La vérité sur… les mésaventures de Natixis
Mesures d'économies, nouveau plan stratégique… La banque de marché, filiale de BPCE, tente de limiter les dégâts causés par sa politique de « boutiques ».
Etage après étage, les tours Duo 1 et 2 s'installent dans le paysage de l'Est parisien. Pour l'heure, difficile de savoir si ces bâtiments destinés aux équipes de BPCE et de Natixis forment le V de la victoire, ou si leur architecture compliquée, voulue par Jean Nouvel, est le symbole des contradictions qui agitent le groupe regroupant les Banques populaires, les Caisses d'épargne et leur filiale de marché, Natixis, objet de toutes les attentions. « Des sujets à traiter ont été identifiés chez Natixis, reconnaît Laurent Mignon, président du directoire de BPCE. Nicolas Namias, directeur général de Natixis, et ses équipes se sont attachés à les résoudre de manière déterminée et professionnelle. » Le temps presse. Le titre a cédé 44 % en un an en Bourse, soit 10 points de plus que son rival mutualiste Crédit agricole SA (Casa). Et si Natixis a sorti la tête de l'eau au troisième trimestre, avec un résultat net de 39 millions d'euros, ses bénéfices restent inférieurs de 91 % à ceux enregistrés un an plus tôt, quand Casa limite la glissade à 18,5 %.
L'étincelle H2O
Du coup, Laurent Mignon déploie les grands moyens pour « replacer la banque sur une trajectoire de croissance » . Mesures d'économies de 350 millions d'euros à horizon 2024, annonce d'un prochain plan stratégique au printemps 2021, rapprochement avec La Banque postale dans la gestion d'actifs… les annonces se sont accumulées, le 5 novembre, lors de la publication des résultats trimestriels du groupe. Surtout, la banque de marché promet enfin de rompre les amarres avec H2O, une boutique de gestion d'actifs dont Natixis va vendre ses 50,01 %. Car c'est H2O qui a mis le feu aux poudres. Le problème a éclaté au grand jour en juin 2019, lorsque les clients de cette société basée à Londres ont retiré d'un coup quelque 8 milliards d'euros sur un total de 34 milliards d'encours. La raison ? En dépit de son nom de fluide, H2O ne parvenait plus à offrir à ses investisseurs la liquidité promise. En août 2020, nouvelle alerte. Cette fois, c'est l'Autorité des marchés financiers qui tape du poing sur la table et demande la suspension de certains fonds : 10 milliards d'euros sont bloqués pendant six semaines, le temps de séparer les produits liquides de ceux qui ne parviendront à trouver preneur qu'à prix cassés.
Pour Laurent Mignon, l'affaire appartient déjà quasiment au passé. Il se dit « confiant » sur la cession des parts de H2O, qui devrait intervenir avant la fin de l'année. Et il assure que les leçons ont été tirées : « Il y a des choses à ajuster, mais on progresse, on apprend, assure le dirigeant. Natixis s'est déjà renforcé dans sa façon de travailler. » Un message qu'il doit faire passer au sein du groupe. Car l'affaire H2O a provoqué bien des grognements au sein de BPCE. « Les réseaux des Banques populaires et des Caisses d'épargne font le boulot et sont parvenus à accroître leurs revenus, même dans la crise, relève un bon connaisseur du groupe. Leurs dirigeants en ont assez de se voir présenter les factures des dérapages de la banque de marché. » En décembre 2018, l'établissement avait déjà vu ses résultats amputés de 260 millions d'euros en raison de placements hasardeux sur les marchés asiatiques. « Plus qu'un impact financier, le dossier H2O a des conséquences en termes d'image » , continue un responsable du groupe.
« En outre, on voit bien que l'affaire H2O a sa part dans la chute du cours de Bourse de Natixis, complète un employé de la banque. Or, avec l'actionnariat salarié qui pèse 3 % du capital de la société, les collègues constatent tous qu'un trou se creuse dans leur patrimoine. »
Un groupe « balkanisé »
Un autre élément alimente les débats. En plein mois d'août, après la publication d'une perte de 57 millions d'euros au deuxième trimestre, Laurent Mignon a démis sans états d'âme François Riahi, à la tête de Natixis depuis deux ans. Des dirigeants de BPCE expliquent aujourd'hui que cet énarque, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, manquait d'esprit d'entreprise. « Riahi n'est qu'un lampiste, s'agace au contraire le connaisseur du groupe. Il n'est pas responsable des problèmes de H2O, qui existaient en germe avant son arrivée. Cette décision de le “démissionner” envoie un très mauvais message aux équipes. »
Successeur de Riahi, Nicolas Na-mias, jusqu'alors responsable de la stratégie et des finances de Natixis,
« fait preuve d'un grand esprit de leadership » , pointe Laurent Mignon. Cet énarque et ex-conseiller de Jean-Marc Ayrault à Matignon a la lourde tâche d'écrire la stratégie de rebond de Natixis qui sera révélée l'an prochain. « Un costume trop grand pour lui, estime pourtant un chasseur de têtes. Il n'est que la courroie de transmission de Laurent Mignon. » Peu de temps après ces changements, un des hauts responsables de Natixis a d'ailleurs