Alexandre Bompard grand favori pour prendre la tête de Carrefour
Le patron de la Fnac est bien placé pour succéder à Georges Plassat, dont le mandat s’achève en mai 2018. Les discussions achoppent encore sur sa rémunération.
Si le nom d’Alexandre Bompard figure bien sur la « short list », rien n’est encore formellement décidé. Après avoir rencontré les principaux administrateurs de Carrefour, le dirigeant de 44 ans, qui avait repoussé les discussions après la tenue de l’assemblée générale du groupe Fnac le 24 mai, a encore rendez-vous en fin de semaine pour évoquer le projet industriel, les moyens et son échéance.
Le comité des nominations n’a pas encore émis de recommandation. Les discussions butent notamment sur les prétentions de l’ancien patron d’Europe 1, qui se montrerait plutôt gourmand, indique un proche du dossier. Un sujet éventuel de tension avec les salariés du groupe, mettent en garde les syndicats de Carrefour. A la Fnac, la rémunération de M. Bompard a atteint 13,8 millions d’euros en 2016. A comparer aux 9,7 millions d’euros gagnés en 2016 par M. Plassat, à la tête de l’enseigne depuis 2012. Toutefois, relève une source, les discussions sont entrées dans leur phase finale, et un accord sera probablement trouvé.
« Homme de défis »
L’énergique patron de la Fnac correspond au profil recherché par les actionnaires. Après avoir dirigé Europe 1, il a, depuis 2011, relancé la Fnac en greffant avec succès le commerce électronique à un modèle fondé sur un réseau de magasins. Avant d’acheter en avril 2016 le distributeur d’électroménager Darty au terme d’une bataille homérique contre Conforama. « Homme de défis », « malin », « toujours en mouvement », « il va chercher les victoires avec les dents » : ceux qui connaissent M. Bompard ne sont pas étonnés qu’il soit prêt à une nouvelle aventure. A la Fnac, le chantier de l’intégration de Darty n’est pourtant pas achevé. Il a néanmoins avancé, avec une nouvelle gouvernance, un rapprochement logistique, et, très bientôt, des annonces prévues sur la localisation du futur siège Fnac-Darty et l’organisation. Certains voyaient même M. Bompard prendre la tête d’Orange pour succéder à Stéphane Richard en 2018, mais le poste de PDG de l’opérateur de télécommunications est beaucoup moins rémunérateur.
Chez Carrefour, cela fait plusieurs mois que les noms de candidats internes et externes défilent, comme ceux d’Hubert Joly (Best Buy) ou Alain Caparros (Rewe). Le processus a été ralenti par les désaccords entre les deux principaux actionnaires : Bernard Arnault, qui possède 8,7 % du capital et 11,5 % des droits de vote par le biais de sa holding Groupe Arnault, et la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette et détentrice de 11,5 % du capital. Georges Plassat avait dès octobre 2016 proposé à son conseil d’administration d’enclencher le processus, de manière à pouvoir accompagner son successeur pendant près d’un an si nécessaire ou à partir avant la fin de son mandat.
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Aujourd’hui, les actionnaires semblent plus favorables à l’idée d’un électrochoc externe qu’à un choix interne. Le groupe doit retrouver son lustre d’antan. Le chiffre d’affaires des hypermarchés Carrefour (à magasins comparables, hors essence) est en recul depuis le quatrième trimestre 2015. « Le développement du drive depuis 2014 et celui du e-commerce en 2016 n’ont pas permis d’enrayer le recul du chiffre d’affaires des magasins, ni la perte de parts de marché », relevait en avril le syndicat Force ouvrière. Pour le futur PDG, « l’enjeu porte sur la diversification des canaux de distribution », estime Véronique de Pompignan, associée chargée de la distribution au sein du cabinet de recrutement Boyden. « Carrefour doit aussi passer d’un modèle centré sur l’hypermarché, vieillissant mais où se fait encore une grande partie du chiffre d’affaires, à un modèle de magasins de proximité. »
« Un mastodonte, un mammouth »
Le nouveau patron devra cependant compter avec la force d’inertie du groupe, premier employeur privé français, avec près de 120 000 salariés, hors franchisés. Et avec la puissance des réseaux internes, que forment les dirigeants des hypermarchés. « Qu’est-ce qu’Alexandre va faire dans cette galère ?, s’interroge un patron proche de M. Bompard. Carrefour, c’est un mastodonte, un mammouth, c’est l’éducation nationale ! » Mêmes inquiétudes chez M. Caparros, l’actuel PDG de Rewe. « Je n’ai pas envie de me rendre malade ! », expliquait-il au magazine LSA le 17 mai pour justifier son refus du poste. A ses yeux, des solutions radicales s’imposent face à la compétition croissante : « baisser les prix », « réduire les coûts de manière drastique ». Pareille « chirurgie lourde » risque de faire mal au personnel et aux actionnaires, « qui devraient accepter de ne pas gagner d’argent pendant au moins trois ans ».
La concurrence d’Amazon et son arrivée dans l’alimentaire, c’est justement ce qui motive M. Bompard. L’entrée du commerce numérique dans les magasins Carrefour est un enjeu de taille, après l’achat en janvier 2016 du site marchand Rue du Commerce. Au même titre que la fidélisation des clients, à l’heure où les consommateurs ont tendance à éparpiller leurs achats entre les enseignes.