Challenges : Chronologie d’une chute : comment Arnaud Lagardère a perdu l’empire

Chronologie d’une chute : comment Arnaud Lagardère a perdu l’empire familial
500 Fortunes - S’il a pour le moment réussi à garder la présidence de son groupe malgré la concrétisation de l’OPA de Vivendi fin 2023, Arnaud Lagardère a vu ses finances diminuer depuis son arrivée à la tête du conglomérat en 2003. Entre 2007 et 2024, sa fortune professionnelle est passée de 800 à 254 millions d’euros. Chronologie de la chute d’un des empires financiers les plus emblématiques de France.


488e. C’est le rang qu’occupe Arnaud Lagardère dans notre classement des 500 fortunes professionnelles de France 2024. Une position qui est loin de refléter sa notoriété, tant l’héritier du groupe fondé par son père en 1992 et issu de la fusion entre Matra et Hachette occupe une place de premier rang dans l’univers médiatique français. Ou du moins, occupait. Car depuis décembre 2023 et l’OPA de Vivendi (contrôlé par Vincent Bolloré) sur le Groupe Lagardère, l’homme d’affaires ne fait plus qu’office d’image publique au sein du groupe dont il possède encore 8,1 %, contre environ 60 % pour le magnat de la presse Vincent Bolloré.

Le contrôle du groupe Lagardère n’est pas la seule chose qui lui a échappé : la gestion de ses finances également. De 800 millions d’euros en 2007, sa fortune professionnelle a chuté à 254 millions en 2024, le faisant ainsi passer de la 55e à la 488e place — la plus basse qu’il ait jamais connue — de notre classement. Comment un pur produit du capitalisme à la française a-t-il pu connaître une telle débâcle ? Chronologie d’une série de mauvaises décisions et de la fonte d’un capital.

Premiers camouflets
Arnaud Lagardère arrive à la tête du groupe à la mort de son père, en 2003. A l’époque, le chiffre d’affaires (CA) atteint 12 milliards d’euros. Il hérite de 5 % de participation au capital, mais le système de commandite mis en place par son défunt paternel lui permet tout de même de contrôler le conglomérat. Trois ans plus tard, l’héritier décide de doubler ses parts. Une action qui lui vaudra son premier camouflet : le titre de Lagardère plonge en 2008, alors qu’il se vendait entre 50 et 60 euros deux ans plus tôt, conséquence du fort endettement contracté par la holding personnelle de l’homme d’affaires.


488e. C’est le rang qu’occupe Arnaud Lagardère dans notre classement des 500 fortunes professionnelles de France 2024. Une position qui est loin de refléter sa notoriété, tant l’héritier du groupe fondé par son père en 1992 et issu de la fusion entre Matra et Hachette occupe une place de premier rang dans l’univers médiatique français. Ou du moins, occupait. Car depuis décembre 2023 et l’OPA de Vivendi (contrôlé par Vincent Bolloré) sur le Groupe Lagardère, l’homme d’affaires ne fait plus qu’office d’image publique au sein du groupe dont il possède encore 8,1 %, contre environ 60 % pour le magnat de la presse Vincent Bolloré.

Lire aussiBernard Arnault à l’assaut de Paris Match, un rêve en passe de devenir réalité

Le contrôle du groupe Lagardère n’est pas la seule chose qui lui a échappé : la gestion de ses finances également. De 800 millions d’euros en 2007, sa fortune professionnelle a chuté à 254 millions en 2024, le faisant ainsi passer de la 55e à la 488e place — la plus basse qu’il ait jamais connue — de notre classement. Comment un pur produit du capitalisme à la française a-t-il pu connaître une telle débâcle ? Chronologie d’une série de mauvaises décisions et de la fonte d’un capital.

Premiers camouflets
Arnaud Lagardère arrive à la tête du groupe à la mort de son père, en 2003. A l’époque, le chiffre d’affaires (CA) atteint 12 milliards d’euros. Il hérite de 5 % de participation au capital, mais le système de commandite mis en place par son défunt paternel lui permet tout de même de contrôler le conglomérat. Trois ans plus tard, l’héritier décide de doubler ses parts. Une action qui lui vaudra son premier camouflet : le titre de Lagardère plonge en 2008, alors qu’il se vendait entre 50 et 60 euros deux ans plus tôt, conséquence du fort endettement contracté par la holding personnelle de l’homme d’affaires.



Commence alors la descente aux enfers. Entre 2007 et 2010, la fortune professionnelle d’Arnaud Lagardère connaît une chute vertigineuse de 800 millions à 5 millions d’euros. En cause, en plus de la crise des subprimes qui a touché tous les milieux d’affaires, plusieurs mauvaises décisions. Son fort taux d’endettement d’abord, mais aussi l’érosion significative des audiences d’Europe 1 (propriété du groupe) et de nombreux lancements ratés de plusieurs chaînes télévisés, ainsi que la cession de l’intégralité de sa participation dans Renault dès 2003.

Le début du démantèlement du groupe
Si les années qui suivent sont meilleures pour la fortune professionnelle d’Arnaud Lagardère, remontée en 2014 à 310 millions, les décisions prises par le président du groupe pendant cette période marquent le début de la crise actuelle. Actionnaire d’EADS à 15 % (ancien nom d’Airbus, issu de la fusion de Matra avec Aeronauticas et DaimlerChrysler Aerospace), Lagardère réduit d’abord sa participation dans ce fleuron de l’aéronautique à 7,5 %, avant de la céder tout bonnement en avril 2013 pour 2,28 milliards d’euros. La même année, l’héritier cède les 25 % du Groupe Amaury détenus par Lagardère, ainsi que les 20 % de Canal+. Ces derniers reviendront à Vivendi. Deux ans plus tôt, en mars 2011, Lagardère avait déjà signé le contrat de vente de ses activités de presse magazine à l’international, incluant notamment ELLE.

A ce stade, les activités du groupe Lagardère ne se concentrent plus que dans trois domaines : la presse (Le JDD, Europe 1, Paris Match), le travel retail (Relay et Duty Free principalement) et l’édition (Hachette). Avec, en prime, quelques salles de spectacle célèbres (Casino de Paris, Folies Bergère…). De 2014 à 2020, Lagardère vivote, tant bien que mal, mais la fortune de son PDG chute tout de même à 185 millions, soit plus de quatre fois moins qu’en 2007. Il faut dire que ces années sont marquées par de nombreux coups qui font chanceler l’héritier.


488e. C’est le rang qu’occupe Arnaud Lagardère dans notre classement des 500 fortunes professionnelles de France 2024. Une position qui est loin de refléter sa notoriété, tant l’héritier du groupe fondé par son père en 1992 et issu de la fusion entre Matra et Hachette occupe une place de premier rang dans l’univers médiatique français. Ou du moins, occupait. Car depuis décembre 2023 et l’OPA de Vivendi (contrôlé par Vincent Bolloré) sur le Groupe Lagardère, l’homme d’affaires ne fait plus qu’office d’image publique au sein du groupe dont il possède encore 8,1 %, contre environ 60 % pour le magnat de la presse Vincent Bolloré.

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Le contrôle du groupe Lagardère n’est pas la seule chose qui lui a échappé : la gestion de ses finances également. De 800 millions d’euros en 2007, sa fortune professionnelle a chuté à 254 millions en 2024, le faisant ainsi passer de la 55e à la 488e place — la plus basse qu’il ait jamais connue — de notre classement. Comment un pur produit du capitalisme à la française a-t-il pu connaître une telle débâcle ? Chronologie d’une série de mauvaises décisions et de la fonte d’un capital.

Premiers camouflets
Arnaud Lagardère arrive à la tête du groupe à la mort de son père, en 2003. A l’époque, le chiffre d’affaires (CA) atteint 12 milliards d’euros. Il hérite de 5 % de participation au capital, mais le système de commandite mis en place par son défunt paternel lui permet tout de même de contrôler le conglomérat. Trois ans plus tard, l’héritier décide de doubler ses parts. Une action qui lui vaudra son premier camouflet : le titre de Lagardère plonge en 2008, alors qu’il se vendait entre 50 et 60 euros deux ans plus tôt, conséquence du fort endettement contracté par la holding personnelle de l’homme d’affaires.



Commence alors la descente aux enfers. Entre 2007 et 2010, la fortune professionnelle d’Arnaud Lagardère connaît une chute vertigineuse de 800 millions à 5 millions d’euros. En cause, en plus de la crise des subprimes qui a touché tous les milieux d’affaires, plusieurs mauvaises décisions. Son fort taux d’endettement d’abord, mais aussi l’érosion significative des audiences d’Europe 1 (propriété du groupe) et de nombreux lancements ratés de plusieurs chaînes télévisés, ainsi que la cession de l’intégralité de sa participation dans Renault dès 2003.

Le début du démantèlement du groupe
Si les années qui suivent sont meilleures pour la fortune professionnelle d’Arnaud Lagardère, remontée en 2014 à 310 millions, les décisions prises par le président du groupe pendant cette période marquent le début de la crise actuelle. Actionnaire d’EADS à 15 % (ancien nom d’Airbus, issu de la fusion de Matra avec Aeronauticas et DaimlerChrysler Aerospace), Lagardère réduit d’abord sa participation dans ce fleuron de l’aéronautique à 7,5 %, avant de la céder tout bonnement en avril 2013 pour 2,28 milliards d’euros. La même année, l’héritier cède les 25 % du Groupe Amaury détenus par Lagardère, ainsi que les 20 % de Canal+. Ces derniers reviendront à Vivendi. Deux ans plus tôt, en mars 2011, Lagardère avait déjà signé le contrat de vente de ses activités de presse magazine à l’international, incluant notamment ELLE.

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A ce stade, les activités du groupe Lagardère ne se concentrent plus que dans trois domaines : la presse (Le JDD, Europe 1, Paris Match), le travel retail (Relay et Duty Free principalement) et l’édition (Hachette). Avec, en prime, quelques salles de spectacle célèbres (Casino de Paris, Folies Bergère…). De 2014 à 2020, Lagardère vivote, tant bien que mal, mais la fortune de son PDG chute tout de même à 185 millions, soit plus de quatre fois moins qu’en 2007. Il faut dire que ces années sont marquées par de nombreux coups qui font chanceler l’héritier.

Yannick Bolloré délivre un discours lors de l'assemblée générale du groupe Vivendi à l'Olympia, Paris, le 24 avril 2023. C'est désormais lui, l'un des quatre enfants de Vincent Bolloré, qui est PDG du groupe et qui décidera donc, officiellement, de l'avenir du groupe Lagardère.

Yannick Bolloré délivre un discours lors de l'assemblée générale du groupe Vivendi à l'Olympia, Paris, le 24 avril 2023. C'est désormais lui, l'un des quatre enfants de Vincent Bolloré, qui est PDG du groupe et qui décidera donc, officiellement, de l'avenir du groupe Lagardère. Crédit: AFP / ALAIN JOCARD

En 2016, le fonds Amber Capital, depuis longtemps critique de la gestion du groupe par Arnaud Lagardère et du versement de dividendes qu’il juge excessif, entre au capital, jusqu’à devenir l’actionnaire principal. Avec un objectif en tête : en finir avec le système de commandite qui permet au PDG de contrôler le groupe avec une participation minoritaire. Un but qu’il atteint au printemps 2021, grâce à l’aide de Vivendi, entré au capital en 2020, en même temps que Bernard Arnault et LVMH (actionnaire de Challenges).

L’OPA de Vivendi et la fin du règne de Lagardère
La suppression du système de commandite signe le début de la fin pour celui qui avait déjà œuvré au démantèlement de l’empire familial. Les deux années qui suivent seront marquées par le rapprochement avec Vivendi. Le groupe mené par Vincent Bolloré ne cache pas son ambition de reprendre Lagardère et accepte même de céder Editis — pour des raisons de concurrence imposées par la Commission européenne — afin de récupérer le groupe en rachetant les parts d’Amber Capital. Le 21 novembre 2023, l’OPA est validée, et Vivendi prend définitivement les rênes du conglomérat.

Si Arnaud Lagardère conserve, pour le moment, son siège de PDG, ainsi que 8,1 % du groupe, son poids est désormais essentiellement symbolique. Il a d’ailleurs dû se retirer de la présidence du groupe en avril dernier, suite à sa mise en examen. Le président est soupçonné d’avoir puisé dans les fonds de ses sociétés Lagardère SAS et Lagardère pour financer ses dépenses personnelles entre avril 2009 et décembre 2022. S’il a finalement pu reprendre ses fonctions fin juin grâce à la levée partielle de la mesure d’interdiction de gérer, le dirigeant de 63 ans est toujours mis en examen. En parallèle, l’OPA de Vivendi fait l’objet d’une enquête pour gun jumping de la Commission européenne, qui soupçonne le groupe présidé par Yannick Bolloré d’avoir placé ses pions au sein de Lagardère avant que l’institution ne donne son feu vert pour l’opération.

Quant à la fortune professionnelle d’Arnaud Lagardère, elle s’élève aujourd’hui à 254 millions d’euros, en dépit des bons scores cette année de la branche travel retail du groupe. Bien loin de ce que lui avait laissé son père. Exception faite de quelques rares années, celui qui a démantelé petit à petit Lagardère n’a fait que sombrer dans le classement des 500 fortunes de France. Tout comme le chiffre d’affaires du groupe, passé de 12 milliards d’euros en 2003 à environ 8 milliards vingt ans plus tard. A ce rythme-là, l’année prochaine pourrait être celle de sa sortie pure et simple du classement.