Le rapport de RTE sur les Futurs énergétiques 2050 rassure la filière nucléaire
"Une présentation partielle et donc partiale." Le rapport du gestionnaire du réseau électrique français RTE était à peine mis en ligne que les premières critiques fusaient. Le député ex-LREM Matthieu Orphelin a été le premier à dégainer et dénoncer ce qu’il appelle "une manipulation du gouvernement". D’après lui, le document commet l’erreur de trop se baser sur l’évolution de la consommation électrique et aurait ainsi exclu "toute évolution sociétale notamment de maîtrise des consommations". Présenté ce matin, le rapport de RTE sur les Futurs énergétiques 2050 était très attendu. Comme sa publication fait quelque 600 pages, chacun y trouvera midi à sa porte. Les aficionados des éoliennes et du photovoltaïque noteront avec satisfaction que l’objectif de neutralité carbone en 2050 "est impossible sans un développement significatif des énergies renouvelables". Les fans du nucléaire pointeront qu’il est difficile de se passer de nouveaux réacteurs. Cela "implique des rythmes de développement des renouvelables plus rapides que ceux des pays européens les plus dynamiques."
La consommation électrique va augmenter de 35%
RTE a présenté six scénarios pour 2050. L’un prévoit 100% de renouvelables. Atteindre cet objectif est possible, estime Thomas Veyrenc, directeur de la stratégie de RTE. "Mais c’est un chemin complexe avec beaucoup d’incertitudes qui ne sont pas encore levées." Deux autres schémas intègrent 87% de renouvelables et 13% d’ancien nucléaire. Pour les trois dernières hypothèses le mix se partage entre les énergies vertes, le nucléaire existant et le nouveau nucléaire. Dans ces scénarios, la part de l’énergie atomique oscille entre 26% et 50%. Au cours des années à venir, les électrons vont se substituer aux énergies fossiles. D’après RTE, la consommation d’électricité augmentera d’environ 35%. Un vrai changement de paradigme. Il y a cinq ans, la transition écologique était encore dans les limbes. Le gestionnaire de réseau pariait sur une stagnation de la consommation d’électricité, voire une très légère augmentation. Depuis, l’Europe s’est fixé des objectifs ambitieux en matière de climat. Pour atteindre la neutralité carbone, l’électrification des usages est devenue une nécessité. L’électricité représente 25% de la consommation d’énergie aujourd’hui. Ce sera 55% en 2050. Mais comme dans le même temps, les hydrocarbures seront exclus du paysage, la consommation totale d’énergie devrait baisser de l’ordre de 40%.
Ligne de fracture
Combien coûtera cette transformation? Aujourd’hui, les coûts complets du système électrique s’élèvent à 45 milliards d’euros par an. En 2050, ils tourneront entre 59 et 66 milliards dans les scénarios où le nucléaire est privilégié. Et oscilleront entre 71 et 80 milliards dans un mix très majoritairement énergies renouvelables. Les énergies vertes reviendraient donc à 10 milliards de plus que le nucléaire. Un surcoût qui tient aux investissements dans des moyens de production flexibles (l’hydrogène par exemple) pour pallier l’intermittence des renouvelables et aux dépenses de raccordement.
"Construire de nouveaux réacteurs nucléaires est pertinent du point de vue économique, a fortiori quand cela permet de conserver un parc d'une quarantaine de gigawatts en 2050", indique le rapport. Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE se félicite du modèle énergétique français décarboné à 93% grâce au mix nucléaire-renouvelables. "En 2019, la France a émis onze fois moins de CO2 que l’Allemagne", dit-il. Quels que soient les scénarios retenus, la part des renouvelables va fortement augmenter dans les années à venir. Dans l’hypothèse à 50% de nucléaire, la capacité solaire serait multipliée par sept d’ici à 2050, celle de l’éolien par 2,5. En 2050, la France pourrait être hérissée de pas moins de 30.000 mâts.
Demain le vrai problème d’acceptabilité concernera le photovoltaïque. Au milieu du siècle, l’empreinte des fermes solaires pourrait représenter jusqu’à 0,3% du territoire français. Le rapport très complet de RTE va susciter son lot de polémiques. Sa publication intervient au moment où l'avenir énergétique agite la pré-campagne présidentielle de 2022. Il y a aujourd’hui une vraie ligne de fracture entre les pro-renouvelables (Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo) et les pro-nucléaires (Marine Le Pen, Eric Zemmour, Xavier Bertrand, Fabien Roussel). Emmanuel Macron se range parmi les seconds. D’après Le Figaro, il pourrait annoncer avant Noël la construction de six nouveaux EPR.