Challenges : Qatar, Iran, Turquie... les multiples financements du Hamas

Qatar, Iran, Turquie... les multiples financements du Hamas

Depuis le début de l'offensive le 7 octobre, le financement du Hamas est passé au microscope par les Etats qui octroient une aide à la population de la bande de Gaza. Le mouvement terroriste palestinien, qui bénéficie de 30 millions de dollars mensuels du Qatar, reçoit aussi une aide de la part de l'Iran et utilise les cryptomonnaies ou les taxes pour se financer.

Placée sous sanctions par les États-Unis et l’Union européenne (UE), l’organisation terroriste palestinienne a, depuis sa création en 1987, constamment jonglé avec différentes sources de financements. Son principal bailleur est actuellement le Qatar qui lui livre 30 millions de dollars mensuels depuis 2018. Une manne qui sert principalement à payer les salaires du Hamas et des fonctionnaires de Gaza.

"L’émirat, où vivent le chef de la branche politique du Hamas (Ismaïl Haniyeh) et l’ex-patron de l’organisation (Khaled Mechaal) parraine le mouvement, observe Bertrand Besancenot, ancien ambassadeur français à Doha. Mais ce soutien économique se fait en accord avec Israël et les États-Unis, l’objectif étant notamment de limiter l’influence de l’Iran sur le Hamas."

Des bailleurs traditionnels... et les autres
Si les liens avec Téhéran se sont distendus au début de la guerre civile syrienne en 2011, ils se sont depuis très fortement raffermis. Selon le Département d’État américain, en plus de fournir des armes à la milice terroriste, le pays dirigé par Ali Khamenei verserait environ 100 millions de dollars par an au Hamas et au Djihad islamique, autre acteur palestinien qui a participé à l’opération "Déluge d’Al-Aqsa". Les deux mouvements ont également eu recours à un procédé innovant en récoltant, entre avril 2021 et juin 2023, 136 millions de dollars en cryptomonnaies. Un stratagème éventé par Israël et les États-Unis qui ont gelé plusieurs dizaines de leurs portefeuilles "cryptos" depuis l’été.

A ces bailleurs traditionnels que sont le Qatar et l’Iran, il convient de mentionner la Turquie que Washington a pointé du doigt pour avoir alloué des fonds au Hamas via l’agence turque dédiée au développement. En revanche, s’agissant de l’aide de l’UE à la Palestine (1,2 milliard de dollars sur trois ans), aucun élément ne permet à ce stade d’accréditer la thèse, avancée par certains élus, notamment à droite, que cet argent ait été détourné par le Hamas.

La manne des taxes sur les produits importés
Autre source de revenus pour le mouvement: les taxes sur les produits égyptiens importés à Gaza qui lui rapporteraient 12 millions de dollars par mois. "Pendant des années après le début du blocus, le Hamas a collecté des revenus en taxant les marchandises circulant dans un réseau sophistiqué de tunnels qui contournaient le passage égyptien vers Gaza, écrit la chercheuse Kali Robinson, auteure d'une étude sur le Hamas publiée par le très sérieux Council on Foreign Relations. Cela a apporté sur le territoire des produits de première nécessité tels que de la nourriture, des médicaments et du gaz bon marché pour la production d'électricité, ainsi que des matériaux de construction, de l'argent et des armes."

Après l’arrivée au pouvoir du président égyptien Abdel Fatah al-Sissi en 2013, l'Égypte a durci le ton envers le Hamas, émanation de son ennemi numéro un: les Frères musulmans. Puis les relations se sont légèrement détendues en 2018 puisque Le Caire a autorisé l'entrée de certaines marchandises commerciales à Gaza via son poste frontière de Salah al-Din.