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« J’appelle à la démission de Thierry Marx » : le ton monte entre Stéphane Manigold et le président de l’Umih

Lidl, Intermarché, Picard, Skello… Les nombreux contrats publicitaires de Thierry Marx, président de l’Umih, ne passent pas auprès de Stéphane Manigold qui en appelle à sa démission. De son côté, le chef très médiatique a bien l’intention de défendre sa réputation.


Thierry Marx, 65 ans, chef cuisinier et président de l’Umih, le principal syndicat des professionnels de la restauration et de l’hôtellerie, n’a pas réussi à puiser dans ses grandes ressources de sagesse zen la patience nécessaire pour rester indifférent aux attaques de son adhérent le plus remuant, Stéphane Manigold. A 44 ans, ce dernier est le propriétaire du groupe de restauration Eclore (huit restaurants gastronomiques et 6 étoiles Michelin) et le président de la branche restauration de l’Umih pour la région Paris-Ile-de-France.

Depuis le début du mandat de Marx à la tête du syndicat professionnel, en octobre 2022, Manigold joue la mouche du coche en citant les très nombreux contrats publicitaires de ce chef médiatique : les distributeurs Lidl, Intermarché, Picard ou encore l’outil de gestion des ressources humai­nes Skello, parmi les plus récents. Le 3 octobre, il a lâché à l’antenne de BFMTV : « L’Umih touche plus de 400 000 euros de la part de Up, Sodexo, Edenred et Bimpli. Est-ce que ces opérateurs s’achètent une tranquillité ? Se pose la question supplémentaire des conflits d’intérêts dans les syndicats. Thierry Marx, je l’apprécie, il fait de beaux discours dans les médias. Mais je rappelle que Sodexo est l’un de ses employeurs. »

« Qu’il aille se consacrer à ses contrats publicitaires »
Selon Manigold, le chef serait bien mal placé pour défendre les intérêts des 35 000 restaurateurs français contre les sociétés émettrices de titres-restaurants qui leur infligent des frais trop élevés. Ces opérateurs veulent que les tickets soient durablement utilisables comme moyen de paiement dans la grande distribution alors qu’ils ont été conçus pour payer exclusivement des repas au restaurant.

En face, Marx, ceinture noire de judo (3e dan), peine à cacher son agacement. Il se défend : « Stéphane Manigold est un ancien candidat malheureux à la présidence de l’Umih en 2022, lorsque j’ai été élu avec plus de 70 % des voix. Il a tenu récemment des propos diffamatoires sur un plateau de télévision à l’encontre de notre organisation. Les adhérents m’ont demandé de l’assigner en justice afin qu’il apporte les preuves de ses affirmations ou bien qu’il soit condamné. » Le chef et propriétaire du restaurant parisien Onor (une étoile Michelin) précise qu’à titre personnel, cette querelle l’indiffère, mais qu’il s’agit bien de défendre la réputation de son organisation. Le médiatique avocat Richard Malka représente à la fois Marx et l’Umih.

Le patron d’Eclore riposte : « J’appelle à la démission de Thierry Marx et je précise que je ne suis pas candidat à sa succession. Qu’il aille se consacrer à ses contrats publicitaires à temps complet. Une telle avidité au moment où 20 restaurants disparaissent chaque jour en France, c’est indécent, d’autant qu’il n’a rien à dire visiblement sur les graves problèmes qui touchent notre métier, comme la flambée des coûts de l’énergie. Il préfère créer une commission sur le changement de logo de l’Umih ! »

Le dossier urgent des titres-restaurants
En coulisses, Stéphane Manigold a lui aussi le soutien de plusieurs adhérents. Ces derniers reconnaissent que le dirigeant d’Eclore est sans doute animé par la passion des médias et la recherche du buzz, mais estiment qu’il soulève des questions légitimes. A l’inverse, ils voient en Thierry Marx un boulimique qui multiplie les contrats, quitte à avoir parfois du mal à les honorer. Selon eux, le président de l’Umih devrait s’obliger à une plus grande neutralité depuis qu’il représente la profession.

Pour sa part, le chef Marx assure qu’il n’a pas chômé depuis son élection. « J’ai trouvé deux dossiers urgents sur mon bureau en arrivant à l’Umih : la mise en place d’une mutuelle et les titres-restaurants. Or la mutuelle a été créée, elle s’appelle UmiVitalité et couvrira les salariés des entreprises qui voudront bien adhérer. Quant aux titres-restaurants, le dossier a été ralenti par le calendrier politique et nous attendons incessamment la décision du gouvernement, en espérant qu’il ne va pas reconduire leur utilisation en grande distribution », souligne celui qui publie en novembre son dixième livre : Deuils, des chemins pour la vie (éd. Le Cherche midi).