Challenges : Comment le géant de la construction Saint-Gobain a triplé de taille

Comment le géant de la construction Saint-Gobain a triplé de taille au Canada en trois ans
Le géant des matériaux de construction a annoncé, mercredi 3 avril, le rachat du groupe familial canadien Bailey, spécialisé dans les ossatures métalliques pour la construction légère. Une opération à 600 millions d’euros qui renforce encore le groupe sur ce marché porté par une forte croissance démographique.


Saint-Gobain signe un triplé au Canada. Le géant français des matériaux de construction a annoncé, mercredi 3 avril après-Bourse, la conclusion d’un accord définitif pour l’acquisition du groupe familial canadien Bailey pour un montant de 880 millions de dollars canadiens (soit environ 600 millions d’euros). Dans douze usines réparties à travers le pays, cet acteur non coté, fondé il y a 75 ans, produit des ossatures métalliques pour la construction légère. L’opération, qui sera intégralement financée sur la trésorerie du groupe, devrait être finalisée au cours du second semestre 2024.

Grâce aux composants de Bailey, utilisés aussi bien à l’intérieur, en système d’accroche des plaques de plâtre, de l’isolation et des plafonds, qu’à l’extérieur avec les revêtements de façade et les toitures, Saint-Gobain complète son offre déjà riche sur le marché canadien. Il faut dire qu’il a mené une expansion à marche forcée ces trois dernières années dans ce pays où le secteur de la construction est porté par la forte croissance démographique : la population a connu son taux de croissance le plus élevé depuis 1957 sur un an (+2,9 % entre juin 2022 et juin 2023), en raison d’une immigration record.

Des synergies importantes à venir
Coup sur coup, Saint-Gobain a ainsi bouclé les acquisitions de Kaycan, spécialiste des clins de façade, en 2022 pour environ 860 millions d’euros et de Building Products of Canada (pour environ 925 millions d’euros), dans la toiture, en 2023. « Avec Bailey, Saint-Gobain aura triplé de taille en trois ans au Canada, en atteignant un chiffre d’affaires de 2,3 milliards de dollars canadiens », s’est félicité son directeur général, Benoît Bazin, lors d’un point presse.

Partenaire de longue date de Saint-Gobain, Bailey est une belle prise. Avec environ 700 employés, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 532 millions de dollars canadiens (soit environ 363 millions d’euros) l’an dernier, pour une marge d’Ebitda de 17,2 %. « Bailey est une entreprise reconnue pour son expertise et son excellent service client », a ajouté Benoît Bazin, qui vise 26 millions de dollars canadiens de synergies dès la troisième année après la finalisation de l’acquisition. « Le groupe va bénéficier de synergies importantes compte tenu d’une forte complémentarité avec les produits existants de ses filiales », souligne en effet les analystes d’Oddo BHF, cités par Cercle Finance. De fait, a évalué le dirigeant de Saint-Gobain, un dollar dépensé dans les plaques de plâtre génère des dépenses évaluées jusqu’à 15 à 20 cents en ossatures métalliques.

Se renforcer hors d’Europe
Si l’acquisition de Building Products of Canada avait été réalisée en un temps record l’été dernier, celle de Bailey a mûri tranquillement pendant deux ans. L’idée avait germé dans l’esprit des membres de la famille fondatrice de l’entreprise canadienne, qui en est à sa troisième génération mais n’a pas de descendants, afin de trouver une solution pour sécuriser l’avenir de l’entreprise. « Nous étions partenaires depuis quinze ans, donc la famille s’est naturellement tournée vers Saint-Gobain pour entamer des discussions exclusives et bilatérales après que nous avons confirmé notre intérêt l’été dernier », a expliqué Benoît Bazin.

Cette opportunité canadienne, annoncée quelques semaines après le méga rachat de l’australien CSR Limited pour environ 2,7 milliards d’euros, permet à Saint-Gobain – qui a publié un chiffre d’affaires de 47,94 milliards d’euros en 2023 (-6,4 % sur un an) – de continuer à placer ses pions hors d’Europe, en Amérique du Nord, Asie-Pacifique et dans les pays émergents. L’objectif de réaliser 55 % de son chiffre d’affaires sur le marché européen, initialement visé pour 2025, contre encore 60 % avant le lancement du plan stratégique « Grow and Impact » pour 2021-2025, a été atteint dès 2023.