Challenges : Le fabuleux business du concours HEC

Le fabuleux business du concours HEC

SERIE QUERELLES ET COUPS BAS DANS LES PREPAS [2/3] - Comme dans les multinationales, les professeurs de la Prépa Autrement reçoivent une prime de bienvenue et des actions du nouvel établissement. Et leurs salaires s'envolent.

Thibaut Guilluy est fils et petit-fils de médecins d'Etaples-sur-Mer, où Thiphaine Auzière a installé son cabinet d'avocate. Et c'est aussi dans ce petit port de la Côte d'Opale que Christophe Cadet habite avec sa mère quand il n'est pas à Paris. La connexion avec la belle-fille du président de la République et l'ancien directeur d'Intégrale est donc simple à établir pour que l'aventure de La Prépa Autrement commence. "Nous allons constituer la meilleure équipe du monde avec les professeurs qui vont le suivre", s'enthousiasme alors la frêle trentenaire.

LIRE AUSSIET LA FILLE DE BRIGITTE MACRON CRÉA LA PRÉPA AUTREMENTMercato fou et pratiques de multinationales
Commence un mercato endiablé entre les prépas hors contrat parisiennes. Aux profs d'Intégrale démissionnaires, comme Hédi Joulak et Kevin Besozzi, La Prépa Autrement offre une part du capital et une prime de bienvenue comme dans les multinationales. "Cadet a aussi cassé les prix du marché en payant ses enseignants 150 euros net par heure, s'étouffe un concurrent. C'est 50% de plus que la pratique habituelle." Mais son directeur affirme travailler bénévolement et vivre chichement. "Je dors quatre jours par semaine au sous-sol de l'immeuble, raconte-t-il. Je pars ensuite à Etaples rejoindre ma maman. "

Pourtant, malgré son allure déguenillée, Christophe Cadet dispose d'un petit magot, dont 400.000 euros qu'il vient d'obtenir du lycée Saint-Jean aux prud'hommes. Et à ceux qui hésitent à le rejoindre, il susurre qu'il a la présidence derrière lui.

Des avocats pour stopper un "débauchage organisé"
Pendant l'été 2020, une sale guerre s'installe dans ce petit monde très concurrentiel. Pour remplacer les transfuges partis à La Prépa Autrement, Intégrale recrute à Ipesup des enseignants renommés en prépa HEC. L'un d'eux n'hésite pas à faire des appels du pied à ses anciens élèves, jusqu'à leur expliquer comment se rétracter s'ils ont déjà payé leurs frais de scolarité. "J'ai dû leur envoyer des avocats pour débauchage organisé", peste Bertrand Léonard, le propriétaire d'Ipesup.

Cette prépa historique est réputée pour ses classes qui mènent aux grandes écoles, fréquentées par l'establishment. François-Henri Pinault et Delphine Arnault y ont étudié. L'établissement, qui jouxte le lycée Henri IV, attire ainsi près de 4.000 élèves par an qui viennent suivre des stages intensifs de maths ou de culture générale, pendant les vacances ou en cycle continu le mercredi et le samedi. Une activité lucrative.

La promesse d'intégrer les meilleures business schools
Or un autre concurrent surgit au même moment dans le paysage. Olivier Sarfati, auteur du livre Mes secrets pour intégrer HEC (éd. Dunod) et créateur de la prépa 100% en ligne MyPrepa, ouvre son école dans un immeuble du XVe arrondissement. Et ses méthodes commerciales font hurler ses concurrents. Sur les réseaux sociaux, il promet 100% de réussite dans le Top 6 des écoles de commerce et 75 % dans le Top 3. "Ces résultats portent sur une classe étoile de quatre élèves", fulmine Jacky Assayag, le directeur d'une autre prépa privée, Commercia, qui s'est fait piquer son meilleur prof de géopolitique par La Prépa Autrement. Après avoir envisagé de porter l'affaire en justice, il a choisi de contre-attaqu