Le C-390, l’avion militaire brésilien qui donne des maux de tête à l’A400M d’Airbus
Alors que l’A400M d’Airbus est à la peine à l’export et lutte pour sa survie, l’avion de transport militaire C-390 du brésilien Embraer réalise une véritable razzia en Europe. Il a notamment séduit le Portugal, la Suède, les Pays-Bas, la Slovaquie, la République tchèque, la Hongrie, la Lituanie et l’Autriche.

Un carton commercial. Six ans après son entrée en service, l’avion de transport militaire C-390 du brésilien Embraer, exposé au beau milieu de l’exposition statique du salon du Bourget, réalise une véritable performance sur le Vieux continent. Outre les 19 commandes du Brésil, l’appareil avait déjà été commandé à 22 exemplaires en Europe, répartis entre le Portugal, les Pays-Bas, la Suède, la République tchèque, la Slovaquie, l’Autriche et la Hongrie. La Lituanie a annoncé le 18 juin au Bourget qu'elle avait sélectionné l'appareil, pour une commande dont la taille exacte n'est pas encore connue. « Il y a un élan extraordinaire sur ce programme, assure Bosco Da Costa Junior, PDG de la filiale défense d’Embraer. Je suis confiant sur le fait que nous allons être le leader du marché. »
Trois fois moins de commandes export pour l’A400M
Cette réussite (42 avions vendus en tout, dont 25 à l’export) tranche avec les performances poussives de l’A400M d’Airbus. Certes, l’avion européen a vu son avenir s’éclaircir au salon du Bourget, la France et l’Espagne acceptant d’avancer des livraisons prévues (quatre pour la France, trois pour l’Espagne). Ces livraisons anticipées permettront de maintenir jusqu’à 2028 la cadence de 8 avions produits par an, le seuil minimal nécessaire, selon Airbus Defence & Space, pour maintenir l’usine d’assemblage de Séville. Mais l’A400M peine à séduire des clients à l’export.
Il n’a pour l’instant obtenu que 4 commandes ces dernières années, deux au Kazakhstan et deux en Indonésie. La Malaisie avait acheté quatre avions dans la première phase du programme, ce qui porte le total au chiffre – assez famélique – de 8 avions vendus à l’export. En 2010, le patron d’Airbus Military Domingo Urena Raso estimait pourtant le potentiel export de l’appareil… à 500 exemplaires.
« Ce n’est pas le même segment de marché »
Embraer, lui, ne s’est jamais fixé d’objectifs faramineux. Le C-390 avait même été accueilli avec une certaine ironie, en Europe et aux Etats-Unis, lors de son premier vol en 2015. Mais l’appétit vient en mangeant. « Le C-390 gagne du terrain, commande après commande », se réjouit Francisco Gomes Neto, PDG d’Embraer.
L'avion bésilien est-il en train de prendre des parts de marché à l’A400M ? Les deux appareils sont sur des segments bien distincts, assurent les soutiens du turbopropulseur européen. « Ce n’est pas le même segment de marché : le C390 est de taille plus modeste, estimait Emmanuel Chiva, délégué général pour l’armement, le 15 avril dans Challenges. L’A400M est plus grand, avec un éventail de missions plus large, et donc aussi plus cher. » De fait, le C-390 affiche 26 tonnes de charge utile, contre 37 tonnes pour l’A400M, un chiffre appelé à passer rapidement à 40 tonnes. L’avion européen, à quatre hélices, vole plus longtemps et plus loin que l’appareil brésilien, qui intègre deux réacteurs. Il affiche aussi des capacités (emport largage de parachutistes, usage de terrains sommaires, survol à basse altitude…) plus poussées.
Les deux appareils ne sont pas incomparables pour autant. L’A400M remplace ainsi, dans l’armée de l’air, des Transall et C-130 bien plus petits, ce qui montre que les marchés sont plus imbriqués qu’on pourrait le croire. A cause des retards de l’A400M, la France avait d’ailleurs commandé, en 2016, des C130J américains, des avions de la taille du C-390.
Airbus vise des commandes aux Emirats et en Pologne
Chez Airbus, on assure toujours croire dur comme fer au potentiel de l’appareil. Le patron des avions militaires d’Airbus, Jean-Brice Dumont, évoquait récemment dans La Tribune le chiffre de 30 commandes supplémentaires. Le 17 juin, il se montrait encore confiant, soulignant que le Rafale a aussi connu un démarrage poussif avant d’exploser à l’export. Les prochaines campagnes commerciales s’annoncent donc décisives. L’A400M a notamment des touches sérieuses aux Emirats arabes unis et en Pologne, deux prospects très solides qui permettraient de regarnir le carnet de commandes. L’Arabie saoudite est aussi citée comme une cible prioritaire, mais Riyad regarde aussi attentivement le C-390. Les deux avions ont également répondu à une demande d’information de l’Inde, ce qui prouve, encore une fois, qu’ils sont régulièrement en concurrence directe.
Même la France a, un temps, envisagé l’achat d’une douzaine de C-390 brésiliens pour l’armée de l’air. C’était en 2009, quand Paris espérait encore placer 36 Rafale à Brasilia, et était prêt à passer des commandes de compensation. Le projet avait fait long feu, le Brésil choisissant finalement le Gripen du suédois Saab.