Atos : un plan de sauvegarde en forme de bouée de sauvetage
Le tribunal de commerce a validé ce jeudi matin le plan de sauvegarde accélérée d’Atos, offrant au groupe une dernière chance de se redresser, alors que dans le même temps, le groupe annonçait des résultats en forte baisse. Dans ce contexte, les négociations avec l’Etat se poursuivent sur de nouvelles bases pour la reprise des actifs stratégiques du groupe.
C’est une bouée de sauvetage que le tribunal de commerce a offert ce jeudi 24 octobre au groupe Atos, en validant son plan de sauvegarde accélérée. Mais une bouée de sauvetage aux airs de baroud d’honneur en cas d’échec du plan. D’où une forte pression sur Philippe Salle, le nouveau président du conseil d’administration du groupe, qui prendra officiellement les rênes du groupe en février 2025 et qui a réagi ce matin dans un communiqué : « Cette étape importante garantit la pérennité des activités d’Atos dans le meilleur intérêt de nos employés et de nos clients, et permet de projeter le groupe sereinement vers une nouvelle page de son histoire. »
Dans un récent article du Monde, il en disait plus sur son calendrier : « La situation financière nécessite d’aller très vite et de lancer dès la fin de cette année un plan d’urgence pour endiguer la consommation de cash. La vision stratégique, puis la mise en place de la nouvelle organisation, viendront à partir de mars 2025. »
Objectif : éviter le naufrage
Juste avant la décision du tribunal, le groupe a présenté ses résultats du troisième trimestre qui font état d’une activité en berne, avec un chiffre d’affaires à 2,3 milliards d’euros (-10,5 % sur un an). Une baisse qui concerne aussi bien le pôle Eviden – qui regroupe la cybersécurité, le numérique et le « big data » et dont les revenus ont baissé de 9 % à 1,1 milliard d’euros –, que la branche Tech Foundations (infogérance), qui a connu un recul de ses ventes de 11,7 %, à 1,2 milliard d’euros.
En cause pour l’activité numérique, un « ralentissement général du marché en Amérique, des réductions de périmètres de contrats au Royaume-Uni et en Europe centrale (lorsqu’un client décide de ne pas renouveler 100 % des services fournis par Atos, ndlr), et des fins de contrats », a indiqué Jacques-François de Prest, directeur financier du groupe, lors d’un échange avec la presse. Atos a notamment perdu son contrat historique avec le CIO, qui faisait du groupe le pilier technologique des Jeux Olympiques depuis trente jusqu’à l’édition 2024 à Paris. Pour son développement numérique, le CIO aura désormais recours à l’américain Deloitte. Et ce, dès les Jeux d’hiver de 2026 en Italie. Les prises de commandes ont, elles, dégringolé de plus de 30 %, à 1,5 milliard d’euros au troisième trimestre.
L’ex-fleuron de la tech, dont le cours de l’action en Bourse a chuté de plus de 90 % depuis le début de l’année, compte donc sur la réalisation de son plan de restructuration entre novembre et décembre 2024 voire janvier 2025 au plus tard, pour redresser la barre et éviter le naufrage. Ce plan, voté début septembre par les créanciers et les actionnaires, prévoit un allègement de la dette de 3 milliards d’euros, sur un total de près de 5 milliards, une augmentation de capital et une dilution « massive » des actionnaires.
Actifs stratégiques : après Thalès, la participation de Dassault
La récente cession au groupe français d’ingénierie Alten de Worldgrid, filiale hautement critique qui conçoit les systèmes de pilotage des centrales nucléaires, devrait aussi être finalisée d’ici la fin de l’année et pourrait permettre au groupe de récupérer des liquidités. En revanche, les discussions avec l’Etat sur la cession des « activités stratégiques » traînent en longueur.
En juin, l’Etat français avait fait une offre de 700 millions d’euros pour éviter que ces activités sensibles, qui comprennent notamment les supercalculateurs utilisés pour la dissuasion nucléaire, ne tombent entre les mains d’acteurs étrangers. Une proposition qui n’était pas au goût d’Atos, qui n’entend pas céder ses actifs stratégiques à moins d’un milliard et qui a fourni à l’Etat une offre révisée. Depuis les négociations ont repris sur de nouvelles bases.
Si la première proposition de l’Etat prévoyait une prise de participation en tandem avec le groupe Thalès, cette fois-ci c’est le groupe Dassault qui participerait discrètement aux négociations. Une autre hypothèse pourrait aussi comprendre une reprise totale des activités stratégiques par l’Agence des participations de l’Etat avant d’envisager une revente d’une partie de ces actifs à des acteurs français. Des options que personne n’a souhaité commenter au sein du groupe Atos.