Challenges bouygues tel: pour Orange, le gouvernement ne peut rien empêcher


SFR-Bouygues Telecom: pour Orange, le gouvernement ne peut rien empêcher

Le PDG d'Orange estime que le gouvernement n'a "vraiment pas les outils en mains pour empêcher" un rapprochement tel que celui proposé par Altice avec son concurrent.
Le conseil d'administration de Bouygues se réunit, mardi 23 juin en fin d'après-midi, afin d'examiner l'offre de rachat déposée par le groupe Altice, maison-mère de Numericable-SFR, un projet suivi de près par Bercy, où est attendu au même moment Patrick Drahi, pour une rencontre avec Emmanuel Macron. Le ministre de l'Economie s'est d'ailleurs montré beaucoup moins engagé, à quelques heures de cette rencontre. Il a, en effet, indiqué mardi matin ne pas avoir "de religion" sur la nécessité d'avoir 3 ou 4 opérateurs de télécoms en France alors qu'il s'était prononcé dimanche contre une consolidation du marché. "La consolidation n'est pas aujourd'hui souhaitable pour le secteur. L'emploi, l'investissement et le meilleur service aux consommateurs sont les priorités", avait-il alors déclaré à l'AFP. Lundi, le directeur général de Numericable-SFR avait tenté de répondre à ces objections, également soulevées par le Premier ministre, Manuel Valls, en assurant que ce projet se faisait "au bénéfice de l'investissement et des consommateurs". "La réunion de nos deux réseaux va nous permettre de donner un coup d'accélérateur aux investissements dans le très haut débit fixe et mobile sur tout le territoire", a déclaré Eric Denoyer qui a rappelé par ailleurs les engagements sur l'emploi pris lors du rachat de SFR, "nous les avons intégralement respectés (...). Si nous nous rapprochons de Bouygues Telecom, la méthode sera identique".

Les politiques appelés à être plus prudents

Le PDG de l'opérateur français Orange, Stéphane Richard, a réagi estimant que le gouvernement français n'avait "vraiment pas les outils en mains pour empêcher" un tel rapprochement. "C'est un sujet pour l'Autorité de la concurrence, a-t-il déclaré dans une interview accordée au Financial Times. "L'industrie est composée d'entreprises privées et, dans les faits, ce que l'on prend en compte ce sont les règles de concurrence. Les souhaits ou les déclarations politiques ne sont pas vraiment quelque chose d'important", a ajouté le PDG d'Orange, estimant par ailleurs que les "hommes politiques devaient être un peu plus humbles et prudents sur ce qu'il disent sur l'industrie". Bien que l'offre d'Altice sur Bouygues Telecom pourrait faire passer Orange en deuxième position sur le marché français, Stéphane Richard s'est prononcé à plusieurs reprises en faveur d'une consolidation du secteur des télécoms en France, à l'image de la concentration en cours en Europe.

Offre de plus de 10 milliards

Ce n'est pas la première fois que Bouygues fait l'objet d'une offre de la part de ses concurrents mais celles-ci ont toutes été jusqu'à présent rejetées par Martin Bouygues. "Vous vendriez votre femme, vous ?" avait-il répondu, à la question d'une possible cession de Bouygues Telecom, lors de la présentation des résultats du groupe en février dernier. Il n'est cependant pas certain, cette fois, que le conseil d'administration du groupe industriel repoussera une offre qui valorise sa filiale des télécoms à 10 milliards d'euros minimum, selon un source proche du dossier, une valeur bien supérieure à celle donnée par la majorité des estimations.

Une consolidation dans le secteur est jugée bénéfique par la majorité des analystes. Dans une note publiée lundi, l'agence de notation Fitch estime ainsi qu'une telle acquisition "réduira la compétition pour les usagers comme les fréquences", tout en soulignant qu'une telle opération devra "faire face à plus d'obstacles que des opérations similaires en Europe".

Parmi les professionnels, les opérateurs virtuels (MVNO), qui ne disposent pas de réseau en propre, ne veulent pas être laissés de côté en cas de finalisation de la vente.

Alors que le groupe Iliad, maison-mère de Free a indiqué être entré en "négociations exclusives" avec Numericable-SFR pour récupérer une partie des fréquences, antennes et boutiques de Bouygues Telecom en cas de succès de l'opération, les MVNO ont affirmé vouloir aussi prendre part à la réorganisation du secteur.

Inquiétude des syndicats sur l'emploi

Reste à savoir si cela suffira à calmer l'inquiétude des syndicats des deux opérateurs, qui ont mis en garde contre les conséquences sur l'emploi, en raison de "doublons à la pelle" dans les effectifs du groupe.

La solution pourrait passer par l'implication d'Orange dans l'opération, estime la maison de courtage Nomura, qui rappelle que le groupe de télécoms prévoit 5.000 départs à la retraite chaque année en France, qu'il pourrait en partie compenser en reprenant des salariés de Bouygues Telecom.

L'offre, si elle aboutit, chamboulera de nouveau profondément le paysage des télécoms français et surtout celui de la téléphonie mobile. Le secteur avait été ébranlé en janvier 2012 en passant de trois à quatre opérateurs avec l'arrivée de Free, qui avait lancé une féroce guerre des prix et rebattu les cartes en termes de parts de marché.

A la tête d'un empire des médias et des télécommunications comprenant notamment les publications L'Express et Libération, Patrick Drahi avait déjà réussi en mars 2014 à s'emparer de SFR à l'issue d'une longue bataille contre Bouygues Telecom.

(Avec AFP)