Challenges : Les emplettes immobilières du milliardaire Nicolas Berggruen à Pari

Les emplettes immobilières du milliardaire Nicolas Berggruen à Paris

EXCLUSIF. Le financier américano-allemand a investi plus de 270 millions d'euros dans quatre immeubles de la capitale dont l'un a été le dernier domicile de François Mitterrand. Ils seront transformés en résidences et bureaux hauts de gamme.

Il est resté, dans la mémoire collective, comme le dernier domicile de François Mitterrand, qui y est mort en 1996. Situé avenue Frédéric Le Play (7ème arrondissement de Paris), à deux pas du Champ de Mars, ce splendide immeuble Art Déco en pierre de taille est aujourd’hui cerné de palissades de chantier. Selon nos informations, le bâtiment, propriété de l’assureur Gan, a été racheté, en 2021, pour 57 millions d’euros, par l’investisseur américano-allemand Nicolas Berggruen. La 989ème fortune mondiale (3,1 milliards de dollars selon Forbes) veut le transformer en résidence de luxe, avec piscine et spa en sous-sol, et terrasse sur le toit, offrant une vue spectaculaire sur la tour Eiffel. Ouverture prévue fin 2024. Il s’agit de l’une de ses multiples acquisitions à Paris où le sexagénaire a déjà discrètement dépensé plus de 270 millions.

Fils d'un célèbre marchand d'art
Nicolas Berggruen a d’ailleurs grandi dans la capitale française où son père Heinz, célèbre marchand d’art, proche de Picasso, avait installé sa galerie. Il a ensuite fait fortune dans la finance et l’immobilier aux Etats-Unis, dans les années 1980. Puis, le golden boy a investi le monde de la philanthropie et des idées. Après la crise financière de 2008, il a créé le très influent Institut Berggruen, qui prétend réformer la gouvernance mondiale et rassemble, au sein de son conseil, la créatrice du Huffington Post, les fondateurs de Google et Snapchat, une ancienne Première ministre du Danemark ou un ex-président mexicain. Basé à Los Angeles, l’Institut va ouvrir un campus universitaire sur les collines de Santa Monica, construit par les architectes suisses Herzog & de Meuron. En France, le think tank a fait parler de lui en embauchant Sylvie Goulard, alors eurodéputée, comme consultante de 2013 à 2016. Un job à 350.000 euros, dont la réalité a été contestée par l’association Anticor, qui a déposé plainte. Une information judiciaire a été ouverte en septembre 2022.

Adepte des paradis fiscaux, Nicolas Berggruen a domicilié son conglomérat Berggruen Holdings aux Iles Vierges Britanniques. Il détient des dizaines de propriétés résidentielles et commerciales aux Etats-Unis (Portland, Seattle, Los Angeles, New-York) ainsi qu’en Europe, à Berlin notamment, où un musée Berggruen expose une partie de la collection d’art moderne de la famille. Plutôt que de jouer les marchands de biens, le milliardaire est dans une logique patrimoniale. L’objectif est d’investir à long terme dans des actifs hauts de gamme et de les valoriser. Amateur d’architecture, ce collectionneur a notamment racheté la somptueuse propriété de l’ancien magnat des médias William Randolph Hearst à Beverly Hills, qui a servi de décor aux films Le Parrain et Bodyguard. A Venise, il s’est offert, coup sur coup, deux palais destinés à accueillir le siège européen de son institut et des expositions culturelles.

Nouveau concept de résidences de luxe
C’est en 2017 que Nicolas Berggruen a décidé de faire son retour à Paris. Il a monté la société luxembourgeoise Berggruen Properties France, elle-même détenue, selon Radio France, par une société immatriculée aux Bermudes, Berggruen Institute. Il en a confié la direction à un ancien banquier d’affaires de Rothschild, Rodolphe Zellitch, dont l’épouse Sabine est décoratrice d’intérieur. La société a d’abord mis la main, pour 66 millions, sur deux immeubles haussmanniens de la rue Marbeuf (8ème arrondissement), qui font figure de site pilote pour le concept de résidence de luxe Black Door. Inaugurée en avril 2022, la résidence offre 35 appartements de 40 à 165 mètres carrés. Une partie est louée pour des séjours de courte durée, à partir de 700 euros la nuit. Les baux de longue durée sont notamment destinés aux entreprises qui souhaitent loger leurs dirigeants venus de l’étranger. Les clients bénéficient de services de conciergerie de luxe, d’une salle de sport, d’un spa avec piscine, et bientôt d’un restaurant italien.

Entre-temps, en octobre 2018, Berggruen Properties France s’est emparé d’un immeuble ancien de 3.500 mètres carrés, à usage mixte, situé rue Saint-Dominique (7ème), pour 42,5 millions. Puis, à l’été 2020, elle a déboursé 107 millions pour un bâtiment des années 1950, totalisant 7.700 mètres carrés de bureaux, avenue Raymond Poincaré (16ème). Le groupe veut décliner son concept Black Door pour les locaux d’entreprises, en amenant les codes de l’hôtellerie de luxe, en termes de décoration et de services. Enfin, Nicolas Berggruen est visiblement désireux de renouer avec la France également sur le plan personnel. Selon nos informations, il s’est offert un pied à terre près du jardin du Luxembourg et, pour 27,2 millions d’euros, deux villas à Saint-Tropez. L’aménagement de la plus grande a été confié à la célèbre décoratrice française India Mahdavi.