SpaceX creuse l'écart avec Arianespace
Le premier vol d'Ariane 6 est à nouveau reporté, à 2023. Une cadence d'escargot qui laisse le groupe d'Elon Musk sans véritable concurrence.
Il est des hasards de calendrier qui font mal. Le 13 juin, le patron de l'Agence spatiale européenne Josef Aschbacher officialisait dans une interview à la BBC le nouveau retard d'Ariane 6: le premier vol du lanceur européen, jusqu'alors espéré fin 2022, est désormais prévu en 2023. Le même jour, le grand rival californien SpaceX obtenait du régulateur américain de l'aérien, la FAA, un premier feu vert très attendu pour les premiers vols orbitaux de son lanceur géant Starship/Super Heavy, fusée de près de 120 mètres conçue pour les missions martiennes. Après une enquête de plusieurs mois, la FAA conditionnait quand même cette autorisation à la mise en place de 75 mesures de protection de l'environnement au sein du pas de tir de Boca Chica (Texas) de SpaceX. Des engagements que le groupe d'Elon Musk ne devrait pas avoir trop de mal à tenir.
SpaceX qui rit, l'Europe spatiale qui pleure? La différence de dynamique est effectivement frappante. Depuis le début de l'année, le champion californien a réalisé 26 tirs de son lanceur réutilisable Falcon 9, soit un par semaine. Arianespace, lui, n'avait effectué qu'un lancement, celui d'un Soyouz russe en février. Un second tir, le premier lancement d'Ariane 5 de l'année, était prévu le 22 juin. Cette cadence d'escargot s'explique aisément: l'Europe n'a quasiment plus de lanceurs à tirer. Ariane 6? Elle affiche trois ans de retard sur son calendrier initial. Ariane 5? En fin de vie, elle n'est plus produite et ses cinq derniers lancements affichent complet. Quant au lanceur russe Soyouz, longtemps tiré de Guyane, il n'est plus disponible depuis l'invasion russe en Ukraine.
Pression maximale
Plusieurs opérateurs satellites, clients d'Arianespace, se retrouvent ainsi dans le flou. Même situation pour l'armée française, dont le satellite espion CSO-3, qui devait être lancé à la fin de l'année 2022, est pour l'instant cloué au sol, en attente d'une fusée disponible. "Nous avons 11 lancements à recaser", précisait le patron d'Arianespace, Stéphane Israël, lors du Paris Air Forum le 7 juin.
L'entrée en service d'Ariane 6 apparaît d'autant plus urgente que le lanceur européen a décroché, le 5 avril dernier, une commande géante de 18 lancements pour la constellation de satellites Kuiper d'Amazon. "Il n'y a plus de marge, ni de plan B: tout échec du premier tir serait catastrophique", résume Arthur Sauzay, auteur de plusieurs rapports sur l'Europe spatiale pour l'Institut Montaigne.
La pression est donc maximale sur Ariane-Group, maître d'œuvre d'Ariane 6. L'industriel franco-allemand doit mener de front deux campagnes de tests d'une importance capitale: les essais dits "combinés" d'une Ariane 6 sur son pas de tir à Kourou, prévus ces prochaines semaines; et les tests à feu de l'étage supérieur de la fusée, sur le site du DLR (l'agence spatiale allemande) à Lampoldshausen, au nord de Stuttgart. Ces derniers, prévus début 2021, n'ont toujours pas commencé.