Désireuse de se développer dans les renouvelables, Engie met en vente sa pépite GTT
Connaissez-vous GTT ? Filiale d’Engie, cette PME spécialisée dans le transport de gaz naturel liquéfié est une pépite. Elle est aujourd’hui sur le marché.
Le 5 octobre, Engie vendait à Veolia 29,9% de sa participation dans Suez. L’ex GDF Suez qui veut se développer dans les renouvelables et les infrastructures gazières n’entend pas s’arrêter là. Il y a deux mois, Jean-Pierre Clamadieu, président d’Engie, avait dit à Challenges que l’énergéticien allait "mettre sous revue stratégique les deux tiers de nos activités de solutions clients, ce qui représente environ 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires." Ce vendredi matin, à l’occasion de la publication des résultats du troisième trimestre, Engie a annoncé que les activités d’installations électriques, de chauffage, de ventilation et de climatisation allaient sortir de l’orbite d’Engie. L’entreprise a également annoncé qu’elle pourrait céder entièrement ou partiellement sa participation de 40% dans GTT, une entreprise spécialisée dans les systèmes de confinement pour le transport maritime et le stockage de gaz naturel liquéfié (GNL).
Une séparation qui serait une vraie rupture car cette société créée il y a près de 60 ans a toujours été dans le giron d’Engie. Installée à Saint-Rémy-lès-Chevreuse et employant 450 personnes, Gaz Transport & Technigaz est une pépite. Elle dispose d’un système d’isolation unique par membrane. Pour compresser le gaz à -163 degrés dans des cuves, il faut une étanchéité parfaite. La technologie GTT a séduit près des trois quarts des méthaniers en circulation. Et depuis quelques années, quasiment 100% des nouveaux modèles sont équipés de membranes. Aujourd’hui, la PME dispose d’un carnet de commandes de 108 méthaniers. Introduite en Bourse en 2014, GTT vaut 3 milliards d’euros (+90% en 5 ans). L’an dernier sa marge nette a atteint 50%. Et elle a encore progressé au cours des six premiers mois de 2020 (56%).
Boom du GNL
La success story devrait se poursuivre au cours des prochaines année. Et cela grâce à la montée des enjeux climatiques. Les bateaux propulsés au fioul lourd réfléchissent à utiliser un carburant plus vertueux. Pour réduire l’empreinte de CO2, le GNL avec un réservoir à membrane constitue une opportunité. Surtout pour les bateaux au long cours qui disposent d’énormes cuves et qui n’ont pas prévu de s’avitailler plusieurs fois. Un premier porte-container au GNL vient d’être lancé : le "Jacques Saadé", du groupe CMA CGM. Huit autres modèles de CMA CGM vont bientôt suivre. La compagnie du Ponant qui fait des allers-retours au pôle Nord et au pôle Sud a aussi commandé un navire au GNL. Quant à l’armateur allemand Hapag Lloyd, il a décidé de recycler les cuves de l’un de ses porte-containers en optant pour le GNL.
Le boom du gaz naturel liquéfié n’en est qu’à ses débuts. Les navires n’ont pas vraiment le choix. Depuis le 1er janvier 2020, les nouvelles règlementations en matière de soufre obligent les flottes à réduire leurs émissions d’un facteur sept. Une des solutions consiste à opter pour le GNL qui a l’avantage de ne pas émettre de soufre. GTT a trouvé le bon filon. L’an dernier son chiffre d’affaires s’est élevé à 288 millions d'euros. Il pourrait passer cette année la barre des 400 millions. Engie ne devrait pas avoir trop de peine à trouver un acquéreur pour sa filiale. Il reste juste à s’accorder sur le prix.