Le Parquet national financier se penche sur un pantouflage chez Lazard
Le PNF va boucler son enquête préliminaire sur le recrutement de l’inspecteur des finances Corso Bavagnoli par la banque d’affaires, intervenu en 2018. Auparavant en charge de la supervision du secteur financier à la direction Trésor, il conseille désormais les mêmes acteurs chez Lazard.
Un banquier de Lazard dans le collimateur de la justice. Selon nos informations, le Parquet national financier (PNF) s’apprête à boucler une enquête préliminaire sur le recrutement de l’ancien haut fonctionnaire de la direction du Trésor, Corso Bavagnoli, intervenu en 2018. La procédure en est au stade du contradictoire et le PNF devra ensuite décider ou non du renvoi en correctionnelle de l’inspecteur des finances, pour « délit de pantouflage », déclinaison de la prise illégale d’intérêts pour les agents publics. Il est rare que de telles enquêtes débouchent sur un procès, comme ce fut le cas récemment pour l’ancien conseiller d’Etat, Xavier de Lesquen, devenu avocat.
Sorti de l’ENA en 2001, Corso Bavagnoli a intégré l’Inspection générale des finances puis a dirigé plusieurs bureaux à l’Agence des participations de l’Etat et à la direction du Trésor. Il a ensuite exercé, à partir de 2009, comme conseiller économique auprès de François Fillon à Matignon. Début 2012, peu de temps avant l’arrivée de la gauche au pouvoir, il revient au Trésor. Trois ans plus tard, il prend la tête, du service du « financement de l’économie », qui élabore et met en œuvre la politique de régulation du secteur bancaire et financier. En mars 2018, il est recruté par un autre ancien du Trésor, Matthieu Pigasse, alors patron de Lazard en France.
De potentiels conflits d’intérêts
Corso Bavagnoli a reçu le feu vert de la Commission de déontologie, chargée à l’époque de surveiller les départs des hauts fonctionnaires vers le privé. Depuis, cette petite structure, raillée pour son laxisme, a été absorbée par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).
Le cas de Corso Bavagnoli a suscité les critiques du journaliste Vincent Jauvert, dans son livre Les Voraces, publié en 2020. Interrogé par l’auteur, le rapporteur de la Commission de déontologie s’est justifié en soulignant que le haut fonctionnaire intégrait la branche banque d’affaires de Lazard et non sa banque commerciale, qui est la seule à faire l’objet d’une supervision par le Trésor.
Sauf que, au sein de la banque d’affaires, Corso Bavagnoli a rejoint le pôle Financial Institutions Group, qui conseille les acteurs financiers (banques commerciales, assureurs, fonds…) dans leurs opérations de fusion et acquisition. Des clients qui pourraient être, eux, sous supervision du Trésor.
Une enquête préliminaire en février 2021
Dans le livre, Lazard rétorque que ses « associés doivent pouvoir servir tous types de clients, en fonction des circonstances, et ne peuvent donc pas être affectés à un secteur ou un domaine particulier ». La fiche de Corso Bavagnoli sur son site ne mentionne pourtant que des deals dans le secteur financier, comme le rachat de la filiale belge d’Axa Banque par Crelan ou l’acquisition du courtier en assurance April par le fonds d’investissement CVC.
Le PNF a ouvert une enquête préliminaire en février 2021 et l’a confiée à la Brigade de répression de la délinquance économique, qui a depuis fusionné avec la célèbre Brigade financière, au sein de la Préfecture de police de Paris. Il s‘agit de la seule procédure encore en cours au PNF, visant le pantouflage d’un haut fonctionnaire. La plupart ont été classées sans suite, faute d’infraction suffisamment caractérisée. Contactés par Challenges, Corso Bavagnoli et la banque Lazard n’ont pas donné suite.