Challenges : Et si le chevalier blanc de Suez s'appelait EDF?

Et si le chevalier blanc de Suez s'appelait EDF?

EDF dément l'idée de servir de "chevalier blanc" à Suez. Le schéma permettrait de créer un géant des services valorisé 45 milliards d'euros. Et de contrebalancer les ambitions de Total

Un grand éclat de rire en guise de démenti. Le porte-parole d’EDF écarte un schéma qui circule selon lequel l’entreprise publique pourrait être le chevalier blanc venant à la rescousse de Suez dans sa lutte contre Veolia. "Le rapprochement entre EDF et Suez créerait un poids lourd global de prestations de services en France et à l’international sans zones de conflits d’intérêts, ce qui permettrait aussi de contrebalancer Total", nous explique une source généralement très bien informée.

Affaire de personnes
Le fait que Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF, soit également administrateur de la Société générale, banque conseil de Suez, contribue à rendre l’information plausible. Tout comme la détestation qu’il cultive envers le PDG de Total : ce ne serait pas la première fois qu’une affaire de personnes aiguillonne un projet de deal en France. Ainsi, on se rappelle d’Henri Proglio, patron d’EDF, qui rêvait de se rapprocher de Veolia, où Antoine Frérot lui avait succédé. En tout état de cause, si mariage à 45 milliards d’euros il y a un jour, c’est bien l’Etat actionnaire à 84% d’EDF qui en décidera.

Scission en cours d'EDF
Et cela est loin d’être évident. D’abord Veolia détient déjà près de 30% de Suez. Ensuite, la direction de l’énergéticien et l’actionnaire public se sont engagés dans un process de reprofilage du groupe baptisé "Hercule" avec une scission entre un "EDF Bleu" regroupant le nucléaire, les barrages et RTE et un "EDF Vert" regroupant les énergies renouvelables et Enedis, dont une partie du capital serait cotée. Il y a des variantes, comme peut-être la création d’un "EDF Azur" avec l’hydraulique, mais il est certain qu’une fusion avec Suez rebattrait complétement les cartes.

Importante dette
Ensuite, et c’est la raison pour laquelle le gouvernement souhaite réorganiser EDF en continuant de porter le nucléaire, l’entreprise publique croule sous une dette colossale. A fin 2019, l’endettement du groupe s’élevait à 41 milliards d’euros et un rapport confidentiel de la direction du Trésor évoque un chiffre de 60 milliards à brève échéance. EDF pourrait être un chevalier blanc, mais certainement pas une belle mariée pour Suez.

Antin à l'affut
En attendant que ce scénario continue de cheminer dans les cerveaux des stratèges de Bercy et chez les très nombreux banquiers d’affaires qui gravitent autour de Suez, Engie et Veolia, d’autres noms de chevaliers blancs circulent. Le fonds Ardian fait ainsi un retour après avoir fait un petit tout sur le dossier il y a quelques semaines. Le nom du premier fonds d'infrastructure français, avec 15 milliards d'euros d'actifs, Antin Infrastructure Partners circule également.