JCDecaux, Clear Channel... la Ville de Paris va déclarer la guerre des "sucettes"
Exclusif - La guerre des "sucettes" est déclarée. Paris s'apprête à ouvrir la compétition pour le mobilier urbain d'information, un contrat qui lui rapporte 34 millions d'euros de redevance par an. Clear Channel, tenant du titre, sera challengé par ses concurrents, JCDecaux, leader mondial, en tête. La bagarre s'annonce d'ores et déjà corsée.
C’est l’un des contrats les plus emblématiques de France - et l’un des plus gros en Europe - qui sera bientôt remis en jeu: celui des mobiliers urbains d’information (MUI) de Paris. Les "sucettes " dans le jargon consacré.
Selon nos informations, la capitale a programmé mi-avril une réunion dite de "sourcing" pour humer le marché, sonder les acteurs et établir son cahier des charges, possiblement avant l’été. Les consultations - et les hostilités – pourraient alors démarrer dès la rentrée.
En 2019, l’Américain Clear Channel avait créé la surprise en chassant sur ses terres le Français JCDecaux, numéro un mondial et jusque-là opérateur majoritaire dans la capitale (sanisettes, colonnes Morris, kiosques…). Un tournant historique sur ce marché qui a toujours servi de vitrine à JCDecaux pour le reste du monde.
Nouveau bras de fer
Clear Channel reste tenant du titre jusqu’en septembre 2024, et avait à l'époque fait la différence avec une offre très "verte" (matériaux recyclables, consommation énergétique optimisée, opération de reboisement...) et un design imaginé par l'architecte-designer français, Christian Biecher.
Un nouveau match se prépare, donc. Il sera piloté par Emmanuel Grégoire, premier adjoint à l’urbanisme de la maire Anne Hidalgo.
Mais le combat promet d'être bien différent. En 2019, le contrat remporté par Clear Channel, assurait la livraison, l'installation et l’exploitation de 1.630 MUI dans la capital. Il rapportait 34 millions de redevances minimum garantis chaque année à la ville. Cette fois, pour limiter l’impact écologique d’un éventuel changement de prestataire – démonter et remonter un nouveau mobilier – le contrat en cours stipule qu’en 2024 la ville devienne propriétaire de tout ou partie du parc. Selon nos informations, Paris a d’ores et déjà placé le curseur à 50%.
Un contrat axé sur les services
Le contrat à venir concernerait donc essentiellement le versant exploitation du mobilier urbain. "Une contrainte, voire un handicap, pour les candidats qui, hormis Clear Channel, ne sont pas familiers avec le mobilier existant, pointe un acteur. La ville pourrait aussi choisir de séparer la publicité de l’entretien du mobilier." Une manière de faire habilement grimper les enchères?
"Nous travaillons sur les modalités de relance d’un marché qui remettrait le service au centre de la concession", confie-t-on aujourd'hui du côté de la Ville de Paris.
La course à la sobriété énergétique
Un autre candidat en herbe traduit: "Plus d’innovation, toujours plus de green par temps de sobriété énergétique…" Depuis l’automne, ce dernier sujet donne déjà bien du fil à retordre au secteur, tenu de se mettre en conformité d’ici juin avec les décrets "bouton d’arrêt" imposant d’éteindre le mobilier la nuit, ou à la demande de l'Etat, en cas de fortes tensions sur le réseau électrique. Une vraie course contre la montre car, à Paris comme ailleurs en France, tout le parc immobilier urbain n'est pas pilotable à distance. Loin de là.
L’Union de la publicité extérieure (UPE), le puissant lobby du secteur, a évalué à une trentaine de millions d’euros le coût pour la filière. "Sans compter la ressource humaine", dit un acteur. Début mars, l'UPE avait opportunément publié une étude martelant que la communication extérieure restait parmi les médias publicitaires le moins énergivore de l'industrie