Challenges : Famille Dassault, Rodolphe Saadé, Yann Le Cun… Découvrez le classem

Famille Dassault, Rodolphe Saadé, Yann Le Cun… Découvrez le classement 2026 des plus grandes fortunes professionnelles de France

500 FORTUNES - Comme en 2025, le montant des richesses cumulées dans notre palmarès recule. Mais les nouveaux entrants et les milliardaires sont plus nombreux dans cette 31e édition.

Une année riche… en rebondissements et paradoxes. Pour sa 31e édition, le classement Challenges des fortunes professionnelles n’a jamais compté autant de milliardaires (153) ni un « fmic » (fortune minimale d’insertion dans le classement) aussi élevé, à 250 millions d’euros. Pourtant, l’encours total des 500 fortunes recule pour la deuxième année consécutive, à 1 076 milliards d’euros, contre 1 129 milliards en 2025. Le Top-10 est particulièrement concerné par cette décrue, avec une baisse de près de 9 %, principalement à cause des chutes de la famille Dassault (- 7,9 milliards) et surtout de celles des propriétaires d’Hermès (- 49,4 milliards), qui perdent la première place du classement.

Un résultat en demi-teinte confirmé par le dernier rapport World Wealth Report publié par Capgemini, qui recense les ultrafortunés (au patrimoine financier supérieur à 30 millions de dollars) du monde entier : si leur nombre a augmenté de 6,2 % au global, ils ne sont que 3,5 % de plus en Europe. « La hausse des marchés boursiers a été moins forte de ce côté de l’Atlantique, notamment en France, explique Loïc Paquotte, expert à Capgemini. De plus, la croissance domestique y est certes positive, mais marginalement (+ 0,4 %), comme souvent chez nous. »

Premier constat, la fortune des 500 est liée à l’économie internationale. Le secteur du transport a souffert de la hausse des prix des hydrocarbures à la suite du blocage du détroit d’Ormuz en mars, à l’image du recul de la fortune professionnelle du propriétaire de l’armateur français CMA CGM, Rodolphe Saadé (de 35 à 31,5 milliards).


Licornes de plus en plus rares
Mais cette crise a aussi été un accélérateur pour d’autres, comme Jean Maynier et François Cazor, les fondateurs de Kpler. Depuis 2014, cette entreprise agrège des données sur les itinéraires des navires, leurs cargaisons, les stocks de matières premières, les taux d’utilisation de raffineries ou les risques de congestion portuaire. Pour eux, le conflit à Ormuz est presque une aubaine.

Egalement dans le domaine des données, Olivier Pomel et Alexis Lê-Quôc, qui ont créé la plateforme de surveillance et d’analyse des infrastructures informatiques Datadog, ont profité de l’envolée du cours de Bourse depuis un an (+ 70 %) pour grimper de neuf places dans notre classement cette année.

Du côté de la French Tech, après l’effervescence des dernières années, le secteur décélère. Alors qu’il avait officiellement culminé à 38, le nombre de licornes françaises (d’une valorisation supérieure à 1 milliard de dollars) se serait réduit de près d’un tiers, selon une étude du cabinet de conseil Mighty Nine publiée début mars.

La valorisation de la plateforme NFT de jeux sportifs Sorare s’est ainsi effondrée de 4 milliards à seulement 240 millions d’euros, provoquant la sortie de notre classement de ses fondateurs, Nicolas Julia et Adrien Montfort. Même sort pour Philippe Baudesson de Chanville d’Arc et Christian Raisson, le duo à l’origine de la plateforme d’e-commerce pour le bricolage et le jardinage ManoMano, dont la fortune a été divisée par quatre en seulement un an, après plusieurs coupes d’effectifs importantes. « Le modèle de croissance actuel de Mano­Mano est confronté à un contexte économique international difficile, avec la guerre en Ukraine, l’inflation, l’augmentation des taux d’intérêt ou encore le ralentissement des investissements dans le secteur de la tech », justifiaient déjà en 2023 les deux dirigeants, lors de l’un de ces plans sociaux.

« Le nombre de transactions viticoles reste anémique »
Autre secteur en difficulté dans lequel la France brillait depuis des années sur la scène mondiale : le jeu vidéo. Les frères Guillemot, dont l’aîné Claude a tragiquement péri dans un accident d’avion mi-juin, qui ont fondé le géant mondial Ubisoft (Assassin’s Creed, Rayman…) et sont présents dans le classement des 500 fortunes depuis 1996, en sortent cette année, à cause du cours de Bourse en baisse de 80 % depuis trois ans.

« Nous avons subi une double peine : la purge boursière du secteur et le peu d’intérêt des investisseurs pour les valeurs françaises », regrette Fabrice Larue, 453e fortune de notre palmarès et principal actionnaire d’un autre éditeur de jeux vidéo coté, PulluP Entertainment. Car si le CAC 40 affiche une performance à deux chiffres sur les douze derniers mois, la volatilité n’a pas épargné quelques entreprises familiales, comme le spécialiste du petit électroménager SEB, en recul de 36 %.

Quant aux vins et spiritueux, ils subissent cette année encore la décélération de la consommation nationale et mondiale et la pression des tarifs douaniers, ce qui impacte nombre des 500 fortunes, qu’elles soient cotées (Pernod Ricard, Laurent-Perrier) ou non. Le rachat du domaine Pierre Damoy en Bourgogne par le groupe Roederer pour plusieurs centaines de millions d’euros ne doit pas masquer le climat général : « C’est une opération vraiment exceptionnelle, souffle un spécialiste. Le nombre de transactions viticoles reste anémique cette année encore, bien que beaucoup de domaines soient à vendre. »


Nouvelles contributions
Toutefois, le tissu économique français conserve quelques champions en forme comme Mistral AI, fondé par le trio Timothée Lacroix, Guillaume Lample et Arthur Mensch, dont la valorisation a encore doublé en un an pour atteindre 12 milliards d’euros. Ou l’ancien directeur scientifique de Meta, Yann Le Cun, qui a lancé cette année avec son associé Alexandre Lebrun sa propre entreprise d’intelligence artificielle, valorisée 3 milliards de dollars dès sa création. De quoi les faire entrer directement dans le club des milliardaires français, aux côtés de deux autres nouvelles têtes : Jean-Christophe Kerdelhué (102e, fortune d’1,4 milliard d’euros), le président fondateur de NW, pépite tricolore du stockage d’électricité, et Olivier Goudet (117e, 1,2 milliard d’euros), l’ancien président du premier brasseur mondial AB inBev, devenu actionnaire de BIC et de Coface.

Cette année, pas moins de 25 nouveaux noms font leur apparition dans notre classement. Détectés par la rédaction, signalés à leur propre initiative, parfois dénoncés par un concurrent jaloux ou un ancien collaborateur rancunier, ils représentent environ 5 % de cette édition 2026 – ce qui contribue à augmenter mécaniquement le patrimoine professionnel moyen des 500 premières fortunes françaises.

Parmi ces belles entrées se trouvent les frères Hubert et Olivier François (210e, 700 millions d’euros) qui possèdent le producteur de sel Les Salins du Midi et le groupe de location de matériel respiratoire Isis Médical. Citons également Elsa, Antoine et Mathieu Mothay (210e, 700 millions d’euros), les petits-enfants du fondateur de la marque Saint James, qui surfent depuis dix ans sur le succès de la maison de maroquinerie Polène.