Challenges : Le bras de fer entre Drahi et ses créanciers se durcit sur fond d’h

Le bras de fer entre Drahi et ses créanciers se durcit sur fond d’hémorragie d’abonnés chez SFR
Après avoir fait un pas vers les banques lors de négociations sur la dette de 24 milliards d’euros d’Altice, le milliardaire Patrick Drahi a transféré un actif hors de leur portée.


La situation de SFR continue d’empirer. Le chiffre d’affaires d’Altice France, maison mère de l’opérateur recule de 4,7 % au troisième trimestre à 2,5 milliards d’euros, selon les résultats publiés ce mercredi 27 novembre. Son excédent brut d’exploitation (Ebitda) chute de 9,9 % à 879 millions d’euros. La chute d’abonnés se poursuit, avec 106 000 abonnés mobiles et 53 000 clients sur le fixe en moins par rapport au trimestre précédent.

Pas de quoi rassurer les créanciers, donc en plein bras de fer avec Patrick Drahi pour renégocier la dette colossale du groupe. Mi-novembre, Patrick Drahi et ses porteurs de dette ont stoppé les négociations sur la dette de 24 milliards d’euros pesant sur Altice France. Le milliardaire, propriétaire de l’opérateur télécoms SFR, venait de placer sa filiale XpFibre dans une entité en dehors du périmètre d’Altice France, qui échappe ainsi à ses prêteurs. « On ne peut pas négocier une dette sur une société et la vider de ses actifs dans le même temps ! » s’agace une source.

Selon un proche du dossier, « il s’agit d’une tentative d’extorsion et de chantage, ce n’est pas dans l’intérêt de la société de se départir d’un actif ». Dans les prochaines semaines, les prêteurs vont ouvrir des contentieux, assure cette même source. Pour Timothée Gagnepain, avocat spé­cialisé dans la restructuration de la dette pour le cabinet McDermott Will & Emery, « les fonds veulent maximiser leurs profits et n’hésitent pas à aller loin et à utiliser l’arme du contentieux ».

Un accord en vue pour Drahi et ses créanciers
L’annonce pourrait être une manière pour Patrick Drahi d’exercer une pression sur ses créanciers. Lors du premier round des discussions entre le milliardaire et les prêteurs des 20 milliards de dette sécurisée, c’est-à-dire garantie par des actifs, chaque camp avait fait un pas vers l’autre. Le patron de SFR – et 17e fortune professionnelle de France – s’était dit prêt à verser immédiatement 2,6 milliards d’euros en échange de l’annulation de l’ancienne dette et la mise en place d’une nouvelle, de 13,7 milliards, à un taux d’intérêt moyen de 6,5 %, et du décalage des échéances de remboursement à 2029 et 2031. Soit un ballon d’oxygène de deux ans par rapport aux maturités actuelles.

En contrepartie, les créanciers pourraient obtenir 18 % du capital d’Altice France. Dans une contre-proposition, ces derniers, emmenés par les cabinets Gibson, Dunn & Crutcher et Rothschild & Co en demandaient davantage : une nouvelle dette de 14,4 milliards d’euros, un taux d’intérêt de 7,5 % et une montée au capital à 34 %.

Un accord de coopération
Mais les négociations ne sont pas allées plus loin pour l’instant et Patrick Drahi a préféré transférer XpFibre hors de leur portée. « Les discussions sont extrêmement longues parce que chaque créancier a des intérêts divergents, personne n’a acheté la dette au même prix », met en perspective un banquier d’affaires.

Les créanciers se sont coalisés dans « un accord de coopération », un instrument fréquemment utilisé aux Etats-Unis qui leur permet de parler d’une seule voix. Près de 95 % des créanciers de la dette sécurisée, soit 18,5 milliards d’euros des 20 milliards d’euros, ont signé l’accord qui court jusqu’en février 2026.

Plan B de Patrick Drahi
En attendant de trouver un accord, Patrick Drahi, conseillé par la banque Lazard, déroule son plan B, qui sera appliqué si le milliardaire et ses prêteurs ne trouvent pas de compromis. « XpFibre a été placé dans un panier sur lequel le management d’Altice France pourrait lever de la nouvelle dette, explique un banquier. Celle-ci serait prioritaire par rapport à l’ancienne dette. » En clair, pour rembourser ses échéances les plus proches, Patrick Drahi pourrait s’endetter à nouveau, sur l’entité qui détient XpFibre et réaliser une nouvelle pyramide de dettes. Des rumeurs bruissent autour du fonds Apollo.

Timothée Gagnepain rappelle que dans cette négociation, chacun joue sa partition. « Il y a beaucoup de bluff, de coups de poker et une escalade dans la manifestation d’un rapport de force mais chaque camp à intérêt à trouver un accord, chacun veut sauver sa peau et partir avec le plus d’argent possible, c’est un jeu financier classique. » Le premier round des négociations étant désormais fermé, le jeu de poker se poursuit en coulisses.