Challenges : Pour redorer ses comptes, le géant chinois Fosun mise sur la montée

Pour redorer ses comptes, le géant chinois Fosun mise sur la montée en gamme du Club Med
A cours de liquidités, le géant chinois Fosun serait prêt à céder 30% du groupe de loisirs, aujourd'hui devenu rentable. Il en demanderait le double de ce qu'il avait déboursé pour en acquérir la totalité il y a huit ans. De quoi relancer une nouvelle bataille autour du Club Med?

Va-t-on assister à une nouvelle bataille autour du Club Med, moins de dix ans après la guerre homérique que s'étaient livrée la Caisse des dépôts, Bernard Tapie, le fonds Ardian et Henri Giscard d'Estaing, rejoints ensuite par la famille Benetton et l'homme d'affaires italien Andrea Bonomi? A l'époque, Giscard était sorti gagnant de cette foire d'empoigne grâce à l'appui déterminant du chinois Fosun, désireux de s'inviter dans le secteur du tourisme en Europe et dont la fortune semblait alors inépuisable.

Entré au capital de l'entreprise, avec moins de 10% en 2010, le conglomérat avait ensuite lancé une OPA et retiré le titre de la Bourse. Fort de ce soutien, le Club Med a pu renouer avec les profits et réussir son repositionnement sur les vacances tout compris haut de gamme.

Le géant Fosun étranglé par les dettes
Mais si le redressement de l'entreprise est aujourd'hui accompli, c'est au tour de Fosun d'être dans la tourmente. Dans une économie chinoise qui tarde à redémarrer, l'actionnaire du Club Med, à cours de liquidités, doit absolument réduire la voilure sous peine d'être écrasé par un endettement trop lourd.

Il y a moins d'un an, le groupe avait promis de se défaire pour plus de 80 milliards de dollars d'activités et assurait qu'il resterait dans la pharmacie, l'assurance, la distribution et le tourisme. Depuis, la situation s'est encore dégradée et, pris à la gorge, Fosun n'a pas vendu aussi bien que prévu. Voilà pourquoi, il a fait savoir incidemment début septembre, par la bouche de son PDG, Henri Giscard d'Estaing, qu'il envisageait "une ouverture de capital (du Club) à des partenaires stratégiques minoritaires".

30% ou plus ?
A nouveau, le petit monde des "gentils investisseurs" est en ébullition. "Fosun aimerait récupérer 2 milliards d'euros contre 30%", assure un proche du dossier. L'actionnaire chinois avait payé moins d'1 milliard pour la totalité des parts il y a huit ans. Qui serait prêt à faire un tel chèque pour être minoritaire? "Bpifrance, c'est-à-dire l'Etat, va forcément regarder le dossier, car le Club a une forte présence en France, essentiellement à la montagne, où il joue un rôle important dans l'économie locale", souligne Didier Arino, du cabinet Protourisme.

Pour l'heure aucune banque d'affaires n'a encore été mandatée, mais plusieurs d'entre elles s'activent dans l'espoir de ficeler le plan qu'Henri Giscard d'Estaing ira soumettre à Fosun. "Les recherches ne se cantonnent pas aux acteurs français et européens, précise un proche du dossier. Ils regardent la carte du monde des marchés prometteurs: l'Asie, l'Amérique et le Moyen-Orient." Des zones où l'on trouve des investisseurs friands de marques françaises, y compris dans l'industrie touristique. Et bien que Fosun affirme qu'il souhaite conserver ses activités dans le secteur de loisirs, qui sait si une belle valorisation de l'entreprise ne pourrait pas le convaincre de vendre la totalité du capital? Le grand marchandage ne fait que commencer.