Paris 2024 : vers une flambée sans limite des prix des locations et hôtels durant les JO ?
DÉCRYPTAGE - Sur les plateformes en ligne, l’augmentation des prix des locations et hôtels sur la période des jeux olympiques atteint des sommets. L’État et les acteurs du secteur étudient les moyens d’y faire face.
Faudra-t-il donc dépenser une fortune pour poser ses valises à Paris le soir de l’ouverture des Jeux olympiques ? Depuis quelques jours, de nombreux médias soulignent l’explosion du prix des logements dans la capitale et ses alentours lors de cet événement qui s’étale du 26 juillet au 11 août 2024. Alors que des millions de visiteurs sont attendus, les chiffres, partagés notamment par nos confrères du Parisien, donnent le tournis.
Sur internet, une chambre double dans un hôtel à Belleville, dans le 20e arrondissement de Paris, s’affiche ainsi à 803 euros la nuit sur Booking.com, le jour de l’ouverture des Jeux. Un prix 453% plus élevé qu’en août 2023 pour la même chambre, dans le même établissement. Une chambre supérieure dans un hôtel cinq étoiles du 9e arrondissement voit son tarif flamber, en onze mois, de 408 à... 10.008 euros. Un hôtel deux étoiles du 8e arrondissement passe de 133 à 379 euros pour une chambre standard. Près de Saint-Denis (93), une chambre double dans un établissement moyenne gamme passe de 95 à 242 euros, quand, à Saint-Ouen, une chambre de 15m2 dans un trois-étoiles s’affiche à 5003 euros, contre moins de 100 euros en ce moment.
Même constat pour louer un appartement sur Airbnb. Pour un studio à Pigalle, il faudra débourser 50 euros de plus, le soir de la cérémonie d’ouverture, par rapport au même jour, faisant grimper la note au-dessus des 230 euros. Un 35m² à Marcadet-Poissonnier s’affiche à près de 300 euros, contre moins de 150 euros d’autres week-ends.
Un phénomène habituel durant les Jeux
Les hôteliers ont-ils flairé le bon coup ? Une chose est sûre, ce phénomène, habituel dans les villes hôtes des Jeux, était attendu. À Londres, une étude de Santander avait relevé une augmentation massive en 2012, de l’ordre de 189% en moyenne dans le centre de la ville, et jusqu’à 300% ailleurs. Même constat à Rio de Janeiro : en 2016, les statistiques officielles relevaient une inflation plus forte sur la nourriture et les logements dans la ville qu’ailleurs dans le pays. Elle était même devenue la destination la plus chère du monde sur Airbnb. Plus tôt, en 2002, le comité olympique alertait sur le «risque d’inflation excessive des prix pour les hôtels», en vue des jeux d’Athènes, qui manquait cruellement d’établissements. Et, en 1991, le Los Angeles Times mettait déjà en garde ses lecteurs sur des hausses de prix pour les Jeux de Barcelone...
Reste que ces chiffres stratosphériques écornent l'image des Jeux «inclusifs» et «populaires» que l'organisation de Paris 2024 promeut. Impossible, même pour les représentants des professionnels, de défendre de telles hausses, surtout constatées en Île-de-France. Une chambre passant de 90 à 1300 euros, «cela choque tout le monde», a reconnu cette semaine Frank Delvau, le patron de l'Umih Île-de-France, organisation patronale des hôteliers. «Oui, quelques hôtels ont fait exploser leurs prix, relève David Zenouda. J’ai regardé les prix des hôtels, je me suis dit qu’ils ne vendront jamais», sourit le vice-président de la branche francilienne de l'Umih, également représentant de l'Umih pour les JO.
Encadrer les prix semble toutefois pour le moins délicat, la liberté du commerce étant un droit constitutionnel. Juridiquement, si l’État peut en théorie intervenir sur les prix - comme il l’avait fait pour le gel hydroalcoolique -, il ne peut le faire que d’une main tremblante. En l’espèce, la régulation «ne peut pas s’appliquer. [...] Le pouvoir de contrôle des prix est très encadré», déclare-t-on du côté du gouvernement, où la question a été explorée. Les pouvoirs publics n’utilisent cette possibilité que lorsque les variations de prix sont «motivées par une situation de crise, des circonstances exceptionnelles, une calamité publique ou une situation manifestement anormale du marché dans un secteur déterminé», dispose le code du commerce. Des éléments absents ici, juge-t-on. Cette stratégie virerait également au bras-de-fer avec les professionnels, serait politiquement risquée et représenterait un casse-tête pour fixer un juste prix.
Vers un contrat de filière avec l’hôtellerie pour des «prix raisonnables»
À la place, l’exécutif compte sur deux outils, explique au Figaro le cabinet de la ministre déléguée chargée du Tourisme, Olivia Grégoire. D’une part, une «charte d’engagement», conclue avec les plateformes de location de logements, comme Airbnb. Selon ce texte, l’État prendra des dispositions, comme un «observatoire des prix», qui publiera des tendances à l’instant T. De leur côté, les entreprises devront avertir leurs clients, sur internet, qu’un lieu est proposé depuis peu en location. Un moyen, notamment, de pallier l’absence de notation avant les Jeux. En outre, une alerte s’affichera «lorsque le prix établi est supérieur au service rendu». Comprendre : trop cher. L’État espère toper avec les professionnels «d’ici fin 2023», pour une mise en place de ces outils dans la foulée.
D’autre part, le gouvernement négocie avec les représentants des hôteliers pour conclure un «contrat de filière» en vue des Jeux. Celui-ci demandera aux professionnels de prendre des engagements sur plusieurs points, comme l’information des touristes, leur accueil, l’accessibilité des logements... et les prix. Un point particulièrement conflictuel, l’État souhaitant que les hôteliers acceptent de mettre en place des «prix raisonnables», par exemple comparables aux années précédentes, à la même saison. En échange, les syndicats de la profession espèrent obtenir l’appui de l’État, par exemple pour mettre en conformité un maximum de chambres, du point de vue de l’accessibilité.
S’il n’y a pas de «blocage», les échanges sont difficiles. Éprouvés par les crises antérieures, dont la pandémie, les «gilets jaunes», les grèves contre la réforme des retraites et l’explosion des coûts de l’énergie, les hôteliers comptent bien profiter des Jeux pour se refaire une santé. L’État n’a pas à s’immiscer dans la fixation des tarifs, argumentent-ils aussi. «Sur le prix, les discussions n’ont pas encore abouti, car qu’est-ce qu’on appelle “raisonnable” ? On demande de baisser les prix ?», s’interroge ainsi David Zenouda. Des prix trop élevés risqueraient de décourager les visiteurs, rétorque Bercy, qui plaide la «protection des consommateurs, l’attractivité française» et rappelle que les établissements ont pu profiter d’excellentes saisons récentes pour remplir leurs caisses.
Pas de sanction prévue, mais des contrôles renforcés
Les échanges doivent reprendre à la rentrée. Pour l’heure, aucune sanction n’est prévue pour les logeurs qui fixeraient des tarifs hors norme. La répression des fraudes va toutefois multiplier les contrôles, priorisés sur les restaurants et les hôtels, pour traquer les fausses annonces, les offres de mauvaise qualité et s’assurer de «la véracité des prix par rapport à la prestation rendue». Parallèlement, un onglet consacré aux restaurants et hôtels sera ajouté dans l’application SignalConso, permettant aux consommateurs d’alerter la DGCCRF sur des abus.
De leur côté, les acteurs économiques se veulent tout de même rassurants, estimant que les prix actuels sont éphémères, les chambres et locations pour les JO restant pour le moment limitées. La concurrence jouera et la multiplication des offres fera baisser les prix, assure-t-on. «Nous nous attendons à une forte augmentation de l'offre, qui viendra - de facto - réguler le marché», répond Airbnb, rappelant que «les hôtes fixent librement leur prix». Une analyse partagée par l’Union nationale pour la promotion de la location de vacances - regroupant notamment Abritel, Airbnb ou Leboncoin -, qui appelle par ailleurs ses utilisateurs à «fixer des prix raisonnables».
«Les prix vont redescendre, à l’approche des derniers mois», apaise David Zenouda. Le représentant de l’Umih rappelle qu’une bonne partie des spectateurs des Jeux seront des Franciliens vivant sur place : la demande sera donc peut-être inférieure à l’offre, dégonflant les tarifs. La médiatisation actuelle risque aussi de dissuader des petits malins voulant faire flamber leurs tarifs. «Si un hôtel vend une chambre à 1500 euros contre 150 euros aujourd’hui, croyez bien que le touriste qui aura l’impression de se faire avoir utilisera les réseaux sociaux et avis en ligne pour bien enfoncer l’établissement», note-t-il enfin.
Les clients doivent donc choisir : vaut-il mieux attendre que les établissements comme les loueurs ouvrent leurs réservations, tirant les prix vers le bas, mais au risque de se retrouver sans logement ? Ou faut-il sortir son portefeuille dès maintenant, en payant le prix fort ?