investissement de long terme qui a fait ses preuves. Avec l’Economie, les Finances et la Relance, il y a suffisamment à faire pour que notre ministre ne s’improvise pas une nouvelle fois celui des Fusions-Acquisitions.