En difficulté, STMicroelectronics se cherche un patron
Y aura-t-il bientôt un nouveau patron à la tête de STMicroelectronics ? Objet de toutes les spéculations, la question a repris de la vigueur après l’annonce par le groupe, le 27 janvier, de la suppression de 1 400 postes dans le monde (430 en France) ces trois prochaines années, et de l’arrêt de l’activité de fabrication de puces pour les décodeurs. Le mandat de Carlo Bozotti, PDG du fabricant de semi-conducteurs depuis mars 2005, est censé arriver à échéance en mai 2017. Il pourrait être écourté. Selon nos informations, le conseil de surveillance a déjà commencé à échafauder un plan de succession. Même si officiellement, il n’a pas décidé dechanger de patron dans l’immédiat.
Principale difficulté : faire le bon casting. De sources concordantes, les administrateurs ont du mal à s’entendre sur le nom d’un successeur. La faute à une gouvernance complexe, qui rend difficile la bonne marche de l’entreprise. STMicroelectronics a la particularité de compter à son capital les Etats italiens et français, chacun possédant 13,75 % de l’entreprise. La partie italienne militerait pour un PDG de la Péninsule. Un candidat interne s’est déjà porté volontaire. Il s’agit d’Andrea Cuomo, à la tête de l’usine de Catane, située dans le sud de la Botte, qui aurait le soutien de Rome. Problème : ce dernier n’a pas les faveurs du clan français, qui considère qu’il n’a pas l’étoffe nécessaire.
Ce blocage a conduit le conseil à mandater un cabinet de chasseur de têtes, Spencer Stuart, comme l’a révélé le site L’Usine Digitale. La procédure, inhabituelle pour ce type de poste, reflète ces désaccords. « En général, on s’enferme deux après-midi dans une salle et on établit une liste de deux ou trois noms », dit un proche du groupe. Pour le moment, Spencer Stuart en serait juste à la phase de sélection des candidats potentiels.
Difficile de dire quand les administrateurs réussiront à s’entendre. Concrètement, écourter le mandat de Carlo Bozotti n’est pas non plus si simple. STMicroelectronics est enregistré aux Pays-Bas, et tout changement de gouvernance ne peut être validé qu’en assemblée générale des actionnaires. La prochaine aura lieu en mai.
Pression politique
Maintenir l’actuel PDG semble néanmoins difficile. Si Carlo Bozotti a permis de « mettre au carré » l’entreprise, il n’a pas su mener la transformation nécessaire de l’analogique vers le numérique. Dans l’activité décodeurs, les principaux clients sont aujourd’hui les opérateurs et non plus les fabricants de box, ce que STMicroelectronics a eu du mal à anticiper. « Il aurait fallu une nouvelle approche », explique un proche du groupe. Résultat, STMicro a vu sa part de marché fondre comme neige au soleil ces dernières années, au profit de géants comme Broadcom par exemple.
Depuis un an et demi, le conseil et les actionnaires réclament à M. Bozotti un nouveau plan de développement. Sans résultat pour l’instant. « On attendait que soit menée une revue stratégique, cela n’a pas été fait », dit-on à Bercy.
La pression politique n’a cessé de croître sur le dossier. Il faut dire que les pouvoirs publics mettent régulièrement la main à la poche. Adopté en 2013, le dernier plan de subvention, baptisé « Nano 2017 », prévoit une enveloppe de 1,1 milliard d’euros de fonds publics, dont 600 millions d’euros financés par l’Etat, 100 millions venant des collectivités locales et 400 millions de la Commission européenne. Officiellement, l’entreprise, qui compte 11 000 salariés en France, n’a pas pris d’engagement en termes d’emploi, les fonds n’étant censésservir qu’à financer des dépenses de recherche et développement. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de lui avoir demandé des gages.
A Crolles (Isère), l’extension d’une des deux usines, qui devait être financée grâce à ce fameux plan, a été repoussée sine die. « Aujourd’hui, c’est une prairie », dit Marc Leroux, de laCGT. Et pour cause, les deux unités de production existant déjà sont actuellement en sous-régime. Ce qui pourrait s’aggraver avec l’arrêt programmé des décodeurs.