LVMH, Vinci, L’Oréal… à combien s’élèverait leur contribution exceptionnelle sur les bénéfices ?
Malgré son rejet par l’Assemblée nationale dans la nuit de vendredi à samedi, le projet de loi de l’exécutif peut encore faire son retour et modifier la taxation des très grandes entreprises pour les deux prochains exercices.
L’examen à l’Assemblée nationale du budget 2025 ne manque pas de péripéties. Dans le projet initial du gouvernement, il est question d’une taxe exceptionnelle sur les entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires de plus d’un milliard d’euros par an. Selon les articles 11 et 12 de ce projet de loi, ces grandes entreprises paieraient un taux exceptionnel majoré de 20,6 % sur leurs bénéfices réalisés en France pour l’exercice 2025 et de 10,6 % sur ceux de 2026. Pour celles avec un chiffre d’affaires d’au moins trois milliards d’euros, il est prévu, toujours dans le texte du gouvernement, une majoration de l’impôt sur les sociétés de 41,2 % pour le prochain exercice comptable et de 20,6 % pour le suivant. Cela signifie que leur taux d’imposition sur les bénéfices passerait à 30 % et 36 % en 2025 et à 28 % et 30 % en 2026, selon les calculs de Bercy.
Sur le papier, rien ne semblait pouvoir empêcher cette contribution exceptionnelle qui rapporterait huit milliards d’euros en 2025 et quatre en 2026, selon les calculs de l’exécutif. Sauf que La France Insoumise (et le Nouveau Front populaire avec) a souhaité aller beaucoup plus loin. Un taux de 40 % pour les entreprises qui réalisent au moins un milliard d’euros de chiffre d’affaires et un taux de 55 % pour celles au-dessus de trois milliards est désormais sur la table.
L’article 11 a finalement été rejeté dans la nuit du 25 au 26 octobre, mais il pourrait revenir dans sa version initiale à l’issue de la navette parlementaire. Dans ce cas de figure, quelques entreprises – parmi les 440 concernées selon Bercy – ont déjà fait savoir la somme qu’elles seraient amenées à mettre sur la table.
Pour LVMH, une facture de 700 à 800 millions d’euros
Le numéro un mondial du luxe (actionnaire de Challenges) s’est notamment exprimé il y a plusieurs jours sur l’effort exceptionnel tel qu’annoncé par le gouvernement dans son projet de loi. Avec un chiffre d’affaires de 86 milliards d’euros en 2023, le groupe dirigé par Bernard Arnault contribuerait entre « 700 et 800 millions d’euros » pour l’année prochaine, en fonction de ses résultats récents.
« La France représente 7 % du chiffre d’affaires, un tiers du revenu avant impôt et 40 % des impôts » du groupe, a tenu à préciser son directeur financier Jean-Jacques Guiony, le 16 octobre dernier, en marge de la publication du chiffre d’affaires du groupe.
Vinci anticipe une facture à 400 millions d’euros
Le géant français du BTP a aussi fait les calculs, alors qu’il a fait état au troisième trimestre d’un chiffre d’affaires de 18,5 milliards d’euros, en hausse de 1,4 %. Une évolution qui traduit le ralentissement de l’inflation dans les pays d’implantation du groupe.
« En première approche, si ce PLF était voté en l’état, une charge supplémentaire de l’ordre de 400 millions d’euros serait reconnue sur l’exercice 2024 (son décaissement interviendrait en 2025) », a fait savoir le groupe dans le communiqué de ses résultats financiers arrêtés au 30 septembre.
Hermès va payer environ 300 millions d’euros
L’autre mastodonte du luxe français, Hermès, a pour sa part annoncé qu’il allait payer moins que son rival. Le sellier maroquinier, connu pour ses sacs comme le Birkin ou le Kelly, a réalisé en 2023 un chiffre d’affaires de 13,4 milliards d’euros. « Sur la base des dernières informations disponibles, on évalue à environ 300 millions d’euros de complément d’impôt, l’impact au titre de 2024 », a ainsi déclaré Éric du Halgouët, le directeur général finance de l’entreprise, le 24 octobre à des journalistes.
En 2024, le groupe ne semble pas affecté par le ralentissement du marché du luxe, en particulier en Chine, puisque au troisième trimestre, contrairement à ses concurrents, ses ventes ont continué de progresser, grimpant de 10 %.
L’Oréal vise autour de 250 millions d’euros
L’industrie du luxe est bien représentée parmi les contributeurs de cet impôt exceptionnel. L’Oréal, qui possède les marques Garnier, Maybelline, Lancôme, Giorgio Armani ou encore La Roche-Posay, a réalisé en 2023 un chiffre d’affaires de 41 milliards d’euros. L’entreprise a déclaré le 22 octobre dernier estimer à « un peu plus de 250 millions d’euros » son imposition dans le cadre de cette contribution exceptionnelle.