Challenges : Médecine, politique et éthique : le lifting raté d’Olivier Véran

Médecine, politique et éthique : le lifting raté d’Olivier Véran

EDITORIAL - L’ex-ministre de la Santé, apôtre de la lutte contre la désertification médicale, va faire de la médecine esthétique aux Champs Élysées ! Un outrage à l’éthique.

« Effarant ! », « Minable ! », « Honteux ! »… Olivier Véran, l’ex-ministre de la Santé redevenu député de l’Isère, a réussi à faire l’unanimité des médecins — et des patients — contre lui. À raison : il ne pouvait choisir pire que d’exercer en médecine esthétique, et au cœur même de Paris, lui, le neurologue qui s’était fait l’apôtre de la lutte contre la désertification médicale. Le voilà qu’il va s’adonner une fois par semaine, en sus de son mandat d’élu, à cette spécialité ultra-lucrative dans laquelle versent beaucoup de nouveaux praticiens au détriment des besoins sanitaires du pays dont l’ex membre du gouvernement n’avait cessé pourtant de célébrer l’importance vitale. À commencer par sa propre spécialité, la neurologie qu’il délaisse donc, mais pas pour la psychiatrie, la gériatrie ou la pédiatrie qui, parmi d’autres, manquent de bras et de têtes, mais qui ne sont pas d’un égal rapport financier ! Et c’est le même responsable politique qui prétend prendre la tête du combat contre l’extrême-droite alors qu’il décrédibilise ainsi par avance sa propre parole.

Olivier Véran, ou comment ruiner la cause qu’on prétend servir.

Champion autoproclamé de la lutte contre l’extrême-droite
Le lifting de l’ancien ministre est quoi qu’il en soit totalement raté ! La photo pourtant était bonne (dans le Figaro) en boxeur, lui aussi, comme le président de la république, mais prétendant « soigner sa gauche », puisqu’il vient originellement du PS. Il n’hésite d’ailleurs pas à se montrer jusque dans les travées de l’Assemblée nationale sans chemise ni cravate, une veste sur un tee-shirt. Nouveau look afin qu’on l’écoute mieux s’autoproclamer champion de la lutte contre l’extrême-droite, lui qui n’hésitait pas à « aller au contact » dans les villes tenues par « l’ennemi ». Il promettait même de réaliser un guide du routard de ces cités à reconquérir.

La touche ultime du chevalier blanc Véran : il annonçait reprendre sa blouse de médecin, ce qui laissait à penser qu’il se mettrait vraiment au service de la France en souffrance. Et patatras… Direction la clinique des Champs Elysées ! Médecine et chirurgie esthétique pour ceux qui peuvent payer. Cher. Rapport très lucratif assuré dans un domaine qui n’était pas le sien. Mais la neurologie avait « évolué », plaide-t-il, alors que, pour sa nouvelle spécialité, il va devoir suivre des cours de formation à l’université. Argument on ne peut plus fallacieux, et aggravé par son plaidoyer pour « une médecine (esthétique) à ne pas dénigrer, puisqu’elle aide ceux qui souffrent en raison d’une cicatrice sur le visage ou d’une calvitie précoce ». Certes… Encore que, d’expérience, on peut certifier qu’être chauve permet de ne plus être obsédé par la perte des cheveux…

Désertification médicale
Mais plus sérieusement, l’ancien ministre de la Santé ne va pas exercer gratuitement. Ce secteur esthétique est précisément celui qui contribue tout particulièrement à la désertification médicale contre laquelle Véran avait entrepris de mobiliser tous les corps médicaux pourtant surchargés.

Va-t-on bientôt manquer de médecins à Paris ?

En 2021, Olivier Véran alors ministre de la Santé avait promis qu’en 2026, il en serait fini de cette désertification médicale. On en est très loin puisque 87 % du territoire français est frappé de ce mal et qu’il y contribue donc en donnant le plus mauvais des exemples parisiens, lui, grenoblois ! S’il avait choisi de quitter la politique pour faire de l’argent, on aurait juste relevé la contradiction avec ses engagements passés. Mais là, le même homme prétend aussi prendre la tête de la croisade contre le Rassemblement National qui campe si seul dans la défense du social. Il va se faire déchirer. À juste titre. On ne peut détruire plus sûrement une légitimité.

Aucune médecine esthétique ne pourra réparer ni même masquer cet outrage à l’éthique.