CyberAngel, la pépite française contre la fuite de données s'installe aux USA
Experte en détection de fuite de données sur le dark Web, la start-up française s'est installée à New York. Objectif : lever des fonds et conquérir l'immense marché américain.
Les plans précis de futures agences bancaires ; les détails d'une campagne marketing du nouveau produit phare d'une marque de luxe ; la création de faux sites proposant des doses de vaccins bidon contre le Covid-19... La catastrophe industrielle a pu, à chaque fois, être évitée grâce à l'algorithme de Cybel-Angel, fondé en 2013 à Paris.
La grande force de cette start-up française ? Son outil d'indexation, qui scanne le dark Web tous les trois jours environ et détecte les anomalies qui peuvent impacter gravement une entreprise : vols de mots de passe ou de documents, attaques de fishing… Le dark Web constitue en effet la face cachée du réseau, où les moteurs classiques ne s'aventurent jamais, le refuge de tous les cybercriminels. Il s'y vend de la drogue, des armes ou les secrets des entreprises, dérobés par des hackers et revendus aux plus offrants.
Du CAC 40 au Nasdaq
" En plus de sa technologie, l'avantage de CybelAngel est d'avoir recruté d'excellents analystes, aux compétences techniques et géopolitiques qui peuvent détecter une fuite de données ainsi que son auteur", explique le consultant Bernard Barbier, créateur de BBCyber et ancien directeur technique de la DGSE. CybelAngel emploie plus de 150 personnes et réalise plusieurs dizaines de millions de chiffre d'affaires. Avec un business model bien établi : un abonnement de 150 000 euros par an en moyenne.
La plupart des groupes du CAC 40 sont ses clients, le centre de gravité de l'entreprise s'est déplacé vers les Etats-Unis. Erwan Keraudy, le cofondateur de CybelAngel avec son frère Stevan, s'est de fait installé à New York il y a trois ans avec un double objectif : conquérir l'immense marché américain et récolter l'argent nécessaire à ses ambitions.
En trois tours successifs, l'entreprise a levé 53 millions de dollars, qui lui ont permis de recruter quelques pointures du cyber, comme Todd Carroll, ancien numéro deux du bureau du FBI à Chicago. Il coordonne l'ensemble des équipes d'analystes qui, pour l'essentiel, restent basées en France.
"Ce recrutement leur donne une bonne visibilité commerciale », commente Bernard Barbier. Et l'équipe de CybelAngel commence à se sentir chez elle outre-Atlantique.
"Nous avions peur d'être mal vus parce que nous ne sommes pas Américains, confie Erwan Kerau-dy, mais si tu apportes de la valeur, ils achètent ton produit : nous avons ainsi délogé de gros acteurs américains."
Parrains expérimentés
L'entrepreneur s'est aussi assuré le soutien de parrains expérimentés dans la cybersécurité comme dans l'art de lever des fonds. Parmi ses précieux actionnaires, il peut ainsi compter sur Olivier Pomel et Alexis Lê-Quôc, fondateurs de Datadog, valorisé 30 milliards de dollars au Nasdaq. Ou encore Renaud Deraison, dont la société Tenable vaut plus de 5 milliards. Objectif d'Erwan Keraudy : créer un géant français du cyber coté au Nasdaq. « Pour cela, nous n'avons pas d'autre choix que de grandir le plus vite possible », martèle-t-il. Avec une arithmétique complexe : profiter de la rampe de lancement américaine, où les start-up sont quatre fois mieux valorisées qu'à Paris. Tout en préservant son identité française.